Aventures, Espionnage, Steampunk

Le grand jeu

Chronique de Le grand jeu, de Benjamin Lupu.

« Les contreforts boisés auxquels s’adossait Amasra avaient été arasés à coups de dynamite puis terrassés pour créer de vastes terre-pleins où s’élevaient à présent dix hangars monumentaux. Non loin, des rangées de bâtiments hérissés d’imposantes cheminées avaient remplacé les maisons aux toits de tuiles rouges. On y fabriquait l’alyuminiy, le métal ultraléger inventé par les Russes pour les structures rigides de leurs streloks et dont l’Alliance avait fini par obtenir le secret. »

Benjamin Lupu, Le grand jeu, Bragelonne, 2021, p. 93.

Motivations initiales

Quand vous avez la chance d’avoir un partenariat avec Bragelonne, et qu’ils publient un roman steampunk, il n’y a même pas de question à se poser : vous demandez à le recevoir. Et, évidemment, il se retrouve en haut de votre PAL. Mais, là où parfois les choses sont amusantes – et la réalité plus forte que la fiction – c’est lorsque le hasard fait que, le jour même où vous commencez son livre, l’auteur s’abonne à votre compte Instagram…

Synopsis

1885. Au milieu du XIXe siècle, l’histoire a connu un sursaut brutal. En Russie, le tsar est tombé, laissant la place à Novoser, le Nouvel empire russe, constitué en dictature industrielle aux mains du Primat Imperator. L’Europe, de son côté, n’a eu d’autre choix que de s’organiser, ouvrant la voix à l’Alliance de l’Ouest. Constantinople, dirigé par le sultan Hüsameddin, pris en tenaille entre les deux blocs, tente, bon an, mal an, de survivre.

Nous suivons deux principaux fils narratifs, dont on devine qu’ils vont s’assembler, formant la trame de ce Grand jeu. D’un côté, Martina, Maurice et Mortier rejoignent Constantinople, en provenance de Paris, où ils ont mené un coup audacieux, pour s’emparer d’un automate. C’est, pour l’aventurière, un retour aux sources, dans cette ville qu’elle a quitté bien des années plus tôt, et où elle a laissé son père et sa sœur… Mais il s’agit surtout d’essayer de s’emparer du Shah, le diamant que le Primat Imperator russe s’est engagé à restituer au sultan… Pour parvenir à ses fins, Martina est parvenue à se faire embaucher à l’Ambassade de Russie, pour s’occuper du fils de l’ambassadeur, Viktor. Mais, à peine arrivée, Martina découvre que sa soeur, Yelena, a disparu.

De son côté, Aron, un agent infiltré de l’Alliance à Novoser, essaye de rassembler des informations. Parti avec deux compagnons de route, Ida – qui est également devenue son amante pendant la formation – et Étienne, ils ont essayé de pénétrer les rouages dictatoriaux. Étienne l’a déjà payé de sa vie, et Ida a disparu. Et la situation ne s’améliore pas lorsque le vieux Youri, auprès de qui il espérait trouver des renseignements, est tué. Il ne reste plus que la fuite, en espérant parvenir à suivre son « chemin de fuite », un itinéraire secret préparé à l’avance, pour pallier le possible échec de la mission. Aron parviendra-t-il à rejoindre l’Amirale Jessamine DeClare, qui dirige les services de renseignements de l’Alliance ?

Grand jeu, ou jeu de dupes ? Qui intrigue exactement à Constantinople ?

Avis

Je ne suis en général pas particulièrement sensible aux couvertures brillantes, un peu clinquantes. Mais, avec ce Grand jeu, roman steampunk, force est de reconnaître que cet « objet-livre », les couleurs cuivrées de la couverture, la tranche des pages dorées sont déjà une bonne façon de se mettre dans l’ambiance.

Il faut, reconnaissons-le, un petit peu de temps pour entrer dans ce livre, le temps de s’acclimater aux streloks, aux stalkars – sortes de robots mécanisés employés pour soulever et transporter de lourdes charges, adoptés par les armées et notamment par les russes, dont ils avaient assuré les victoires, avant de devenir l’objet de combats dans des arènes clandestines -, aux dirigeables qui constituent l’essentiel du développement technologique de cette uchronie.

Mais une fois entrés de plain-pied dans ce faisceau d’intrigues inextricables – et d’autant plus horribles que les russes, grâce au Docteur Weidmann, disposent non seulement d’armements redoutables, mais également d’une terrible machine à manipuler le cerveau humain – on pourra d’ailleurs se demander si les consonances germaniques du nom du médecin ne sont que le produit du hasard… -, il n’y a plus d’échappatoires possibles. Il ne reste plus qu’à aller jusqu’au bout de ce grand jeu…

Ce que l’on peut retenir de ce livre, c’est que, quelles que soient le conditions dans lesquelles les hommes sont placés, il s’en trouvera toujours certains pour accepter de franchir toutes les limites de l’humanité pour s’assurer un peu plus de pouvoir ; et, de l’autre côté de la barrière, il y aura aussi toujours des hommes et des femmes pour essayer de lutter, au nom de l’honneur, du courage, de la droiture. En fonction du camp qui gagne, on considèrera que l’on est optimiste ou pessimiste…

Les fils de l’histoire, lorsqu’ils se rassemblent, nous donnent finalement à voir une étoffe narrative riche, comme un tissu chamarré, comme un lé de soie byzantine chatoyante et mystérieuse… Et, dans l’intervalle, on s’est pris d’intérêt pour ces personnages romanesques, les aventuriers, les brigands d’honneur, les espions qui hantent cette histoire !

2 réflexions au sujet de “Le grand jeu”

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