Chronique de Coupez !, de Chris Brookmyre.
« Florio dealait de la coke, des amphétamines, du shit et de l’héroïne aux équipes de tournage et à la faune qui gravitait autour des studios romains. Les hommes au service desquels Florio travaillaient étaient en quête d’opportunités permettant de transformer leur argent sale en recettes légales. Lucio n’était pas ravi à l’idée d’être redevable à ce genre d’individus, mais lorsqu’il s’agissait de financer des films, on choisissait rarement ses anges gardiens. »
Chris Brookmyre, Coupez !, Éditions Points, 2024, p. 130.
Motivations initiales
Cette nouvelle lecture dans le cadre du Prix du meilleur polar des Éditions Points est l’occasion de retrouver Chris Brookmyre, que nous avions notamment découvert dans un roman écrit à quatre mains, Le cœur et la chair. Mais le contexte est bien différent…
Synopsis
Millicent Spark est une vieille dame de 72 ans qui parait bien inoffensive. Mais ne vous y trompez pas : elle a passé 24 ans derrière les barreaux, pour un meurtre qu’elle a toujours nié, celui de son amant, rencontré sur un plateau de tournage. Car Millicent Spark. n’est pas n’importe qui : elle était une spécialiste reconnue des effets spéciaux, et, en particulier, du gore. Le dernier film auquel elle participait, c’était Mancipium, un film d’horreur jamais sorti, mais devenu mythique et considéré comme maudit.
Alors qu’elle a toutes les peines du monde à s’habituer à sa liberté retrouvée, dont elle ne sait que faire, elle rencontre Jerry, jeune étudiant en cinéma, fan de cinéma d’horreur et délinquant à ses heures.
De cette rencontre improbable va naître une étonnante amitié entre ces deux écorchés vifs qui vont devoir apprendre à travailler ensemble pour survivre !
Avis
L’intrigue tissée par Chris Brookmyre nous embarque dans un voyage à la fois dans l’espace et le temps. Dans l’espace, puisque cette aventure entraîne Millicent et Jerry de Glasgow à Paris, Rome, Pompéi… Et, naturellement, une partie de l’histoire se déroule avant le meurtre de Markus, l’amant de Millicent, et une autre partie après qu’elle ait purgé sa peine, vingt-quatre ans plus tard.
Mais qui sont ceux qui les poursuivent ? L’auteur fait tout – et il y parvient très bien – pour nous entraîner sur de fausses pistes. Et, en m^me temps, il fait preuve d’une très belle érudition dans le domaine du 7e art, qui prend la forme d’un jeu entre les deux héros : pour gagner des jokers, ils doivent reconnaître lorsque l’autre parvient à replacer dans la conversation une réplique de film.
L’ensemble fonctionne bien, il y a une bonne dose d’humour sans sacrifier à la qualité et à la crédibilité de l’intrigue. Bref, ça fonctionne bien et c’est très agréable à lire.
Cette plongée dans le monde du cinéma « de genre » et dans ses coulisses – à la fois en mode drogue, starlettes de petite vertu, homosexualité et argent sale – se double d’une incursion dans le monde des effets spéciaux. Ici, il s’agit de rendre crédible le découpage de membres, les jets d’hémoglobine, sans le recours au numérique. Et c’est assez étonnant !
Bref, ce livre ne se contente pas d’être une enquête (il faudrait d’ailleurs plutôt dire une contre-enquête), mais également un témoignage intéressant et instructif sur le monde magique du cinéma… ce qui ne gâche rien !
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

