Histoire, Roman

Lorsque tous trahiront

Chronique de Lorsque tous trahiront, de Pierre Olivier.

« Comme personne n’était en mesure de vraiment remplacer le Chef, l’on avait opté pour une direction collégiale, composée de Lesueur, personnage qui ne ferait d’ombre à personne, Sabiani, Marchal et Jean Le Can. Ce dernier, jusqu’à présent, n’était pas membre des instances dirigeantes du Parti. Sa très grande proximité avec Doriot et sa connaissance des secrets de celui-ci l’avaient rendu incontournable pour la poursuite d’une quelconque activité. »

Pierre Olivier, Lorsque tous trahiront, 10/18, 2024, p. 44.

Motivations initiales

Ce livre m’est tombé entre les mains à l’occasion d’une visite dans notre librairie habituelle. Et son sujet – j’en reparlerai – m’a attiré l’œil. Direction la PAL, donc…

Synopsis

En février 1945, un groupe de collaborateurs français, face à l’inéluctable défaite des nazis, se sont réfugiés près de Sigmaringen, en Allemagne. Autour de Jacques Doriot, ils tentent de sauver ce qui peut l’être – si c’est encore possible. Mais la voiture du « Grand Jacques » est mitraillée par un avion, et Doriot est tué. La faute à pas de chance, ou, au contraire, un complot piloté par l’un ou l’autre de ceux qui l’entouraient ?

Avis

Revenons, avant de parler de ce livre, sur le sujet de celui-ci. Certes, les spécialistes de l’Histoire et du nazisme n’ignorent probablement rien de cet épisode à Sigmaringen. Mais il est finalement peu médiatisé et peu connu du grand public. Il y avait eu un livre de Céline, D’un château l’autre, en 1957, qui suivait de près celui de Louis Noguères (1956) ; il y avait eu un livre chez Perrin, en 1966, signé par André Brissaud ; Henry Rousso avait publié en 1980 ; un autre en 2003, de Jean-Paul Cointet ; Pierre Assouline, en 2014. Mais cela fait relativement peu.

Mais le sujet revient sur le devant de la scène ces dernières années, avec un documentaire de Serge Moati en 2017, ou avec la série de podcasts de Philippe Collin sur France Inter, et, donc, ce livre.

Qu’est-ce que notre époque trouve d’intéressant dans cet épisode particulier où les français les plus convaincus de la grandeur du nazisme ont voulu croire, encore un peu, à une possible victoire ? Je n’ai pas de réponse mais je pense que la question est intéressante, si l’on croit que l’Histoire est une façon d’éclairer le présent…

Ce livre est particulièrement riche, et ce au moins pour trois raisons. D’abord parce qu’il tient le pari, en moins de 200 pages (ce qui est déjà, en soi, un point positif, alors que les éditeurs semblent faire la course aux pavés, fussent-ils inutilement bavards…), de montrer à la fois la course en avant sans fin de ces collabos en rupture de ban, et la façon, néanmoins, dont chacun, ne reculant devant aucune lâcheté, essaye de tirer son épingle du jeu. Pour un peu plus de pouvoir, pour un pu plus d’argent, pour un peu plus de sécurité, mentir et abandonner ses camarades semble être une figure imposée dans ces jeux olympiques de la trahison.

L’enquête – l’argument du livre tourne autour de la question de savoir si et pourquoi Doriot a été tué -, menée par l’un des membres de la fine équipe, est à la fois maligne et pathétique.

Ce livre, d’autant plus compte tenu de sa taille raisonnable, constitue une bonne façon de découvrir comment ces hommes et ces femmes, ont tout trahi, jusqu’au bout, avec obstination, si l’on peut dire. Leur pays, leurs alliés, leurs idéaux. Loin de ce que prétendait être « la pureté de l’idéologie nazie »…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site lisez.com.

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