Anticipation, Science-fiction

Days

Chronique de Days, de James Lovegrove.

« Par ailleurs, le type n’a aucun des tics qui caractérisent habituellement les voleurs sur le point de commettre un forfait. Son air décontracté paraît on ne peut plus naturel. Il ne lance aucun regard en coin aux vendeurs ou aux autres clients – l’un des signes les plus immédiatement repérables. Sa respiration est calme, régulière. Mais Frank a appris à ne pas uniquement se fier aux apparences. »

James Lovegrove, Days, Bragelonne, 2005, p. 116.

Motivations initiales

Livre choisi parmi les sorties – ici, en poche – de Bragelonne. Présenté comme une relecture de notre société de consommation, ce roman traite d’un « gigastore », un magasin dans lequel « tout ce qui est en rayon sera vendu, et tout ce qui se vend est en rayon »… Créé par Septimus Day, un obsessionnel du chiffre, du sept et du pouvoir, ce magasin est désormais entre les mains des sept fils de Septimus, nés chacun un jour différent de la semaine, et dont le prénom a été choisi en fonction de ce jour, justement…

Synopsis

Cinq fils d’histoire se croisent dans ce grand magasin : d’un côté, Frank, un « fantôme », qui, depuis plus de trente ans, traque les voleurs dans le magasin. Sa principale force, mais qui est progressivement devenu sa faiblesse : sa capacité à se fondre dans le décor, à être invisible. Et en effet, il devient invisible, y compris à lui-même, le matin, dans le miroir. Alors il a décidé de démissionner, et de partir s’installer aux États-Unis.

Linda, elle, a économisé toute sa vie, avec son mari Gordon, pour finalement disposer d’une carte silver. Oh, certes, la carte silver, ce n’est que l’un des tout premiers échelons, mais elle compte bien en profiter… et rendre jaloux tous les habitants du quartier !

Madame Shukhov, elle, est cliente de Days depuis des années. Son mari – désormais, son ex-mari -, lui permet de bénéficier d’un train de vie qui lui assure une certaine tranquillité…

On suit également les sept frères Day, qui ont la lourde charge de succéder à leur père, Septimus. La passion dévorante de ce dernier – le pouvoir et l’argent – peut-elle leur tenir lieu de vie, de destin, de raison de vivre ?

Enfin, on suit l’histoire de Mademoiselle Dalloway, la responsable du rayon livre, engagée dans un combat « à mort » avec le rayon informatique. Alors qu’elle défend bec et ongles le livre et l’écrit, la réalité économique contraint à étendre le rayon informatique. Mais Mademoiselle Dalloway n’est pas résignée à laisser faire !

Avis

En quatrième de couverture, Lovegrove se retrouve comparé à Ballard… me voilà bien, je n’ai pas lu ce dernier ! Mais quand celui-ci est décrit comme l’auteur d’une oeuvre « étrange et sophistiquée », je me dis, qu’en effet, il se pourrait qu’il existe un lien entre Ballard et Lovegrove.

Dans ce « gigastore », caricature à peine exagérée de nos grandes surfaces – le seul rayon, parmi ceux qui sont décrits, qui parait manquer dans nos grandes surfaces est le rayon Plaisir… -, tout est possible. Et les « ventes flash » déclenchent de véritables scènes d’émeute. Jusque-là, on est en terrain connu.

Et, en fait, ce qui à la fois provoque une sorte de malaise et, en même temps, de désintérêt, c’est que, même si Days n’existe pas dans la vraie vie, en réalité, ce concept existe, qu’il s’appelle Dubaï, Monaco, Davos…

Franck, dans son incapacité à parler avec les autres, est un peu fatigant… d’autant qu’il lui en fait très peu pour, tout d’un coup, tourner casaque. Du coup, quand on prend son personnage du début à la fin du livre, on est assailli par un sentiment du type « tout ça pour ça ».

Linda et Gordon, franchement, font plus mal au coeur qu’autre chose. Avons-nous vraiment besoin de ces deux personnages pour comprendre que la consommation est un piège, dans lequel la plupart des victimes se précipitent de leur propre volonté ?

Les frères Day ont tout de la « pauvre petite fille riche », et, en plus, ils sont représentés de façon tellement caricaturale… La gravure de mode, le leader, le raté / alcoolique…

La seule qui tire un petit peu son épingle du jeu, c’est Madame Shukhov. Elle seule parait un peu sortir des codes classiques du genre.

Là où le pamphlet aurait pu être enlevé, la critique reste au raz des personnages. Il m’a manqué de ce souffle épique, de cette dimension imaginative qui pouvait élever le débat. Mais non… on reste à fleur de pavé…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

1 réflexion au sujet de “Days”

  1. L’auteur semble avoir énormément puisé dans Virginia Woolf car dès le début de la chronique en voyant le prénom de Septimus, un des personnages de Mrs Dalloway, et ensuite avec les « fils » narratifs c’est la construction du célèbre roman de Woolf mais apparemment sans son génie 🙂

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