Chronique de Le Dernier conte – T1. Pomme d’or, d’Alexiane Thill.
« C’est une chose de rencontrer une héroïne de son enfance, c’en est une autre de discuter avec une souveraine dont dépend un royaume tout entier. »
Alexiane Thill, Le Dernier conte – T1. Pomme d’or, Hugo Roman, 2025, p. 297.
Motivations initiales
Sur les conseils d’une amie, j’ai fini par entamer ce livre sans trop savoir à quoi m’attendre…
Synopsis
Marraine la bonne fée est morte. Avec elle disparaît le dernier rempart entre les Contes et la Nuit, cette entité mystérieuse qui menace de tout engloutir. Ariane, dernière fée encore en vie, porte désormais sur ses épaules la survie de tout un univers. Pour empêcher la fin du monde, une seule solution : créer un nouveau Conte. Mais le problème, c’est que les Héros n’existent plus.
À court d’options, Ariane décide de se rendre dans notre monde pour y trouver le protagoniste de sa future histoire. Son choix se porte sur Warren, un jeune homme rêveur, un peu maladroit, surtout très loin du modèle de prince charmant qu’elle espérait. Entre eux, la rencontre est explosive : Ariane est tout ce que Warren n’est pas — forte, autoritaire, déterminée — et lui, tout ce qu’elle méprise chez les hommes. Pourtant, une étrange complicité va se tisser, au fil d’un périple où les frontières entre fiction et réalité s’effritent peu à peu.
À travers ce duo improbable, on découvre une fresque étonnante, où les contes de fées sont revisités à la lumière du monde moderne. Les fées sont fatiguées, les héros ont disparu, et les princesses refusent qu’on leur dicte leur destin. L’aventure prend alors des airs de quête initiatique, pleine d’humour, de répliques percutantes et de scènes qui détournent avec malice tout ce qu’on croyait savoir sur les contes.
Avis
Ce qui frappe dès les premières pages, c’est le ton : vif, drôle, sans prétention mais terriblement efficace. Le Dernier conte réussit un mélange rare entre modernité et poésie, entre satire et émotion. L’univers est original, foisonnant, et l’idée de relier le monde des contes au nôtre semble couler de source.
Ariane est une héroïne que j’ai adoré suivre. C’est une fée, certes, mais une fée fatiguée, désabusée, parfois brutale, et surtout profondément humaine. Son duo avec Warren fonctionne à la perfection : ils se complètent, se confrontent, s’apprivoisent. Leurs dialogues sont savoureux, pleins de piques et de tendresse cachée. C’est une relation qui évolue avec naturel, sans tomber dans les clichés de la romance ou de la comédie fantastique.
Ce que j’ai trouvé particulièrement fort, c’est la façon dont le roman aborde les thèmes de la désillusion et du renouveau. Derrière l’humour et les punchlines se cache une vraie réflexion sur la puissance des récits et sur notre besoin d’y croire encore, même dans un monde désenchanté. J’ai trouvé l’idée que les contes puissent mourir si on cesse de rêver plus touchante que je ne l’aurais cru.
La plume est fluide, rythmée, souvent poétique, parfois mordante. On sent que tout a été pensé pour divertir, mais aussi pour questionner. Et cette touche de modernité – les références au quotidien, la mise à mal des clichés de genre, le regard lucide sur nos sociétés – apporte une fraîcheur rare au genre.
En refermant ce tome, j’ai eu le sentiment d’avoir lu une œuvre à la fois drôle, intelligente et profondément sincère. Le Dernier conte prouve qu’on peut réinventer les histoires les plus anciennes sans les trahir, simplement en leur insufflant une âme nouvelle.
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

