Chronique de Volare, de Serena Giuliano.
« On trinque à la vie, bella ! Elle a l’air de t’avoir un peu abimée, non ? Je me trompe ? Je suis indiscrète ? »
Serena Giuliano, Volare, Calmann-Levy, 2026, p. 136.
Motivations initiales
Avec Serena Giuliano, c’est toujours la même histoire : j’ouvre un de ses romans en me disant que je vais lire “quelques chapitres”… puis je me retrouve incapable de le lâcher.
Synopsis
Ambre aime son métier, aime ses proches et semble, en apparence, avoir une vie stable et heureuse. Pourtant, depuis quelque temps, quelque chose s’est éteint en elle. L’énergie lui manque, les journées deviennent lourdes et même sortir de son canapé lui demande un effort immense.
Lorsque le diagnostic tombe — une dépression — son entourage refuse de la laisser sombrer davantage. Sa meilleure amie Manuela décide alors de l’envoyer quelques semaines en Sicile, chez une cousine qui organise des retraites spirituelles.
Si Ambre n’est pas franchement convaincue par les mantras, le développement personnel et les exercices de lâcher-prise, elle accepte malgré tout de partir. Après tout, difficile de dire non à la mer, au soleil et aux cannoli.
Mais ce séjour pourrait bien bouleverser beaucoup plus de choses qu’elle ne l’imagine.
Avis
J’ai profité de mes vacances en Italie pour enfin découvrir Volare, et honnêtement, c’était probablement le cadre parfait pour cette lecture.
Comme tous les romans de Serena Giuliano, celui-ci se dévore à une vitesse folle. Son écriture possède quelque chose de profondément vivant et chaleureux qui rend la lecture immédiatement addictive. Mais derrière cette douceur solaire se cache aussi une immense justesse émotionnelle…
Dans Volare, Serena Giuliano aborde la dépression avec beaucoup de sensibilité et surtout énormément de réalisme. Cette sensation de vide alors même qu’en apparence, tout semble aller bien. Cette fatigue mentale qui transforme les gestes les plus simples en montagnes. Cette culpabilité aussi, de ne pas réussir à être heureux malgré tout l’amour qui nous entoure.
Et c’est probablement là que le roman touche le plus juste : il rappelle qu’on peut aller mal même lorsque “tout va bien” sur le papier. Sans jamais tomber dans le pathos ou les grands discours, l’autrice décrit avec beaucoup de finesse les doutes, le manque d’envie, l’épuisement émotionnel et ces journées où simplement se lever devient déjà une victoire.
Mais heureusement, Volare n’est pas un roman sombre. Au contraire. C’est un livre profondément lumineux. Et cette lumière passe notamment par Manuela, meilleure amie haute en couleur, excessive, drôle et profondément attachante. Le genre de personne capable de vous secouer exactement au moment où vous préféreriez disparaître sous une couette.
Lorsque Ambre arrive en Sicile pour cette retraite spirituelle, tout semble d’abord un peu absurde, autant pour elle que pour nous. Entre les exercices de respiration, les moments de lâcher-prise et certaines activités franchement déstabilisantes, on partage totalement son scepticisme. Et pourtant, peu à peu, quelque chose évolue. Très doucement. Presque silencieusement. Le corps se détend. Les émotions remontent à la surface. La vie recommence à circuler.
L’ambiance du roman participe énormément à cette sensation d’apaisement. Serena Giuliano parvient à rendre la Sicile incroyablement vivante : on sent la chaleur, le vent, les odeurs, la mer omniprésente. Le décor devient presque un personnage à part entière dans le processus de reconstruction d’Ambre.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que le roman ne cherche jamais à proposer une guérison magique ou instantanée. Il parle plutôt de reconnexion à soi. D’apprendre à ralentir. À écouter son corps. À accepter ses limites. À comprendre que prendre soin de soi n’est pas une faiblesse.
Et puis il y a ce symbole du papillon, délicat fil rouge du récit, qui accompagne cette idée de transformation progressive et de renaissance intérieure.
Au final, Volare est un roman profondément réconfortant, sensible et lumineux. Un livre qui fait du bien sans nier la douleur, et qui nous rappelle avec beaucoup de tendresse qu’il est parfois nécessaire de s’arrêter pour réussir à se retrouver.
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

