Bandes dessinées

Le Château des animaux – T.4 Le Sang du roi

Chronique de Le Château des animaux – T.4 Le Sang du roi, de Félix Delep & Xavier Dorison.

« S’il perd ce vote, il lui faudra un bouc émissaire un peu plus solide qu’un simple chien de la milice… Alors il dira que c’était ta stratégie et crois-moi, cette fois être la mère de ses veaux ne suffira pas. »

Félix Delep & Xavier, Le Château des animaux – T.4 Le Sang du roi, Casterman, 2025, p. 12.

Motivations initiales 

Il y a quelques années, nous avons découvert cette série un peu par hasard et je dois dire qu’on a eu un vrai crush sur le méchant de la bande, Silvio le taureau et le président de la ferme… Alors forcément, nous attendions ce dernier tome avec impatience ! 

Synopsis 

Un frémissement parcourt enfin les terres du Château. Acculé par une contestation qu’il ne parvient plus à étouffer, Silvio accepte l’impensable : consulter le peuple animal. Derrière cette façade démocratique, la manœuvre est pourtant limpide : conserver le pouvoir, quel qu’en soit le prix.

Tandis que la machine électorale se met en branle, les discours se durcissent, les promesses pleuvent et la peur circule à bas bruit. Face au taureau tyrannique, le Mouvement des Marguerites s’organise, rassemble, exhume les blessures anciennes et les injustices tues trop longtemps. Miss B, César et Azélar avancent sur un fil, conscients que la moindre erreur pourrait tout faire basculer.

À mesure que l’échéance approche, la question n’est plus seulement celle du résultat du vote, mais de ce qu’il révèle : une société prête à croire encore aux mots d’un despote, ou à se libérer enfin de son emprise. La liberté semble proche… mais jamais aussi fragile.

Avis 

Refermer le quatrième et dernier tome de Le Château des Animaux provoque un sentiment rare : celui d’une œuvre achevée avec justesse, sans compromis ni facilité. Cette conclusion assume pleinement la noirceur de son propos tout en offrant une lecture profondément humaine.

Xavier Dorison déploie ici un récit politique d’une lucidité redoutable. Sous couvert d’une fable animalière, il dissèque avec précision les mécanismes du pouvoir, la manipulation des masses et la manière dont un simulacre de démocratie peut devenir l’arme ultime d’un régime autoritaire. Le processus électoral, loin d’être une promesse de renouveau, apparaît comme un terrain miné où la parole est détournée, vidée de son sens, instrumentalisée.

La force de ce tome réside aussi dans sa galerie de personnages, jamais figés dans un simple rôle symbolique. Chacun agit, doute, se compromet ou résiste, donnant au récit une épaisseur émotionnelle constante. Le lecteur est ainsi placé face à une question dérangeante : jusqu’où une foule est-elle prête à suivre un chef, même lorsque les signes de sa corruption sont évidents ?

Graphiquement, l’album impressionne par la justesse de sa mise en scène. Les regards, les silences et les cadrages portent autant de sens que les dialogues. Le découpage soutient la tension narrative et installe une atmosphère lourde, presque suffocante, parfaitement en accord avec les enjeux du récit. Le travail visuel ne se contente pas d’illustrer : il raconte, il suggère, il accuse.

Ce dernier volume ne cherche pas à rassurer. Il questionne, dérange et laisse une empreinte durable. Une fin cohérente, ambitieuse et marquante, qui confirme la série comme une œuvre politique forte du paysage de la bande dessinée contemporaine.

Une série à avoir dans sa bibliothèque !

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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