Chronique de L’ombre d’Adeline – Livre 1, de H. D. Carlton.
« Et je sais que je suis sur le point de faire quelque chose de mal. Je sais que je vais dépasser des limites sans pouvoir jamais revenir en arrière, mais il n’y a pas la moindre parcelle de mon être qui en a quelque chose à foutre. Parce que je suis obsédé. Accro. »
H. D. Carlton, L’ombre d’Adeline – Livre 1, Roncière, 2024, p. 44.
Motivations initiales
Impossible de passer à côté : omniprésent sur TikTok, présenté comme un incontournable de la dark romance… Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. J’ai foncé, persuadée de découvrir une lecture marquante.
Synopsis
Adeline emménage dans l’ancienne maison de sa grand-mère, un lieu chargé d’histoire et de mystères. Très vite, elle a la sensation de ne pas être seule : une présence l’observe, la suit, s’immisce dans son quotidien. Ce qui commence comme une inquiétude diffuse bascule progressivement vers quelque chose de bien plus sombre, mêlant obsession, manipulation et violence.
Avis
Lecture compliquée, et le mot est faible. Là où je lis habituellement un roman en quelques jours, il m’a fallu plus de deux semaines pour en venir à bout, souvent en me forçant — au point de provoquer une véritable panne de lecture.
Le style d’écriture ne m’a pas convaincue : un vocabulaire limité, une écriture parfois crue sans réelle justification narrative, et une omniprésence des scènes sexuelles qui finit par lasser. À tel point que certaines pages ont été survolées tant elles semblaient répétitives et peu utiles à l’intrigue.
Mais le véritable problème réside, selon moi, dans la construction des personnages. Ils manquent cruellement de cohérence et de profondeur psychologique. Adeline, en particulier, enchaîne des décisions contradictoires sans que cela ne soit véritablement exploré ou justifié. Le récit insiste sur son attirance pour le danger, comme pour légitimer certaines situations, mais cela reste superficiel et peu crédible.
Quant à Zade, le décalage entre ce que le texte cherche à nous faire percevoir et ce qui est effectivement montré est frappant. Présenté comme une figure complexe, presque héroïque, il incarne pourtant des comportements profondément problématiques. Cette tentative de le rendre acceptable, voire séduisant, crée un malaise constant et une vraie dissonance dans la lecture.
Le roman accumule des thématiques extrêmement lourdes — violences sexuelles, manipulation, absence de consentement, traumatismes — sans toujours prendre le recul nécessaire. Cela donne une impression de surenchère, sans véritable traitement en profondeur. La question centrale reste entière : peut-on réellement construire une histoire d’amour sur de telles bases ? Ici, la réponse peine à convaincre.
Pour autant, tout n’est pas à rejeter. L’intrigue secondaire autour de l’histoire familiale d’Adeline apporte un certain intérêt, tout comme le fil narratif lié aux activités de Zade, qui esquisse un potentiel plus solide. La fin, quant à elle, propose un cliffhanger efficace.
En revanche, l’ensemble manque de cohérence et de nuance. La dark romance est un genre exigeant, qui demande un équilibre délicat — et ici, il n’est pas atteint.
Je comprends que ce roman ait trouvé son public, et chacun est libre d’y adhérer. De mon côté, l’expérience reste très mitigée, voire inconfortable. Une lecture qui ne m’a clairement pas convaincue.
Et dire que j’ai déjà acheté le second tome… Quelle erreur !
Pour en savoir plus
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