Chronique de Cavillore, de Jérémie Claes.
« Sur Cavillore, cette nuit, un homme rôde. Comme toutes les nuits précédentes, il parcourt un plateau, ses failles, ses bois, ses à-pics. Il ne se cache pas, il est maître de la montagne. »
Jérémie Claes, Cavillore, Éditions Héloïse D’Ormesson, 2025, p. 138.
Motivations initiales
Le grand retour de Jérémie Claes ! C’est impossible pour moi de passer à côté !
Synopsis
orsque Nico revient à Gourdon, village accroché aux falaises provençales, il retrouve un lieu figé dans ses habitudes… mais aussi dans ses secrets. Trente ans plus tôt, plusieurs meurtres ont marqué la région et laissé derrière eux une question jamais résolue : le prédateur qui sévissait alors a-t-il vraiment disparu ?
L’apparition brutale du corps d’une jeune femme, déposé à l’aube devant l’auberge du village, ravive les blessures anciennes. Tandis que l’on parle d’accident pour étouffer l’affaire, la rumeur s’installe et désigne rapidement des coupables : les Camillieri, une famille récemment installée sur les hauteurs et déjà regardée comme étrangère.
Dans ce village où chacun observe sans parler et où les silences comptent autant que les mots, la suspicion se propage comme une traînée de poudre. Déterminée à protéger les siens, la mère Camillieri refuse de se soumettre à la vindicte collective et se lance dans une quête de vérité.
Mais dans ce paysage de roches et de ravins, la nature semble elle aussi garder ses secrets. Entre mémoire enfouie, violence latente et attachement viscéral à la terre, la vérité se rapproche lentement — et pourrait bien bouleverser l’équilibre fragile du village.
Avis
Je referme Cavillore avec cette sensation rare d’avoir quitté un lieu qui m’avait accueillie sans réserve, presque adoptée, et dont je garde encore sur la peau l’odeur de la pierre chaude et de la lavande froissée.
Car ce roman ne se contente pas de raconter une série de crimes dans un village perché. Il explore ce que les communautés choisissent de taire pour continuer à vivre ensemble : les secrets que l’on enfouit sous les habitudes, les regards détournés, les silences que l’on entretient pour préserver l’équilibre fragile d’un monde clos.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est cette tension souterraine qui circule d’une maison à l’autre, d’une rue à l’autre. Rien d’explosif ici : pas de cris, pas de démonstrations spectaculaires. À Gourdon, la suspicion s’installe autrement. On observe, on suppose, on murmure. La rumeur devient presque une respiration collective — et la famille Camillieri en fait rapidement les frais, comme si la marginalité suffisait à faire d’eux les coupables idéaux.
Mais au cœur de cette noirceur, il y a la montagne.
La nature n’est pas un décor dans Cavillore : elle est une présence. Une matrice. Une mémoire. Elle accompagne les jeux d’enfants, les passions, les drames, et semble conserver en elle tout ce que les hommes préfèrent oublier.
Jérémie Claes écrit ces paysages avec une intensité presque charnelle. On ressent la roche, le vent, la lumière. Cette dimension tellurique m’a parfois rappelé les atmosphères de Sandrine Collette, tout en gardant une voix très personnelle, généreuse et profondément humaine.
Cavillore m’a troublée parce qu’il parle autant d’amour que de violence, de protection que de destruction. Il rappelle que l’attachement à un lieu peut être une force immense… mais aussi une forme d’enfermement.
Je sais déjà que ce roman fait partie de ces livres que l’on offre, de ceux que l’on relit non pour résoudre à nouveau l’énigme, mais pour retrouver une atmosphère, une lumière, une sensation.
Un auteur à découvrir absolument !
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.
