Chronique de Le Soleil rouge de l’Assam, d’Abir Mukherjee.
« On dit que l’esprit humain cherche à trouver un sens au chaos. Ce serait bien plus facile de le mettre sur le compte du destin ou des dieux que de faire face à la réalité : l’univers est un endroit sans pitié où il arrive de mauvaises choses à de braves gens parce qu’il n’y a pas de bonne raison pour qu’elles n’arrivent pas. »
Abir Mukherjee, Le Soleil rouge de l’Assam, Folio, 2025, p. 47.
Motivations initiales
Il s’agit ici de la quatrième enquête du capitaine Sam Wyndham, le héros récurrent créé par Abir Mukherjee. Les chroniques précédentes (consultables ici, là et là) expliquent suffisamment pourquoi il était hors de question de ne pas lire ce livre… en attendant les prochains !
Synopsis
Sam Wyndham, à l’occasion de son enquête précédente, a touché du doigt le danger que son addiction à l’opium lui fait courir. Et il lui est de plus en plus difficile de conserver le contrôle. Il décide donc, sur les conseils de son médecin, de prendre la direction des montagnes de l’Assam, pour rejoindre un ashram, peut-être le seul endroit qui peut lui permettre de s’en sortir. Mais, sur le chemin, il croit reconnaître un homme qu’il a connu, il y a bien des années, à Londres. Et rapidement, un homme est retrouvé mort…
En 1905, justement, à Londres, Sam Wyndham, alors jeune agent de police, assiste à l’agression d’une jeune femme qu’il connaît, qui est finalement retrouvée morte dans une chambre fermée de l’intérieur…
Deux énigmes, deux enquêtes, mais peut-être, à 17 ans d’intervalles, des liens à dénouer…
Avis
Le premier intérêt de cette série est d’abord de découvrir cette Inde en train de se débattre sous le joug britannique, juste avant d’accéder à son indépendance. Et c’est très efficacement mis en scène par Abir Mukherjee, au travers de ses enquêtes.
Mais, dans ce livre, l’auteur se livre à un exercice peut-être encore plus périlleux. Car pour la première fois, il s’attelle à nouer des liens entre les époques, avec cette double enquête, l’une en 1905 à Londres, la seconde en 1922 en Inde. Mais – et c’est sans doute ce qui illustre le mieux le côté « joueur » d’Abir Mukherjee – il fait le choix de se confronter à l’un des classiques de la littérature policière : mettre en scène un meurtre en chambre close, cette figure classique dont Edgar Poe, Agatha Christie ou John Dickson Carr, par exemple, sont des spécialistes. Mais, tant qu’à faire, autant aller au bout de la contrainte… Et, en effet, ce n’est finalement pas un meurtre en chambre close qu’Abir Mukherjee s’attelle à mettre en scène, mais deux : l’un en 1905, le second en 1922…
Et le défi est relevé avec brio. Ça fonctionne bien, et, surtout, cela nous donne l’occasion de découvrir de nouvelles facettes de Sam Wyndham. Comment était-il plus jeune, comment en est-il arrivé à devenir ce policier un peu revenu de tout. Jusque-là, on n’avait qu’un élément : la mort de sa compagne, lors de l’épidémie de grippe espagnole. Là, avec ce livre, on comprend qu’il n’y a sans doute pas que cela…
Bref, du grand, du bon Abir Mukherjee, pour un très bon moment de lecture !
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

