Policiers

Les Bouches

Chronique de Les Bouches, de Nicolas Feuz.

« Elle avait en effet appris dans son enfance que l’humeur vitrée était le reflet de la vie d’une personne. Un miroir de son âme. Une réminiscence d’images de son existence. Elle constituait une sorte de mémoire virtuelle, capable de régurgiter des données après la mort, pour autant que l’homme en trouve la clé. »

Nicolas Feuz, Les Bouches, Le Livre de Poche, 2025, p. 96.

Motivations initiales

Est-il utile d’interroger notre motivation, sachant que Les Bouches doivent être le dixième roman de Nicolas Feuz que nous allons chroniquer ici ? Probablement pas… La question pertinente est clairement « quand », et pas « est-ce que » : oui, nous allons lire les deux derniers Nicolas Feuz, malgré notre retard, et probablement, à un moment ou un autre, remonter dans le temps et dans la bibliographie de l’auteur…

Synopsis

 Septembre 1943, en Corse. Alors que l’Italie vient de capituler, l’île devient un enjeu, Hitler souhaitant faire remonter ses troupes vers Bastia, alors que les résistants, eux, espèrent profiter de la situation pour libérer l’île. Sur terre et sur mer, les combats font rage, donnant l’occasion à certains de faire preuve d’héroïsme, comme Enzo Mariani, Martinu Costa et Antoine Spano, qui ont pu sauver Émile Beaussant, jeune capitaine français aveugle à la suite des tortures subies des nazis.

2015. Éric Beaussant, devenu adjudant-chef, est de retour en Corse, après l’avoir fuie pour le continent des années plus tôt, depuis le drame qui a vu la disparition de ses parents à l’occasion d’un accident de plongée. Il a tout abandonné… tout, y compris Hélène Mariani, la petite-fille d’Enzo, par qui il a été recueilli à la suite du drame.

Ce qu’il ignore encore, c’est qu’une série de meurtres va l’obliger à replonger dans ses souvenirs. Leur point commun : les yeux des victimes, arrachés ante-mortem, sont remplacés par des débris de coquillages…

Avis

Nicolas Feuz prend – visiblement – un grand plaisir à explorer un thème qui, s’il n’est pas spécialement original, reste d’une infinie richesse : comment le chaos peut, parfois, être source d’opportunités.

Ce qui ne gâche rien, c’est qu’il nous embarque dans les paysages sublimes de la Corse, sur les pas d’Éric Beaussant, qui a fui l’île après la mort accidentelle de ses parents, y abandonnant tous ses souvenirs, tout ce qui semblait devoir être sa vie. Mais le hasard fait souvent en sorte de ramener ceux qui ont voulu cacher des choses sous le tapis, tentant d’y échapper plutôt que de les affronter, pour les obliger à faire face.

Si l’auteur s’appuie sur un contexte historique réel, il invente l’épisode du croiseur Normandie, coulé par un navire allemand, le SMS Berlin, et, partant, l’acte d’héroïsme des trois corses. Et il construit à partir de là une intrigue solide et efficace.

C’est donc du bon Feuz, bien emmené par son héros de retour sur l’île et contraint d’affronter son passé. Ça marche bien, c’est agréable à lire !

Prêts à tenter l’aventure ? Alors prenez votre matériel de plongée, votre collection de coquillages… mais, à tout hasard, prenez aussi une arme à feu !

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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