Aventures, Conte, Fantasy, Médiéval fantasy

La Cité de soie et d’acier

Chronique de La Cité de soie et d’acier, de Linda, Louise et Mike Carey.

« Je ne peux pas tout mettre sur le compte de son étroitesse d’esprit ; il m’aimait comme il m’avait toujours aimée, du temps où j’étais la fille d’une concubine qui n’avait jamais rêvé de plus grand bonheur que l’amour qu’il avait à m’offrir. En définitive, j’avais grandi et lui non. Je ne pouvais rendre les armes, et il refusait de voir que je ne les élevais pas contre lui. J’ai échoué à lui faire comprendre que je le quittais non parce que je croyais son amour fané, mais parce que cet amour ne suffisait pas. Il voulait que je m’en nourrisse et que j’y puise de la force, mais cela ne suffisait pas – et ne suffirait jamais – à me sustenter au long d’une vie dilapidée. Au bout du compte, j’étais prête à tout sauf à ce pour quoi j’avais traversé le désert. Alors je suis partie, pour trouver ce pour quoi j’étais vraiment revenue. »

Linda, Louise et Mike Carey, La Cité de soie et d’acier, Librairie L’Atalante, 2023, p. 369.

Motivations initiales

Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, je cherche des livres plutôt dans la mouvance « médiéval fantastique » qui ne soient pas des pavés. Je me lasse des pavés, à croire que plus un(e) auteur(e) n’envisage de raconter une histoire en moins de 500 pages, et que plus un(e) éditeur(rice) n’aurait l’audace de publier un récit qui ne ferait pas au moins 400 pages. Snobisme ? Je ne sais… Bref, voilà quelques jours, j’ai proposé un défi à l’une de nos libraires : me proposer des récits courts. Mais même elle a eu bien de la peine, et nous sommes donc repartis avec La Cité de soie et d’acier, qui fait tout de même ses 526 pages…

Synopsis

Quelque part dans un lieu où des cités prospèrent à proximité de montagnes et de déserts, sous la férule plus ou moins brutale de vizirs et de sultans. Dans l’une d’elle émerge un groupe religieux dont le leader, Hakkim Mehdad, a des visées plus politiques, et fomente la déposition du sultan. Une fois ce dernier assassiné, ainsi que toute sa famille, ses épouses et leurs enfants. Mais que faire de ses trois-cent-soixante-cinq concubines ? Renonçant à un nouveau bain de sang, Hakkim Mehdad décide de les offrir au calife de Perdondaris, la plus puissante des cités les plus proches.

Un convoi est alors organisé pour emmener tout ce petit monde à bon port. Mais c’est sans compter avec le fait qu’un prince, descendant du sultan assassiné, a trouvé refuge dans le harem. Sans compter, également, que parmi les concubines s’en trouve une, Zuleika, qui n’ignore rien de l’art des armes. Sans compter, enfin, que ces femmes ont, en réalité, de nombreux talents, bien que leur statut de concubines ait amené à les considérer comme quantité négligeable.

Le voyage vers Perdondaris va alors se transformer en une épopée bien plus complexe…

Avis

Il arrive que l’on ne se retrouve pas, après avoir lu un livre, dans ce qu’en dit la quatrième de couverture. Souvent les comparaisons avec d’autres auteurs peuvent en réalité nous paraître tirer par les cheveux. Mais, ici, lorsqu’il est question d’un « roman de fantasy féministe inspiré d’Ursula K. Le Guin et des Mille et une nuits« , on ne peut qu’être d’accord. Les deux références sont en effet clairement évidentes.

La construction de ce livre est en effet très proche des Mille et une nuits, non seulement pour le cadre de ces cités du désert qui nous renvoie à un Orient mythique, mais également par le fait que la plupart des chapitres sont des contes, qui vont venir, par petites touches, comme les tesselles d’une mosaïque s’assemblent pour donner un dessin d’ensemble, nous raconter cette épopée.

Comment Bessa, une fois libérée du tyran religieux, Hakkim Mehdad, devient-elle une mythique Cité des femmes ? Grâce, tout simplement, à la volonté de ces femmes de ne pas reproduire les erreurs du passé. Mais, on le voit, sortir du cadre et proposer une utopie, aussi belle soit-elle, contient souvent en germe tous les ingrédients qui vont concourir à sa perte.

Mais le plus intéressant , dans ce recueil de contes, c’est la réflexion, précisément, sur la façon dont ces femmes, longtemps invisibilisées, niées, ignorées, – ou, quand elles ne le sont pas, c’est pour de mauvaises raisons -, vont être capables de sortir du rôle qui leur était assigné pour devenir plus grandes qu’elles-mêmes. Mais cela ne va pas sans peines, sans choix déchirants, sans prix à payer. Ainsi, la citation choisie, et qui figure en haut de cette chronique, exprime avec force l’idée que, parfois, ceux qui nous entourent, parce qu’ils ne nous voient pas évoluer, changer, grandir, peuvent devenir étouffants. Ici, c’est Taliyah qui parle. Lorsqu’elle est partie de Bessa pour Perdondaris, elle n’était que la fille d’une concubine, et toute la société avait participé à ce que ce statut la définisse, devienne ce qu’elle croyait être son identité. Elle avait un amoureux, et elle se languissait de lui. Mais quand elle le retrouve, elle s’est découvert d’autres envies, d’autres capacités, et le bonheur de le retrouver s’est rapidement mué en enfermement, parce qu’il n’a pas compris qu’il avait une nouvelle Taliyah face à lui. Il a voulu qu’elle redevienne celle qu’elle était avant de partir, alors qu’elle était devenue bien davantage…

Le seul bémol, s’il devait y en avoir un, c’est que cette forme, basée sur une succession de contes, si elle fonctionne vraiment bien le plus souvent, provoque à quelques moments une petite rupture de rythme. Comme un grain de sable – nous en sommes en plein désert, après tout, pendant toute une partie du récit – qui vient faire crisser quelques rouages. Et ces tout petits grincements sont l’occasion de se demander comment aurait fonctionné le même livre sous une forme plus classique…

En revanche, que de beaux personnages ! Zuleika, Rem, Gursoon, Zeinab, Anwar Das… Pour ne rien révéler, nous n’en dirons rien, si ce n’est que, chacune et chacun dans son rôle contribue à faire de ce récit une épopée.

Alors, prêt(e) à monter à dos de chameau pour rejoindre l’aventure ?

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

1 réflexion au sujet de “La Cité de soie et d’acier”

Laisser un commentaire