Bandes dessinées

Watership down

Chronique de Watership down, d’Adams Sutphin Sturm.

« Il faut qu’on parte tout de suite, les lapins qui sentent le sang ne font pas de vieux os la nuit. »

Adams Sutphin Sturm, Watership down, Monsieur Toussaint Louverture, 2025.

Motivations initiales 

Je vais être franche : sans le contexte du Prix BD Fnac France Inter, je n’aurais sans doute jamais ouvert cet album. Je connaissais le roman culte de Richard Adams, sans l’avoir lu, et j’en gardais l’image d’un conte animalier un peu désuet. Mais dès les premières pages de cette adaptation, j’ai compris que j’étais face à une œuvre bien plus profonde qu’une simple aventure de lapins. Watership Down est un grand récit initiatique, une épopée aussi tendre que cruelle, où chaque battement de cœur, chaque souffle de vent, chaque fuite devient une métaphore de la survie et de la liberté.

Synopsis 

Dans une garenne paisible, quelque part au cœur des collines anglaises, un jeune lapin nommé Fyveer reçoit une vision : leur territoire va être détruit. Peu d’entre eux le croient, sauf Hazel, son frère, qui décide de le suivre. Ensemble, ils rassemblent une poignée de compagnons et quittent leur terrier pour fuir vers l’inconnu. Commence alors un long périple à travers prairies, forêts et champs, semé d’embûches, de prédateurs et de trahisons.
Sur leur route, ils croisent d’autres garennes : certaines accueillantes, d’autres hostiles, jusqu’à la terrible colonie d’Effrefa, régie par la peur et la domination. À chaque étape, la petite troupe apprend à se défendre, à s’unir et à rêver d’un lieu de paix. Leur objectif : fonder un nouvel abri, libre et sûr, sur la colline mythique de Watership Down.
Ce voyage n’est pas qu’une fuite : c’est une quête. Celle du courage, de la solidarité et de la foi en un avenir meilleur, malgré la cruauté du monde.

Avis 

Watership Down est une œuvre rare, à la fois universelle et profondément intime. On y retrouve la structure du grand roman d’aventure classique : départ, épreuves, fraternité, espoir. Mais ici, le souffle épique s’allie à une émotion constante, car les héros sont fragiles, vulnérables, et leur courage n’en est que plus bouleversant.

L’adaptation graphique restitue magnifiquement cette intensité. Le dessin, d’une grande finesse, capte les nuances de la nature anglaise : la lumière des collines, les ombres du sous-bois, la pluie sur la terre, la peur dans le regard des lapins. La mise en couleur est somptueuse — dominée par des tons de brume, de feuillage et de crépuscule — et accompagne les changements de rythme du récit avec une justesse remarquable. Chaque planche est une respiration. Certaines scènes de fuite ou de combat atteignent une puissance presque cinématographique, tandis que d’autres se posent dans la contemplation : un instant de calme, un regard échangé, une silhouette au bord d’une colline.

L’album parvient surtout à restituer la tension permanente du texte original : cette coexistence de beauté et de terreur, de tendresse et de violence. Comme dans le roman de Richard Adams, les lapins sont à la fois des animaux et des figures humaines : ils incarnent la peur, la loyauté, la persévérance, la foi en quelque chose de plus grand que soi.
En lisant, j’ai frémi de peur, j’ai souffert avec eux, j’ai ressenti cette audace incroyable qui pousse à quitter le connu pour affronter le monde. Et je dois dire que certaines répliques m’ont profondément émue. “Merci, Hazel… merci de prendre tous ces risques pour nous.” Cette phrase résume à elle seule tout ce que porte le livre : la gratitude, la confiance, la dignité du courage.

L’objet-livre lui-même mérite d’être salué. Couverture embossée, dorures subtiles, papier dense : tout respire le soin éditorial et le respect du texte d’origine. C’est une œuvre qu’on feuillette avec lenteur, qu’on a envie de garder, de relire, de transmettre.

Une adaptation superbe, à la hauteur du roman culte. Watership Down allie souffle épique et émotion pure, beauté graphique et intensité narrative. C’est un livre sur le courage, la liberté et la fraternité, qui parle autant aux adultes qu’aux lecteurs plus jeunes.
Je ne pensais pas me laisser emporter par une histoire de lapins — et pourtant, j’ai refermé ce livre le cœur serré et le regard un peu humide. Une œuvre intemporelle, magistralement réinventée.

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