Bandes dessinées

Tanz !

Chronique de Tanz !, de Maurane Mazars.

« – J’adorerais faire un ballet sur des textes de Kerouac…

– Ah non ! On a bien vu ce que ça donnait la prose et la danse !

– Comment ça ?

– Non mais Kerouac, ce sont déjà des mots qui dansent… Ça serait redondant… Et puis regarde la comédie musicale, ce qui se passe quand on fait du figuratif… Kerouac, ça doit rester de la poésie. »

Maurane Mazars, Tanz !, Les Éditions du Lombard, 2020, p. 79.

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Aventures

Le Paris des Merveilles – T. 1 Les enchantements d’Ambremer

Chronique de Le Paris des Merveilles – T. 1 Les enchantements d’Ambremer, de Pierre Pevel.

« – Un sort produit un effet, souvent immédiat. Un enchantement, lui, modifie plus ou moins longtemps la nature d’un être ou d’un objet. Si je génère un souffle d’air pour fermer une porte, par exemple, je provoque un effet : c’est un sort. Mais si je change par magie la couleur d’un objet, ou si je le rends plus léger, je le modifie.

– C’est donc un enchantement.

– Voilà. Les sorts agissent sur le monde et les enchantements essayent de le changer. Et j’ajouterai que les enchantements les plus puissants le changent à jamais. »

Pierre Pevel, Le Paris des Merveilles – T. 1 Les enchantements d’Ambremer, Folio SF, 2019, p. 148.

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Drame, Psychologique, Roman

Presque génial

Chronique de Presque génial, de Benedict Wells.

« Nous les mères ne savions pas en principe de qui venait le sperme. Tous les donneurs, nous disait-on, étaient beaux, en bonne santé et athlétiques. Ils avaient des pseudonymes tels que Donor Brian ou Donor Michael, et nous disposions de vagues informations sur leur profession, leur QI et leurs centres d’intérêt. On n’en savait pas davantage. […] Mais Monroe avait un assistant, un type falot appelé Andy, qui était amoureux de moi. Il a dérobé le dossier de ton père dans le bureau de Monroe. Ton père était diplômé de Harvard, il jouait du violon et avait un QI de 170. »

Benedict Wells, Presque génial, Slatkine & Cie, 2020, p. 102.

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Aventures, Bandes dessinées, Médiéval fantasy

Thorgal – T. 3 Les trois vieillards du pays d’Aran

Chronique de Thorgal – T. 3 Les trois vieillards du pays d’Aran, de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski.

« Oh ! À part les loups, les ours, les sangliers, les pillards, les brigands et les tribus sauvages des montagnes, tu as parfaitement raison, nous sommes parfaitement en sécurité. »

Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski, Thorgal – T. 3 Les trois vieillards du pays d’Aran, Éditions du Lombard, 1981, p. 3.

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Aventures, Roman, Westerns

Maktaaq

Chronique de Maktaaq, de Gildas Guyot.

« Trois ânes paisibles… si paisibles. Deux sont debout et veillent le troisième. Celui-ci est couché sur le flanc, en charpie. Il brille sous les rayons du soleil. Il n’en peut plus de déborder. Les ânes ne sont pas comme les tartines, ils ne tombent jamais côté confiture. De la croupe jusqu’à l’encolure tout est rouge et gluant, arraché. Dans la panique, il a traîné ses tripes sur trois pattes jusqu’à ce qu’il n’en ait plus la force. »

Gildas Guyot, Maktaaq, Éditions In8, 2020, p. 163.

Motivations initiales

Nous avions découvert Gildas Guyot avec Le goût de la viande, une valse entre un jeune homme et la mort, depuis les tranchées de la Première Guerre mondiale. Le livre était étonnant, l’histoire incroyable, l’écriture forte… Alors lorsque les Éditions In8 nous ont proposé de découvrir le deuxième livre de l’auteur, Maktaaq, annoncé comme radicalement différent, aucune hésitation ! Merci de nous avoir donné cette occasion !

Synopsis

Seth est un jeune homme de 23 ans, né dans une famille d’origine inuite. Après avoir, un temps, espéré percer dans le baseball, il traîne sa vie et sa carcasse entre petits boulots et aventures sans lendemain.

Ati, son grand-père, est venu s’installer dans la maison familiale à la mort de sa femme, Koko. Et il n’est pas venu seul : il est arrivé avec sa vieille Chevrolet Impala Super Sport 427 de 1967. Et, justement, un beau jour, il offre la voiture à Seth. À une seule condition : que celui-ci l’emmène à Las Vegas, jouer au casino.

Et c’est ainsi que Seth se retrouve embarqué dans une aventure qui va changer sa vie…

Avis

S’il y avait bien une chose que j’avais cru comprendre, c’est qu’avec Gildas Guyot, on ne peut jamais être sûrs de savoir où il va nous emmener. Son premier livre, Le goût de la viande, dégage une force, une puissance expressive incroyable, dans une grande noirceur. C’est, en fait, un livre dans lequel la mort est présente à toutes les pages.

Avec Maktaaq, a priori, on est dans quelque chose de totalement différent. Et, au contraire, en refermant ce livre, on a envie de dire que, dans ce deuxième opus, c’est la vie qui est présente à toutes les pages. Mais peut-être n’est-ce pas aussi simple que cela…

En tout cas, on a quitté le Vieux continent pour le Nouveau Monde (je n’ai pas dit celui d’après…). On est dans un quartier populaire de Los Angeles, habité majoritairement par des hispaniques. Là, on découvre une famille d’origine inuite, mais qui a adopté le mode de vie « à l’américaine » : chacun mange quand il le veut, les traditions ne sont plus qu’un lointain souvenir.

Lorsque commence ce road-trip à la sauce inuite, Seth a tout du jeune branleur qui ne fait pas grand-chose de sa vie. Le moyen le plus sûr de le reconnaître est que chacune de ses phrases commence par « putain ». Ati lui fait à la fois un petit peu peur, il ne sait pas comment l’aborder, et pourtant, il y a entre eux une forme de connivence, un fil ténu mais solide…

Ce voyage vers Las Vegas, nous dit la quatrième de couverture, c’est « à la fois un roman d’aventures, un western, un roman d’apprentissage, un conte philosophique, un précis d’ethnologie sur la culture inuite, un almanach de baseball ». Quand je lis ce genre de description, en général, je doute. Mais tout cela est vrai – sauf, peut-être, ce n’est pas aussi précis qu’un almanach de baseball.

Ce grand-père, un vrai taiseux, dont on ne sait jamais s’il dort ou s’il est éveillé, s’il plaisante ou s’il est sérieux, s’il ment ou s’il dit la vérité, c’est exactement LE grand-père, dans toute sa splendeur. D’ailleurs, je peux l’avouer ici, il n’est pas sans me rappeler le mien, avec qui je n’ai pas eu la chance de partager un tel road-trip, mais dont l’humour, la vitalité, le regard malicieux m’a accompagné tout au long de ma lecture.

Connivence, donc, et, sans que Seth s’en rende compte véritablement, transmission. Ce vieil homme, on le découvre en même temps que Seth, a appris de la vie, des blessures, des cassures. Parti d’Alaska pour trouver une vie meilleure, il expie encore cet abandon des siens et de la culture traditionnelle dont il est issu. Et il transmet cela à son petit-fils.

Les scènes s’enchaînent, mêlant un humour parfois tendre, parfois grinçant, et, surtout, une grande sagesse de vie. Je pense, par exemple, à la scène de la climatisation. La voiture est équipée d’une clim’, et Seth, lorsque la température augmente alors qu’ils entrent dans le désert des Mojaves, veut la mettre en marche. Mais son grand-père refuse catégoriquement : il ne « l’aime pas ». Incompréhension totale de Seth, qui ne voit que sa dimension utilitaire, le fait qu’il s’agit d’un objet prévu pour améliorer le confort. Mais Ati, lui, vit cette climatisation comme une façon d’expier : il a abandonné le peuple inuit, il peut bien souffrir de la chaleur !

Connivence, transmission. Il y a également deux autres mots, présents dans le livre, qui pour moi restent et résonnent après que l’on ait refermé l’ouvrage. Ubuesque… mais je ne veux pas trop spoiler, alors je vous laisse découvrir. Et incandescent. Incandescent comme le soleil qui frappe fort dans ce désert des Mojaves. Incandescent comme la vie d’Ati et de Koko. Incandescent comme l’amour qui, peut-être, va permettre réellement à la vie de Seth de commencer. Incandescent, enfin, comme la brûlure de cette vie d’Ati, qui laisse une trace dans celle de Seth.

Et puis… on est d’abord marqué par la différence qui semble exister entre ce livre et le précédent. La dureté du premier, la douceur – qui n’est pas exempte de brutalité – de celui-ci. Mais, en réalité, après quelques heures de décantation, j’ai en fait l’impression que ces deux « premiers romans » (encore un bout de la présentation qui figure en 4e de couv, que je reprends volontairement) parlent du même sujet. Dans le premier, c’était la mort, quasiment personnage principal, et sa danse avec un personnage pas réellement vivant. Et, ici, c’est la vie, mais dans laquelle la mort est toujours présente. Chez les inuits ou dans les tranchées, à Las Vegas ou à Verdun, la vie et la mort se mêlent, s’apprivoisent, se tournent autour…

En plus, on ne sait pas d’où Gildas Guyot tire sa connaissance des traditions inuites… mais il semble soit avoir vu de nombreux documentaires sur le sujet, soit y avoir passé quelques années. Dans une vie antérieure, peut-être ?

Un très beau livre, mais, surtout, je le crois de plus en plus, un très bel auteur !

Aventures, Bandes dessinées, Policiers

New York Cannibals

Chronique de New York Cannibals, de Jerome Charyn (récit) et François Boucq (adaptation).

« – Pas besoin de vous faire un dessin, sergent, vous avez compris qu’on m’a mis dans l’obligation de relâcher Quinto et sa ribambelle de nymphettes.

– Après des mois à enquêter sur cet enfoiré, voilà comment on se le fait souffler. Il vous a donné les raisons, au moins ??

– Non, mais sans le savoir, on aurait marché sur les plates-bandes d’une opération en cours… Laquelle ? Il ne m’en a pas dit plus. Alors notre histoire de trafic de came, on peut joyeusement s’asseoir dessus ! »

Jerome Charyn et François Boucq, New York Cannibals, Les Éditions du Lombard, 2020, p. 49.

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Ô grimoire en goguette

Ô Grimoire en goguette, acte 9

« J’écris beaucoup quand je n’écris pas. Je suis souvent absent, souvent ailleurs. »

Franck Bouysse

L’heure de la reprise des rencontres littéraires a enfin sonné ! Quelle joie de retrouver les copines et les maisons d’édition et surtout les auteurs qui nous racontent leur rapport à l’écriture et nous donnent quelques informations croustillantes sur eux ! Avec masque et gel hydroalcoolique, j’ai eu le privilège de rencontrer Franck Bouysse grâce au Livre de Poche.

Franck Bouysse vit en Corrèze et il ne supporte pas vraiment le tumulte de la vie parisienne, pour lui la terre est importante, la nature occupe une place centrale dans sa vie… Ce n’est sûrement pas pour rien qu’il a été prof d’horticulture pendant une trentaine d’années !

Il commence à écrire vers 14-15 ans, inspiré par ses lectures – Jules Verne, mais aussi l’Iliade et l’Odyssée. Pourtant, chez ses parents, la littérature n’est pas vraiment importante, il n’y a pas de livres dans la maison familiale. Heureusement, l’adolescent qu’il est peut compter sur sa grand-mère pour lui offrir des livres qu’il dévore en cachette !

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Franck Bouysse n’a pas fait d’études littéraires mais des études de biologie ! Mais déjà, il sentait que la littérature serait une chose très importante dans sa vie. Il écrivait pour échapper au temps en lisant et en écrivant… Il écrivait également pour transmettre à ses enfants ce qu’il avait aimé en revisitant les genres.

Prêts à rentrer dans l’univers romanesque de cet auteur tardif ?

Avec Grossir le ciel, Franck Bouysse a décidé de lâcher les chevaux. Il savait en l’écrivant qu’il se passait quelque chose de différent… Mais pendant plus de deux ans, il a laissé dormir le manuscrit au fond d’un tiroir, jusqu’à ce que l’un de ses amis, l’un de ses premiers relecteurs, lui demande s’il n’avait pas un de ses textes à lui faire lire… Lequel s’est empressé de lui dire que son texte était extraordinaire et qu’il fallait absolument le faire publier ! Trois enveloppes sont alors parties à destination de trois éditeurs parisiens !

Mais, dans la famille Bouysse, il en faut davantage pour s’enflammer, même après une réponse positive ! La preuve : un jour, une chronique sur RTL est consacrée à Grossir le ciel, et Franck Bouysse l’écoute avec sa mère. La première réaction de celle-ci, cela n’a pas été de lui dire qu’elle était fière de lui, mais le verdict, lapidaire, est tombé : « Eh bien, tu n’as pas intérêt à te louper pour le prochain ! ». Bon, depuis qu’il passe à la télé, elle commence quand même à penser que c’est du sérieux !!!

Le tournant dans sa vie est arrivé avec le succès rencontré par son – remarquable – Né d’aucune femme ! Ce livre l’a bousculé, le personnage de Rose l’a habité… Et il a compris que sa vie prenait un tournant, il a décidé de quitter l’éducation nationale et de se consacrer pleinement à l’écriture.

Mais quelles sont donc ses petites manies d’écrivain ? Je ne crois pas m’avancer en disant que toute la salle a été scotchée par la discipline qu’il s’impose… Il a un rythme ultra-réglé ! Il se lève chaque jour entre 4h30 et 5h du matin, il lit et ensuite il écrit à partir de 7h30-8h. Ses livres jaillissent d’une émotion ou d’un souvenir d’enfance. Il écrit six versions différentes de son livre et à chaque fois il recommence à zéro… Il commence par écrire à la main sur des cahiers – il a besoin de ce rapport physique, ensuite il retranscrit le livre sur ordinateur, il l’imprime et met les pages dans un classeur avec une feuille blanche à droite pour réécrire l’histoire… Il s’enregistre souvent en train de déclamer les dialogues, l’oreille c’est important pour lui, si ça ne marche pas à l’oreille alors c’est un livre sans intérêt ! Quand il finit un livre, il est autant dans le doute que lorsqu’il le commence !

Buveurs de vent, son nouveau roman paru chez Albin Michel est dans ma PAL, autant vous dire que j’ai hâte de le lire ! Bref, c’était une rencontre captivante avec un écrivain accompli et brillant que vous devez absolument lire… Merci encore au Livre de Poche pour ce très bon moment !

Aventures, Heroic fantasy, Médiéval fantasy

Le chant des cavalières

Chronique de Le chant des cavalières, de Jeanne Mariem Correze.

« Il ne sert à rien de s’inquiéter des choses sur lesquelles tu n’as aucune emprise, bel arbrisseau. Rage et tempête tout ton saoul contre la course du soleil dans le ciel, personne n’arrête l’astre du jour. La roue des saisons tourne, immuable, sans daigner ralentir pour les mortelles que nous sommes. Nous nous angoisserons pour le voyage du retour le temps venu, en attendant, Zinia possède bien des secrets et des trésors qui valent la peine d’être vus, au moins une fois. »

Jeanne Mariem Correze, Le chant des cavalières, Les moutons électriques, 2020, p. 193.

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Non classé

Forêt

Certains s’en rappelleront peut-être, en 2009, Brice Hortefeux avait fait polémique avec une phrase prononcée à l’occasion des Universités d’été de l’UMP, « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». La question s’était posée alors de savoir si le ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy parlait des arabes ou, comme l’avait affirmé l’homme politique, des auvergnats. Pourtant, eut-il parlé des arbres et des forêts, nul n’aurait pu s’offusquer, et il n’aurait pas eu besoin d’aller jusqu’en Cassation pour être blanchi…

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Aventures, Médiéval fantasy

L’ensorceleur des choses menues

Chronique de L’ensorceleur des choses menues, de Régis Goddyn.

« Ils apercevaient au loin la plage où ils avaient été débarqués la veille, minuscule et dérisoire. Au dessus, une balafre claire striait la roche grise.

– Je ne vois effectivement pas d’issue. Comment aurions-nous pu quitter les lieux ?

– Il n’y en avait pas, Barnabéüs. On nous a laissés là pour que nous y mourions.

– Comment cela ?

– Et on a fait ébouler la falaise pour sceller notre tombeau ; les mages ne voulaient pas que nous survivions. À compter de ce jour, il ne faut plus se fier à personne. »

Régis Goddyn, L’ensorceleur des choses menues, Librairie L’Atalante, 2019, p. 62.

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