Chronique de L’Affaire Balzac, d’Hervé Jubert.
« Je sautai comme un cabri au-dessus d’un étal. Ma fuite provoqua une sorte de hourvari car les trois quarts des protagonistes s’empoignèrent illico et transformèrent le camp des Tartares en champ de rencontre à mains nues. Le dernier quart s’avisa quand même de s’élancer à ma poursuite. »
Hervé Jubert, L’Affaire Balzac, la manufacture de livres, 2025, p. 137.
Motivations initiales
D’abord, cet objet est magnifique. La couverture est, tout simplement, magnifique, et donne très envie de découvrir ce qui se cache derrière. La 4e de couverture n’est pas en reste : la proposition de l’auteur est de découvrir l’immense Balzac dans une situation tout à fait inédite, comme enquêteur, pour essayer de sauver son oncle de la guillotine. Or il se trouve que Balzac… bon, je vous dirai cela dans l’avis. Mais je ne pouvais pas ne pas lire ce livre !
Synopsis
En 1818, au Palais-Royal, le jeune Balzac, qui n’est pas encore l’écrivain que nous connaissons tous de nom, rencontre le narrateur de ce livre, un jeune homme qui court régulièrement après l’argent dont il a besoin, qui a pratiqué tous les petits emplois imaginables sans jamais s’y fixer, mais sans tomber non plus dans la véritable délinquance. Par un de ces hasards que rien n’explique jamais totalement, ils se reconnaissent, malgré leurs différences. Et Balzac finit par employer l’homme comme domestique.
Peu de temps après, il leur faut se rendre dans le Tarn, où un oncle de Balzac est accusé de meurtre. Ils vont mener l’enquête pour tenter de lui éviter la guillotine…
Avis
Je vous ai promis de vous dire pourquoi j’ai une sorte de dette envers Balzac, ou, plutôt, envers une professeur de français de classe de première, qui rendait impossible que je ne lise pas ce livre. En effet, cette professeur avait pris l’habitude de venir, lorsque mes petits camarades, tous bien plus passionnés par les maths, la physique, éventuellement les sciences naturelles que par la littérature, se révélaient par trop inattentifs, elle avait pris l’habitude, donc, de venir se dresser devant la table où nous étions deux à partager avec elle le goût de la lecture. Et, à l’une de ces occasions, nous interrogeant sur notre préférence entre Balzac et Zola, nous lui répondîmes tous les deux que, naturellement, Zola avait notre préférence. Ce à quoi – et je m’en souviens encore comme si c’était hier – elle nous répondit que c’était normal, Zola étant bien plus accessible, abordable, mais que, probablement, si notre vie de lecteurs se poursuivait, nous en viendrions très certainement un jour à découvrir Balzac, et à l’apprécier.
Pour être honnête, ce jour n’est pas encore arrivé. Mais il m’a semblé évident, en découvrant ce livre, que c’était peut-être une première étape, et que le fait de découvrir Balzac dans une situation autre, comme enquêteur, pouvait aider à la réalisation de cette prédiction auto-réalisatrice.
Cela rend probablement d’autant plus pénible le fait d’avoir eu le sentiment de passer totalement à côté de cette lecture. Je n’y ai vu qu’un exercice de style dont finalement je n’ai trouvé ni l’intrigue et l’enquête convaincante, ni la lecture agréable. J’ai conscience que cet avis peut sembler sévère, mais j’ai eu, tout au long du livre, la sensation désagréable que l’auteur cherchait davantage – peut-être a-t-il eu, lui aussi, une professeure de français qui lui a prédit qu’un jour il rendrait un hommage à Balzac – à faire preuve d’érudition qu’à embarquer ses lecteurs dans une enquête. Dans le choix du vocabulaire, déjà, avec le « hourvari » dans la citation que j’ai choisie, mais également avec des références à l' »immanence » ou à des « circonstances dirimantes » dont je n’ai pas forcément vu l’intérêt pour le récit.
Bref, ce livre ne me réconciliera pas avec Balzac. Ce sera pour une autre fois. Et sans doute d’autres auront-ils apprécié cette lecture…
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

