Aventures, Historiques, Roman

Torrentius

Chronique de Torrentius, de Colin Thibert.

« Cette fois, le doute n’est plus permis, Torrentius est bien l’auteur de ces images scandaleuses. Étrange personnage qui signe une œuvre inavouable de ses propres initiales et use d’un pseudonyme pour vendre sa peinture. La psychanalyse aurait sans doute long à dire sur la question, mais au contraire du capitalisme qui fait, avec la Compagnie hollandaise des Indes orientales, des débuts très prometteurs, elle n’a pas encore été inventée. »

Colin Thibert, Torrentius, Éditions J’ai Lu, 2021, p. 30.

Motivations initiales

Par un beau dimanche, sur une table de notre librairie habituelle, ce petit livre  – 150 pages – m’a fait de l’œil. Torrentius ? Qu’est-ce donc que cela ? Quelques secondes plus tard, sur la 4e de couverture, une histoire qui semble prometteuse, un peintre hollandais au XVIIe siècle, licencieux et provocateur, aux prises avec un bailli zélé et à la religion rigide, le tout couronné par le Prix de l’Académie française Roland de Jouvenel en 2020. Direction la pile de la PAL. Forcément !

Synopsis

Haarlem, vers 1630. La ville, rattachée aux Provinces-Unies, qui ont fait sécession des Pays-Bas espagnols, abrite alors plusieurs ateliers de peintres, comme Frans Hals ; son économie se développe autour du textile et, déjà, de la tulipe. Elle a accueilli de nombreux protestants ayant fui, entre autres, le royaume de France ou le duché de Lorraine.

Torrentius, un peintre hâbleur, provocateur, viveur mais à l’immense talent se fait connaître pour ses natures mortes ; mais, sous le manteau, il est aussi l’auteur de gravures pornographiques que tous s’arrachent dans la plus grande discrétion. Et le soir, il court de taverne en taverne, de beuverie en beuverie, et sème dans toute la ville de nombreux bâtards, sans s’inquiéter des pères ou des maris.

Pourtant, cela lui vaut bien des haines tenaces, dans le camp austère des « prédicants » calvinistes. Et lorsqu’un nouveau bailli, Velsaert, choisi pour son intransigeance, arrive à Haarlem, la mécanique infernale se met en place. Torrentius parviendra-t-il à échapper aux griffes de l’intransigeant bailli ?

Avis

Dévoré ! J’ai littéralement dévoré ce livre, en un après-midi. Certes, il est plutôt court – 150 pages, désormais, c’est un petit livre, la mode étant aux pavés… sans que cela soit toujours justifié par la qualité… -, mais quelle histoire, quelle écriture, quel artiste, quel livre, tout simplement !

C’est enlevé, c’est captivant, on apprend beaucoup de choses sur ce peintre méconnu – dont il ne reste, en tout et pour tout, qu’une seule toile -, on découvre également que l’intransigeance protestante n’a pas évité les excès que l’on connaissait du côté de l’Inquisition catholique…

Mais ce qui est particulièrement intéressant, dans ce livre, c’est la façon dont il ouvre des réflexions sur nos sociétés d’aujourd’hui. Je n’imagine pas un instant que, même s’il explique, dans la note qui suit le livre, ne pas avoir voulu faire œuvre d’historien, l’auteur n’ait pas fait exprès des liens avec notre époque, comme en témoigne la choisie pour ouvrir cette chronique. Ces deux références, à la psychanalyse et au capitalisme, ne peuvent pas avoir été choisies par hasard.

Or que nous montre ce livre ? Il nous présente un homme qui veut juste être libre, et dont les choix peuvent nous déplaire. La première fois où il nous est présenté, il parait d’ailleurs assez imbu de lui-même, prétentieux, assez peu sympathique – si ce n’est qu’il a un faible pour le Bourgogne, et, ça, c’est la preuve absolue qu’il ne saurait être tout à fait mauvais ! -. Mais, au fur et à mesure, on découvre un homme qui s’engage et qui, au-delà de tout ce qui peut sembler superficiel dans ses comportements, a des convictions et est prêt à les défendre, quel que soit le prix à payer.

L’immense différence entre l’époque décrite dans le livre et la nôtre, c’est naturellement le rapport à la religion. On n’imaginerait plus autant d’étroitesse d’esprit, d’intolérance, de plaisir sournois et malsain à imposer aux autres ses choix théologiques. Ceux qui aujourd’hui ont encore cet état d’esprit sont repoussés vers les marges – même si elles sont malheureusement parfois agissantes.

En revanche, tout le reste est remarquablement d’actualité. Torrentius, qui s’est cru protégé parce qu’il connaissait des puissants, se fait lâcher en beauté. La vengeance et la jalousie demeurent des moteurs actifs, récurrents, premiers sans doute dans bien des affaires sordides. L’argent, le sexe, le pouvoir.

Bref, j’ai passé un très bel après-midi de lecture avec ce Torrentius, merci beaucoup Monsieur Thibert. Et, pour tous ceux qui ne l’ont pas encore découvert, n’attendez pas, il mérite le détour !

3 réflexions au sujet de “Torrentius”

  1. j’ai comme toi vraiment beaucoup aimé ce roman lu lors de sa sortie aux éditions Héloïse d’Ormesson. ils savent dénicher quelques pépites et celui-ci en est une assurément. le thème, le personnage, l’époque et l’écriture, tout est juste et passionnant.

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