Chronique de La Lisière, de Niko Tackian.
« Les théories n’en finissaient pas de se dérouler dans sa tête, mais, chaque fois, elle revenait à l’image de l’homme armé d’une hache courant derrière elle ? »
Niko Tackian, La Lisière, Le Livre de Poche, 2024, p. 21.
Motivations initiales
Je n’avais pas prévu de l’acheter. C’était un hall de gare, du bruit, des valises qui roulent trop vite, et ce besoin presque instinctif d’avoir un livre pour le trajet. Je l’ai pris sans lire le résumé. Une couverture sombre. Le nom de Niko Tackian. Une intuition. Un achat impulsif. Et parfois, ce sont les lectures non planifiées qui marquent le plus.
Synopsis
Dans la nuit noire des monts d’Arrée, au cœur des landes bretonnes battues par le vent, Vivian roule avec son mari Hadrien et leur fils Tom. La route est déserte, l’air chargé d’une tension indistincte.
Soudain, un choc sous la voiture.
Hadrien s’arrête. Il descend. Tom le suit.
Le silence.
Une minute. Puis deux. Trop longues.
Quand Vivian quitte à son tour l’habitacle, l’inquiétude devient vertige : plus personne. La lande semble avoir avalé les siens. Pire encore, un homme surgit de l’ombre, armé d’une hache. Elle fuit, échappe de justesse à la mort et trouve refuge auprès d’un routier qui la conduit à la gendarmerie.
Mais lorsque les forces de l’ordre se rendent sur place, il n’y a rien. Ni mari. Ni enfant. Ni voiture.
Comme si la nuit avait tout effacé.
La lieutenante Maëlys Mons reprend l’enquête. La voiture finit par être retrouvée, engloutie dans un marais, vide. Pendant ce temps, Vivian est hantée par des rêves troublants dans lesquels Hadrien et Tom semblent tenter de lui parler.
Dans ces terres imprégnées de légendes anciennes, où le réel se fissure facilement, une question s’impose : que s’est-il vraiment passé cette nuit-là ?
Avis
Ce roman m’a happée par son décor. Les monts d’Arrée ne sont pas un simple arrière-plan : ils deviennent un personnage à part entière. La lande, la brume, les marécages… tout participe à cette sensation d’être au bord de quelque chose d’inexplicable. On évolue constamment sur une frontière fragile entre rationnel et fantastique. Et c’est là toute la force du roman : cette lisière ténue entre deux mondes.
Le récit est tortueux, mais jamais confus. On doute, on s’interroge, on avance à tâtons — sans jamais se perdre. Les références aux croyances et légendes bretonnes apportent une profondeur culturelle fascinante. Pour moi, c’est un vrai plaisir de lecture : apprendre tout en frissonnant.
Le suspense est maîtrisé, progressif, presque oppressant. Les révélations, sans tomber dans la surenchère, surprennent et déplacent notre regard sur les personnages. Car au-delà de la disparition, c’est la part sombre de l’humain qui est explorée.
Et puis il y a Le Guilvinec. L’évocation de ce lieu qui m’est cher, mon refuge personnel, a créé une résonance intime. Cela a rendu la lecture encore plus immersive, presque personnelle.
La Lisière est un thriller psychologique dense, atmosphérique, où la nature devient le miroir des failles humaines. Un roman qui interroge nos certitudes et joue habilement avec nos peurs les plus archaïques.
Un achat impulsif dans une gare. Et une plongée troublante dans les brumes bretonnes. Que demander de plus ?
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