Chronique de Anatomy of an obsession, de Orlane Gray.
Cette fois, je ne ris pas. On se regarde, abasourdis. Un meurtre ? Quelqu’un l’aurait assassiné ? Une pensée égoïste me traverse alors : au moins, il n’abusera pas de son pouvoir sur moi. Et avant de culpabiliser, je me dis que ce type était prêt à ruiner ma vie pour un simple rejet. Parce que je ne voulais pas coucher avec mon prof. »
Orlane Gray, Anatomy of an obsession, Éditions Adonia, 2026, p. 31.
Motivations initiales
Je n’avais aucune attente particulière en tombant sur ce roman — juste une couverture qui a accroché mon regard… et cette petite curiosité qui fait qu’on l’ajoute sans réfléchir à sa PAL. Et parfois, ce sont justement ces lectures-là qui surprennent le plus.
Synopsis
Depuis la mort brutale de ses parents, Nana Darmont tente de reprendre le contrôle en étudiant ce qui lui échappe le plus : la violence. Sur les bancs de la faculté de criminologie, elle observe, analyse, dissèque. Jusqu’au jour où la réalité la rattrape.
Un professeur est retrouvé assassiné. Et presque aussitôt, quelque chose bascule.
Des signes apparaissent. Discrets au début. Puis de plus en plus inquiétants. Quelqu’un la suit. Quelqu’un la regarde. Quelqu’un la connaît.
Pour échapper à cette menace diffuse, Nana accepte de se réfugier chez Marcus… dans l’appartement hors normes de Cillian Vexley. Une tour de verre suspendue au-dessus de la ville, où le luxe masque à peine des tensions plus profondes.
Mais derrière les apparences lisses, les certitudes s’effritent. Entre un stalker insaisissable, un meurtrier méthodique et une attirance qu’elle ne parvient pas à contenir, Nana glisse lentement dans une zone trouble.
Et bientôt, la question n’est plus seulement de fuir. Mais de savoir jusqu’où elle est prête à aller.
Avis
Je m’attendais à une dark romance assez classique, avec ses codes bien installés. En réalité, ce qui domine ici, c’est surtout une tension psychologique constante. Une sensation de malaise diffus qui s’installe progressivement et ne te lâche plus.
La construction du récit joue énormément là-dessus. L’alternance entre les chapitres “Elle” et “Lui” crée un décalage très efficace. D’un côté, Nana, fragile mais déterminée, qui tente de comprendre ce qui lui arrive. De l’autre, une présence froide, presque clinique, qui observe, calcule, attend. Et cette dualité fonctionne très bien : elle installe une atmosphère pesante, presque étouffante par moments.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la manière dont la psychologie est travaillée. Rien n’est laissé au hasard.
Nana n’est pas simplement une héroïne “brisée” : elle est en lutte permanente contre elle-même. Elle avance, mais toujours avec ses failles, ses zones d’ombre, ses réflexes de survie. Et certaines révélations viennent complètement reconfigurer la manière dont on la perçoit.
Du côté de “Lui”, on est sur quelque chose de beaucoup plus dérangeant. Pas dans la surenchère, mais dans la précision. Ses chapitres sont froids, presque détachés, et c’est justement ce qui les rend inquiétants. On sent une logique, une construction, une obsession qui dépasse le simple cadre du désir.
L’intrigue, elle, joue avec les soupçons. On doute. On suspecte. L’autrice s’amuse clairement à brouiller les pistes, même si, avec peu de personnages, certaines hypothèses émergent assez vite. Mais malgré ça, le doute reste présent suffisamment longtemps pour maintenir l’intérêt.
La romance, en revanche, est plus en retrait que ce à quoi je m’attendais — et ce n’est pas un défaut. Elle s’inscrit dans l’histoire sans l’écraser. Elle apporte une tension supplémentaire, mais ne prend jamais le dessus sur l’aspect thriller et psychologique.
Ce qui ressort vraiment de cette lecture, c’est cette exploration des mécanismes humains face au traumatisme. Jusqu’où peut-on aller pour se reconstruire ? Ou pour se venger ? Et à quel moment on bascule ?
Ce n’est pas un roman “confort”. Il dérange par moments, questionne, met mal à l’aise sans jamais tomber dans l’excès gratuit.
La fin m’a laissée un peu partagée — pas incohérente, mais elle ouvre plus qu’elle ne ferme. Et finalement, ça correspond assez bien à l’ensemble du roman : rien n’est complètement résolu, tout reste un peu instable.
Une lecture qui ne ressemble pas à ce que j’attendais, mais qui marque par son ambiance et sa tension intérieure.
Pour en savoir plus
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