Policiers, Récit historique, Roman

Les Ombres de Bombay

Chronique de Les Ombres de Bombay, d’Abir Mukherjee.

« À la rivière, j’ai pris le ferry pour Budge Budge, une embarcation antique, bringuebalante et bondée qui crachait de la fumée. Tant bien que mal, le rafiot s’est acheminé vers le sud, ses moteurs râlant bruyamment, sans jamais trop s’éloigner de la berge, Dieu merci. Je n’ai jamais appris à nager, enfin personne ne m’a jamais appris, chose courante chez les Bengalis, ce qui m’a toujours laissé perplexe. »

Abir Mukherjee, Les Ombres de Bombay, Folio Policier, 2025, p. 65.

Motivations initiales

Il s’agit de la cinquième enquête du capitaine Sam Wyndham, et, si vous avez déjà eu l’occasion de fréquenter ce blog, vous savez combien nous avons apprécié les quatre premières, chez Ô Grimoire. Aucune surprise, dès lors, à ce que nous nous emparions de ce cinquième opus.

Synopsis

Après avoir revisité – avec brio – un grand classique de la littérature policière – le mystère en chambre close – dans Le Soleil rouge de l’Assam, c’est à un autre classique qu’Abir Mukherjee s’attaque ici. En effet, Satyendra Banerjee, le sergent, assistant et ami de Sam, se retrouve, à la suite d’un concours de circonstances, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Le voilà donc obligé de fuir, mais, alors même qu’il ne peut plus s’appuyer sur les ressources que lui donnait son travail d’enquêteur, il doit également résoudre l’énigme, au risque d’être condamné à mort s’il n’y parvient pas.

Et la situation est encore compliquée par le fait que la situation à Calcutta, en 1932, est littéralement explosive. Un rien peu mettre le feu aux poudres… à commencer par le fait que l’homme que Satyendra a retrouvé mort est impliqué en politique, alors que les frictions entre les communautés hindoue et musulmane sont à la paroxysme.

Il faudra à Sam et Satyendra aller jusqu’à Bombay pour tenter de dénouer les fils de cette intrigue et, s’il en est encore temps, éviter la déflagration…

Avis

Abir Mukherjee, une fois encore, fait la preuve de son talent. Il tisse son histoire avec une maîtrise et, à la fois, un plaisir communicatif. Ses descriptions – c’est ce qui a amené au choix de la citation donnée plus haut – nous embarquent : je ne sais pas pour vous, mais, moi, j’y suis dans ce bateau antique, bringuebalant et bondé, j’en ai l’odeur de graisse, de sueur et de fumée, et je partage l’inquiétude de Satyendra…

L’intrigue est complexe, comme on l’aime. Les intrigues sont intriquées dans les complots ; les amis de circonstance peuvent être le traître ultime. Chaque groupe – les hindous, les musulmans, les britanniques – fait preuve d’un cynisme sans fond. Heureusement, grâce à Annie Grant, ils bénéficient de quelques soutiens, bien utiles, à Bombay. Ce personnage féminin est également très intéressant, il gagne en épaisseur à chaque tome, et c’est tout à fait plaisant.

Le rôle de la section H est obscur à souhait… mais je n’en dirai pas trop, pour ne pas spoiler. On aime ces agents troubles, qui savent tout, peuvent beaucoup, mais ne répondent qu’à leurs propres motivations…

Bref, vous l’aurez compris, c’est du bon, du très bon Mukherjee. Et il ne nous reste plus qu’à nous procurer le tome suivant… Les Bûchers de Calcutta, en l’occurrence, ce qui ne manque pas d’être attirant !

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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