Chronique de La Trilogie berlinoise – L’Été de cristal, de Pierre Boisserie et François Warzala, à partir du roman de Philip Kerr.
« Voilà ce qu’était devenue Berlin : une vaste demeure hantée pleine de recoins sombres, terrorisant ses occupants au point qu’ils avaient parfois envie de la quitter.
Pourtant, la plupart se contentait de se boucher les oreilles, de fermer les yeux et de faire comme si tout allait bien.
La délation, comme la construction d’autoroutes, était devenue une des activités les plus florissantes de la nouvelle Allemagne. »
Pierre Boisserie et François Warzala, La Trilogie berlinoise – L’Été de cristal, Les Arènes, 2021, p. 26.
Motivations initiales
Ceux d’entre vous qui nous suivent depuis un moment savent sans doute que Philip Kerr est un auteur dont nous avons pratiquement tout lu, et, notamment, la série Bernie Gunther. Alors, naturellement, lorsque La Trilogie berlinoise a été adaptée en bandes dessinées, il n’était tout simplement pas imaginable de ne pas la lire. Mais l’album a tout de même – pour diverses raisons – passé un temps certain dans notre PAL… et il était temps qu’il en sorte ! C’est désormais chose faite.
Synopsis
Berlin, en cette année 1936, prépare les Jeux Olympiques, dont Hitler veut faire un couronnement. Certes, Jesse Owens en décidera autrement, du moins en partie, mais le Fürher parviendra tout de même à faire de l’événement un grand moment de propagande nazie.
C’est donc dans une ville débarrassée des affiches les plus ouvertement racistes et antisémites, pour ne pas choquer les visiteurs internationaux que Bernie Gunther, devenu détective privé après avoir quitté la Kripo (police criminelle), se voit confier une enquête. Hermann Six, un riche industriel veut savoir qui a fait assassiner sa fille, Grete, et le mari de cette dernière, Paul. Il aimerait également récupérer un collier de diamant de grande valeur…
Mais rien n’est jamais aussi simple qu’il peut y paraître au premier coup d’œil. Et Bernie ne va pas tarder à se retrouver pris entre tout ce que l’appareil nazi compte de pire. Göring, Heydrich et Himmler, excusez du peu ! Saura-t-il remplir sa mission, sans y laisser de plumes et, plus important encore, sa peau ?
Avis
Il ne fait aucun doute que les auteurs de cette bande dessinée sont fans de Philip Kerr et de son œuvre. Le carnet graphique qui conclue l’album, illustrant la vie et les inspirations de l’auteur britannique, à partir du portrait de celui-ci écrit par Macha Séry, critique littéraire au Monde, le démontre clairement.
Il n’est donc pas surprenant de retrouver un Bernie Gunther cynique, grinçant, volontiers provocant, comme dans les livres. Mon imagination ne me l’avait pas fait imaginer tel que François Warzala le croque, mais qui pourrait croire avoir la seule version pertinente ? On perçoit aisément, derrière le cynisme, un certain fatalisme, la conviction qu’il n’y a guère plus qu’à sauver ce qui peut encore l’être. Et, en effet, avec cette ironie que le destin affectionne, Bernie Gunther, parti de la Kripo parce qu’il ne veut pas se mettre au service de l’appareil nazi, ne cessera d’être rattrapé par les plus hauts dignitaires du régime.
Forcément, mon interrogation initiale était : les auteurs de la BD sauront-ils se mettre au niveau de Philip Kerr. Et ce premier opus souligne à quel point les intrigues du britannique sont en réalité tordues et en quoi rendre la complexité des personnages, même dans un album de 130 pages, est un défi.
Mais le résultat est réussi. Si je devais faire une critique, ce serait peut-être que le dessin, par moment, parait presque trop « sage », trop « lisse », trop classique à mon goût. Pour certains personnages, des traits un peu plus à la serpe auraient pu s’envisager… mais bon, des goûts et des couleurs…
Un bel album, qui rend bien hommage à Philip Kerr. Voilà bien une série « à suivre » (mais si l’album se clôt sur un « à suivre » prometteur, il ne me semble pas que cette injonction, à laquelle nous cèderions avec plaisir, ait ouvert jusqu’à aujourd’hui la voie à un deuxième tome) !
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

