Roman noir, Thrillers

Misery

Chronique de Misery, de Stephen King.

« Elle lui adressa un étrange regard maternel. Pour la première fois, cette pensée vint faire surface, parfaitement limpide, dans l’esprit de Paul Sheldon : Je suis dans le pétrin ici. Cette femme n’est pas normale. »

Stephen King, Misery, Le Livre de Poche, 2024, p. 29.

Motivations initiales 

Lire Misery était, pour moi, une entrée tardive mais assumée dans l’univers de Stephen King. C’était une première rencontre, presque intimidante, avec un auteur dont la réputation précède chaque page. J’avais envie de comprendre ce qui fait de lui un maître du suspense, sans passer par le fantastique pur, mais par un roman plus psychologique, plus resserré, presque expérimental dans sa forme. Misery me semblait être le terrain idéal pour ce premier pas.

Synopsis 

Paul Sheldon, écrivain à succès connu pour une série de romans populaires, survit miraculeusement à un accident de voiture dans une région isolée. Il se réveille chez Annie Wilkes, une ancienne infirmière qui se présente comme sa plus grande admiratrice. Très vite, Paul comprend qu’il n’est pas simplement un patient convalescent, mais un prisonnier. Immobilisé, dépendant, enfermé dans une chambre, il devient l’objet d’une obsession malsaine. Annie exige de lui un nouveau roman conforme à ses attentes, tandis que la frontière entre soin et cruauté disparaît peu à peu. Le huis clos se transforme alors en une lente descente dans la terreur psychologique, où chaque geste, chaque silence, peut devenir une menace.

Avis 

Ce qui frappe immédiatement dans Misery, c’est la maîtrise absolue du huis clos. Stephen King parvient à tenir une intrigue complète, tendue et haletante, presque entièrement confinée à une pièce de la maison. L’espace restreint n’est jamais un frein, mais un outil narratif redoutable. La chambre devient une prison mentale autant que physique, et le lecteur ressent pleinement l’enfermement de Paul Sheldon.

La psychologie des personnages est le véritable cœur du roman. Annie Wilkes est l’une des figures les plus marquantes que j’aie rencontrées en littérature. Diabolique, imprévisible, terriblement humaine dans ses contradictions, elle inspire un malaise constant. Ce n’est pas un monstre surnaturel, mais une femme ordinaire dont la folie s’exprime par des règles absurdes, des accès de douceur suivis de violences glaçantes. On ne peut s’empêcher de penser que le plus effrayant, chez elle, est précisément sa plausibilité.

Paul Sheldon, quant à lui, est un personnage profondément intéressant dans sa vulnérabilité. Immobilisé, privé de tout contrôle, il ne lui reste que son esprit et son écriture pour survivre. Le roman explore avec finesse la relation entre souffrance, création et instinct de survie. L’écriture devient un acte vital, presque viscéral, et non un simple métier.

Pour une première lecture de Stephen King, Misery impressionne par sa précision, son efficacité et sa cruauté psychologique. Aucun effet gratuit, aucune facilité : tout repose sur la tension, l’attente, et la peur de ce qui pourrait arriver. C’est un roman étouffant, dérangeant, brillamment construit, qui prouve que l’horreur la plus marquante n’a pas besoin de quitter une chambre pour s’installer durablement dans l’esprit du lecteur.

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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