Bandes dessinées, Témoignages

Paroles d’honneur

« Des cours primaires de l’école publique jusque dans les madrasa coraniques, on dit « Craignez Dieu, sinon vous n’êtes pas un bon musulman ». Dans ce contexte, il est évident qu’on a aussi peur de la sexualité. Il faut complètement revoir la façon d’éduquer les filles et les garçons, et leur enseigner la religion comme une éthique de libération, d’émancipation plutôt que comme une morale rigoriste et sans nuances. »

Leïla Slimani, Laetitia Coryn, Paroles d’honneur, Les Arènes BD, 2017, p. 45.

Motivations initiales

N’ayant pas encore eu l’occasion de lire les livres de Leïla Slimani, lorsque les Éditions des Arènes nous ont proposé de choisir dans leur catalogue, l’un de ceux que nous avons choisi, c’est Paroles d’honneur, co-signé avec Laetitia Coryn.

Synopsis

Ainsi que Leïla Slimani le raconte dans la préface, ce roman graphique est né de l’idée d’adapter un essai de l’auteure, Sexe et mensonges, dont la matière première est directement issue des rencontres de Leïla Slimani lors d’une tournée au Maroc après la publication de Dans le jardin de l’ogre.

Pour finaliser ce projet, Leïla Slimani et Laetitia Coryn sont parties au Maroc. De leur périple et des rencontres qui l’ont émaillé, elles ont tiré ce témoignage, pour l’une, et ces dessins , pour l’autre. Un véritable reportage dessiné, qui revient notamment sur les événements qui ont secoué le Maroc en 2015 : une polémique autour d’un film, Much Loved, de Nabil Ayouch ; celle suscité par la tenue de Jenifer Lopez à l’occasion d’un concert ; le « scandale de la jupe » ; le lynchage d’un jeune homosexuel.

Avis

> L’avis de T

Ce « roman graphique », qui n’en est pas totalement un, me fait irrémédiablement penser à Persepolis de Marjane Satrapi. Si le dessin est moins noir, la situation décrite, elle, ne l’est pas moins.

Avec le rappel des événements de 2015 dont, pour la plupart, je dois avouer que je les avais oubliés, mais, surtout, avec la parole de ces femmes qui racontent leur quotidien, on découvre une société marocaine marquée par une incroyable misère sexuelle. Et, alors que certains marocains font preuve d’une redoutable hypocrisie – ils n’hésitent pas à braver l’interdit pour « coucher », mais attendent cependant de celle qu’ils épousent qu’elle arrive vierge au mariage -, ce n’est malgré tout pas à un procès des hommes. En effet, l’émotion, la colère, la révolte n’empêche pas Leïla Slimani de donner aussi la parole à ces hommes qui, eux-mêmes, souffrent de cette morale rigoriste qui empêche tous les marocains, hommes ou femmes, de vivre pleinement leur vie.

Le texte est brut, parfois brutal, et toujours sans fioritures. Mais ce sont les témoignages qui veulent cela. Comment imaginer autre chose ?

L’un des moments qui illustrent bien le côté paradoxal de la situation, pour moi, c’est le moment où Asma Lamrabet, directrice du Centre des études féminines en islam, souligne le fait que les marocaines ne veulent plus être considérées comme des bijoux ou des bonbons. Car, si cela peut sembler galant, c’est surtout mis en avant pour justifier de les maintenir dans un carcan, un écrin « protecteur ».

Et les dessins sont à l’avenant : certains présentent les couleurs vives des villes marocaines, d’autres sont plus ternes, pour souligner l’ambiance sombre, d’autres enfin sont plaqués sur un fond blanc, clinique. On a parfois une profusion de détails, parfois quelques lignes seulement. Ce n’est pas forcément le genre de dessin que j’attends pour une bande dessinée, mais dans ce contexte là, cela m’a convenu.

Par dessus tout, l’importance et l’intérêt de ce livre, c’est son message de tolérance et sur l’importance de libérer la parole de toutes ces femmes, écrasées par des maris violents, soumises à une pression religieuse, familiale et sociale absolument terrifiante.

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2 réflexions au sujet de “Paroles d’honneur”

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