Policiers, Roman noir, Thrillers

City of windows

Chronique de City of windows, de Robert Pobi.

« Dans un réflexe qu’en termes cliniques on nommerait « l’instinct », Nimi commença à courir.

Si la chaussée avait été moins glissante, elle aurait eu une meilleure adhérence.

Si ses jambes avaient été plus longues, elle aurait pu atteindre le trottoir.

Si elle avait été plus corpulente, ses organes auraient été mieux protégés.

Un autre jour, elle aurait pu s’en sortir. »

Robert Pobi, City of windows, Éditions Points, 2021, p. 12.

Motivations initiales

Derrière lecture pour le Prix du Meilleur Polar des lecteurs Points, et encore une découverte, avec Robert Pobi, auteur canadien (même s’il y a débat, plusieurs sources, sur le web, le donnant pour américain – mais, bon, jusqu’à preuve du contraire, Montréal est bien au Canada) qui, depuis 2012, après avoir travaillé dans le domaine des antiquités, écrit. Grand voyageur, il aime la vie sauvage, vivant une partie de l’année dans un chalet isolé, sans téléphone, sans internet…

Synopsis

Alors que l’essentiel de la population de New-York se recroqueville sous les assauts d’une grosse tempête de neige, un flic du FBI est assassiné par un sniper, rapidement suivi par un second. Brett Kehoe, chargé de superviser le bureau de New-York, fait alors appel à Lucas Page, un ancien de la maison, retiré du FBI depuis qu’en mission, il a perdu un oeil, une jambe et un bras. Reconverti, il est désormais professeur d’astro-physique. Mais son talent, outre d’être un ours difficile à approcher, consiste à être capable de décrypter les scènes de crime comme s’il s’agissait d’une simulation numérique : angles, trajectoires, vitesse du vent semblent s’organiser par magie dans son esprit.

Il faudra bien cela pour dénouer les fils de cette intrigue, avec l’aide de Whitaker, une agent du FBI qui, elle aussi, dispose d’un étrange talent, celui de deviner les questions que les personnes en face d’elle se posent…

Avis

Ce livre est assez jubilatoire ! Du début à la fin, on adore suivre, sinon la pensée, mais au moins la progression de ce Lucas Page qui, lui, déteste tous ceux qui l’entourent – à l’exception notable de sa femme, Erin, et des enfants qu’ils accueillent, pour leur donner une chance de se reconstruire.

Il est notamment à couteaux tirés avec Grover Graves, un de ses anciens collègues, qui, de son point de vue, incarne la bêtise et le manque de curiosité. Si la hiérarchie dit blanc, Graves dit blanc. Et cela lui suffit largement. Grover, évidemment, rend bien à Page sa détestation, considérant qu’il complique tout, et pas forcément à bon escient. Bref, ils se détestent sans aucune cordialité, et Robert Pobi nous fait partager cela.

Tout au long du livre, j’ai eu la sensation d’une proximité avec un autre auteur, et un roman en particulier : David Morrell et La confrérie de la pierre. C’est vous dire si, en découvrant sur le site de l’auteur que David Morrell fait partie des écrivains qu’il cite, cela n’a pas été totalement une surprise. D’ailleurs, cela me fait penser qu’un jour il faudra qu’il y ait une chronique consacrée à La confrérie de la pierre

Le rythme de ce roman ne baisse à aucun moment. C’est haletant, du début à la fin. Et l’on sent bien, en tant que lecteur(e), que certains points nous échappent, même si l’on ne sait pas encore où l’auteur nous emmène.

Naturellement, il n’est pas neutre non plus de lire ce livre, de le finir en tout cas, le jour de l’investiture de Joe Biden, alors que ce roman met en scène des membres de mouvements complotistes, suprémacistes, le lobby américain des armes, dont on imagine bien qu’ils auraient pu, ces dernières semaines, participer à l’attaque du Capitole…

Description forte d’une Amérique qui rassemble à la fois tout ce qui existe de meilleur – Erin, merveilleuse de douceur avec les enfants qu’ils accueillent – et de pire. Et Lucas Page est, lui aussi, à la fois le meilleur et le pire. Très humain avec ceux à qui il a accordé sa confiance et à qui il a ouvert sa porte, mais capable en même d’une grande brutalité avec tous ceux qu’il juge « insuffisants ». Ses étudiants l’intéressent peu, les autres enseignants lui paraissent limités, ses anciens collègues du FBI ne trouvent que rarement grâce à ses yeux… C’est un véritable misanthrope.

Alors, naturellement, comme tout cela est profondément jubilatoire, savoir que le deuxième tome des enquêtes de Lucas Page est d’ores et déjà sorti en anglais est un véritable plaisir… Vivement qu’il soit traduit !

Enfin, ce n’est donc probablement pas totalement un hasard si ce roman a remporté le Prix du meilleur roman international au Festival de Cognac en 2020 !

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