Historiques, Roman

Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir

Chronique de Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir, de Nathalie Saint-Cricq.

« C’est une constante chez Georges Clemenceau, en amour comme dans la vie, il a toujours choisi la liberté, la sienne surtout, quoiqu’il en coûte. »

Nathalie Saint-Cricq, Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir, Éditions J’ai lu, 2022, p. 197.

Motivations initiales

Ce livre est tombé – un peu – par hasard entre mes mains. Je vous avoue qu’en ce moment, je n’ai que très peu de temps pour lire autre chose que des ouvrages scientifiques pour la fin de rédaction de ma thèse ! Mais allez savoir pourquoi, ce livre m’a totalement intrigué et je n’ai pas pu m’empêcher de le prendre ! 

Synopsis

2 mai 1923. Malgré ses 82 ans, Georges Clemenceau continue à s’astreindre à une routine quotidienne, et, comme chaque jour, il vient de s’installer à son bureau. Le « Tigre » n’a rien perdu de sa superbe, il est toujours cette forte tête qui ne s’en laisse pas compter. Pourtant, même lui peut encore être surpris par la vie. Il ignore que la femme qui s’apprête à franchir la porte va faire vibrer son cœur si fatigué et qu’il va, une fois encore, pouvoir savourer les plaisirs de ce sentiment si particulier qu’on appelle l’amour.

Cette femme, c’est Marguerite Baldensperger, une éditrice de quarante ans, mariée, mère de famille mais que la vie n’a pas épargné. Elle vient proposer à Clemenceau d’écrire un livre. Très rapidement, leurs destins sont liés. Ils vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser et à s’aimer, chacun à leur façon.

Avis

Nathalie Saint-Cricq est l’une des rares éditorialistes politiques qui trouve grâce à mes yeux. Ce que j’apprécie chez elle, c’est son côté piquant et particulièrement obsédée par les micro-détails qui font qu’une interview peut être un vrai supplice pour l’invité. Si elle a su me séduire sur son terrain de jeu – la politique -, est-ce qu’il en est de même lorsqu’elle enfile la casquette d’auteure ?

Eh bien, la réponse est un grand oui ! Elle parvient, au travers de ce que certains qualifieront d’histoire d’amour simplette et platonique, à redonner vie à une figure emblématique de la politique française, Georges Clemenceau. Si, pour beaucoup, il est celui qui a permis à la France de remporter la victoire en 1918, très peu savent en revanche que le personnage est totalement misogyne et anticlérical – d’ailleurs, il ne rentre dans aucune église. Lors des enterrements il attend devant l’édifice religieux. 

Nathalie Saint-Cricq explore avec finesse et brio la complexité des relations hommes-femmes du début du XXème siècle. Ici, une histoire d’amour peut revêtir une forme différente d’aujourd’hui, elle peut être simplement épistolaire ou bien encore sans contact/acte physique. C’est très prude, délicat et parfois insignifiant pour certains mais moi, c’est tout ce que j’aime ! Vous l’aurez compris, il ne faut pas s’attendre à un récit enflammé type Cinquante nuances de Grey… La relation entre Marguerite et Clemenceau repose à la fois sur une sorte d’osmose intellectuelle mais également sur un soutien moral indéfectible. Elle l’écoute radoter ses vieux souvenirs en souriant, il l’aide à avancer malgré la perte de son enfant. Le séducteur, l’homme aux six cent maîtresses, malgré son grand âge – 82 ans -, ne recule devant rien ni personne et Marguerite a fait chavirer son cour dès leur premier regard.

Ce qui est particulièrement plaisant, c’est que l’auteure mêle la grande Histoire, collective, à de petites histoires individuelles. Si ce roman nous livre une vision précise de Clemenceau et dresse le portrait d’un homme colérique et d’une ironie mortelle frôlant la méchanceté, l’auteure a pris le parti d’inventer les réponses de Marguerite sous forme de journal intime. L’explication du pourquoi est que Marguerite avait fait promettre à Clemenceau de brûler toutes ses lettres car elle était mariée ; en revanche, elle a gardé précieusement celles du Tigres – 670 lettres !

Émouvant, parfois drôle et surtout très immersif, ce livre est une petite pépite que je vous recommande chaudement !

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

4 réflexions au sujet de “Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir”

  1. J’aime également beaucoup les commentaires politiques de cette femme et je vis désormais près du lieu de naissance de ce grand homme, lieu que je n’ai toujours pas visité….. Un personnage que je connais très peu et ce serait une bonne occasion de le rencontrer à travers ce livre et peut-être la maison de son enfance 😉

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