Chronique de Le Premier sang, de Cédric Sire.
« – Que faut-il faire ?
La voix d’Ismaël devient miel.
– Il faut que apprendre. Tu aimerais apprendre avec moi ?
– Apprendre à quoi ?
– À devenir l’égal des dieux. »
Cédric Sire, Le Premier sang, Harper Collins, 2024, p. 210.
Motivations initiales
Lire Le Premier sang, c’était avant tout renouer avec une valeur sûre. Cédric Sire est pour moi une véritable madeleine de Proust littéraire : un auteur dont je sais, à chaque nouveau roman, qu’il saura me faire frissonner et m’embarquer sans me laisser le moindre répit. Ses thrillers ont ce pouvoir rare d’être immédiatement immersifs, viscéraux, et systématiquement dévorés en un temps record.
Synopsis
Dans une maison cossue de Marnes-la-Coquette, un dîner anodin bascule dans l’horreur. Sans raison apparente, le visage de Madeleine se met à se déchirer, lentement, inexorablement, sous les yeux de son mari impuissant. Aucune explication rationnelle, seulement la peur brute et l’incompréhension.
Au même moment, Eva Svärta, déjà marquée par un passé familial monstrueux, décide de braver sa hiérarchie pour partir sur les traces de son père, responsable de crimes qui ont détruit son enfance. Cette quête personnelle entre en collision avec une enquête officielle déclenchée par la découverte du corps mutilé et incendié d’un puissant dealer de banlieue. Aux côtés du lieutenant Leroy et du commandant Vauvert, Eva se retrouve happée par une affaire où les frontières entre enquête criminelle et terreur surnaturelle s’effacent.
Très vite, les fils se rejoignent. Les blessures du présent réveillent les cauchemars de l’enfance, et ce qui semblait enfoui depuis longtemps refait surface avec une violence implacable.
Avis
Je ne m’attendais pas à un coup de cœur. J’ai abordé Le Premier sang sans attente particulière, convaincue d’y trouver un bon thriller, rien de plus. Pourtant, très rapidement, le roman m’a totalement happée. Dès les premières pages, on retrouve cette écriture si caractéristique de Cédric Sire : puissante, nerveuse, presque viscérale. La lecture est fluide, instinctive, et l’immersion immédiate.
Le roman déploie deux enquêtes parallèles qui avancent en miroir. Celle menée par Vauvert d’un côté, celle d’Eva de l’autre. Ce choix narratif crée une tension constante et exige une attention particulière, car chaque détail compte. Les liens entre les affaires se construisent progressivement, comme les pièces d’un puzzle sombre que le lecteur assemble sans jamais voir l’image finale avant le dernier moment.
L’atmosphère est l’un des grands points forts du livre. L’angoisse est omniprésente, parfois presque hypnotique. Le récit oscille entre thriller et fantastique, flirtant avec le surnaturel sans jamais basculer dans l’excès. Cette dimension m’a d’ailleurs rappelé certaines de mes séries favorites, où l’horreur s’insinue lentement dans le réel, jusqu’à le fissurer complètement.
Cédric Sire excelle dans l’art de maintenir son lecteur sur le qui-vive. Le suspense ne faiblit jamais, les révélations s’enchaînent, et chaque avancée ouvre de nouvelles zones d’ombre. Les personnages sont malmenés, éprouvés, poussés dans leurs retranchements. Eva, en particulier, se dévoile davantage : derrière sa carapace, on découvre une fragilité et une humanité qui la rendent profondément attachante.
Le titre prend ici tout son sens. Tout commence par un premier sang versé, une origine du mal qui irrigue l’ensemble du récit. L’enfance, les traumatismes et les peurs enfouies occupent une place centrale, donnant au roman une épaisseur psychologique bienvenue. Si certaines informations reviennent à plusieurs reprises, cela n’entrave jamais réellement le plaisir de lecture.
Le Premier sang est un thriller intense, angoissant et terriblement efficace. Cédric Sire y démontre une nouvelle fois sa capacité à manipuler les nerfs de son lecteur, à l’entraîner dans une spirale de tension et de mystère, et à le laisser face à une conclusion qui continue de résonner une fois le livre refermé. Une lecture addictive, marquante, et une excellente porte d’entrée — ou de confirmation — dans l’univers de l’auteur.

