Fantastiques, Fantasy

La Maison des jeux – T. 1 Le Serpent

Chronique de La Maison des jeux – T. 1 Le Serpent, de Claire North.

« Ces rues, ces rues !

A-t-elle peur de s’y promener ?

(Oui. Elle a peur. Nous le savons ; nous le sentons dans le profond battement de nos cœurs ; elle regarde et elle a peur.) »

Claire North, La Maison des jeux – T. 1 Le Serpent, Le Bélial’ – Une heure lumière, 2023, p. 58.

Motivations initiales

Je l’avais déjà vu sur les tables de l’une de nos librairies habituelles, je l’avais déjà regardé. Mais je ne l’avais pas (encore) embarqué avec moi. Et puis il m’a été offert. Bonne occasion de découvrir cette série, cette auteure, cet univers…

Synopsis

Avant de s’intéresser à ce livre, permettez-moi un mot sur l’auteure. Claire North écrit de la science-fiction. Kate Griffith, elle, écrit de la fantasy. Pourquoi évoquer cette dernière ? Parce qu’en réalité, il s’agit de la même personne, qui ne s’appelle ni Claire North, ni Kate Griffith, mais Catherine Webb. Peut-être simplement pour brouiller les pistes. En tout cas, ce livre, qui devrait donc être de la science-fiction, est sans doute au moins aussi proche de la fantasy…

Nous sommes à Venise, en 1610. Thene, une jeune femme mal mariée à un mari qui a dilapidé l’essentiel de leur fortune au jeu, découvre un beau jour la Maison des Jeux. Rapidement, elle s’y fait une place, perdant parfois, gagnant souvent. Du moins dans la Basse Loge, ouverte à toutes et tous. Mais cela finit par lui valoir une invitation à rejoindre la Haute Loge, un cercle bien plus mystérieux et, surtout, bien plus restreint. Seuls les meilleurs y sont conviés, et les enjeux sont d’une toute autre nature.

Quand vous participez à la Haute Loge, c’est à l’échelle des États que vous intervenez, là où le pouvoir et la politique se fait… ou se défait. Thene, pour sa première partie, se voit ainsi attribuer l’un des candidats au poste d’inquisiteur au Tribunal Suprême de Venise, ainsi qu’un certain nombre de cartes, qui représentent chacune une personne réelle que le joueur peut employer comme il l’entend. Il n’y a pratiquement qu’une seule règle – ne pas blesser un autre joueur -, mais toutes les stratégies sont possibles.

Thene parviendra-t-elle à faire couronner son roi ? L’enjeu est immense car il n’y a naturellement qu’un seul vainqueur, et seul le vainqueur sera définitivement admis dans la Haute Loge…

Signalons enfin que ce livre a reçu, en 2023, le prix Imaginales.

Avis

Quel curieux livre ! Le style est assez déstabilisant, plutôt froid, et à plusieurs reprises j’ai eu l’impression d’être en train de sortir de l’histoire. J’ai choisi la citation qui figure au début de cette chronique pour en donner un exemple : l’auteure s’adresse parfois directement à nous, lecteurs, mais tout en nous tenant à distance, ce qui crée une sorte de distance assez curieuse. Vous entrez donc dans un monde dont vous comprenez vite qu’il est proche du nôtre, mais pas tout à fait, avec un jeu qui n’en est pas tout à fait un, avec une auteure qui joue avec nous mais en prenant garde à éviter toute proximité qui serait confortable…

L’histoire, elle, est à la fois classique et novatrice. L’idée d’un « grand jeu » qui se déroulerait en grandeur nature est à la fois déjà connue, mais Claire North la remet au goût du jour avec un art consommé. L’auteure prend également un malin plaisir à éparpiller les indices, à ne nous donner qu’avec parcimonie les pièces du puzzle – ce qui fait que l’on sort de ce premier tome sans avoir encore de vue d’ensemble d ce monde -, et à nous laisser dans cet entre-deux entre une certaine familiarité et un saut dans l’inconnu complet.

Mais, petit à petit, on entre dans le jeu. Comme si on en découvrait, comme Thene, les règles au fur et à mesure de la lecture. D’abord, on s’attache à ce personnage dont l’intelligence a été longtemps tenu sous l’éteignoir par ce mari sans envergure, sans talent, sans intérêt. Et puis on voir se déployer sous nos yeux les premiers effets des stratégies des autres joueurs. L’un d’entre eux pousse visiblement trop rapidement ses pièces ; les deux autres sont de plus sérieux adversaires, d’autant qu’ils semblent s’être vu attribuer des « rois » dont les chances d’accéder au poste semblent meilleures.

Le résultat s’avère très intéressant, et, ce qui ne gâche rien, sort de la masse de ces pavés de 600 pages ou plus qui semblent être devenus la norme chez les éditeurs de SF ou de fantasy. Ici, 150 pages efficaces, brutales, qui forment un premier tome extrêmement prometteur ! Par moments, j’ai eu l’impression d’une histoire qui serait inspirée du jeu Citadelles, pour ceux qui connaissent, en plus complexe, en plus travaillé.

Alors, si vous aussi vous vous sentez d’humeur joueuse, et que vous êtes prêts à assumer des enjeux d’envergure, équipez-vous, affûtez vos neurones, et retrouvez-nous à la Maison des Jeux. Qui sait, peut-être un jour la Haute Loge vous ouvrira-t-elle ses portes…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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