Chronique de Les Maudits de Faerywood, d’Amandine Peter.
« Je soupire et me résous à m’installer derrière ma machine à écrire, puis m’empare du premier dossier dans le carton. Je vais sans doute m’amuser à rédiger ce premier rapport, et ensuite, comme d’habitude, lorsque l’effet de la nouveauté aura fait son temps, l’ennui le remplacera, et je commencerai à tresser les feuilles de ces dossiers les unes aux autres pour en faire une corde et la passer autour de mon cou. »
Amandine Peter, Les Maudits de Faerywood, Folio Fantasy, 2025, p. 65.
Motivations initiales
Une cover mystérieuse – une jeune femme, de dos, drapée dans une robe qui semble faite d’une vague, sur un fond brumeux dans lequel se perd ce qui pourrait être la tour d’angle d’une maison forte. Un oiseau, bleu, volette autour de la main de la femme. L’impression est celle d’un noir et blanc, tellement les couleurs sont atténuées. Va pour Les Maudits de Faerywood, alors…
Synopsis
Tous les dix ans, dans l’Angleterre victorienne, des énigmes apparaissent. Ceux qui parviennent à les résoudre sont invités – enfin, ils y sont engagés par un contrat magique qui ne leur laisse pas le choix de refuser – à rejoindre le manoir de Faerywood, dans lequel vivent les derniers faes du Royaume-Uni, contraints par une malédiction de demeurer dans l’enceinte de la propriété.
Une fois dans le manoir, les invités doivent résoudre l’énigme qui permettra de lever la malédiction. Pour celui ou celle qui y parviendra, le prix est considérable : lui reviendront le manoir et le trésor des faes.
Everly Quinn, jeune femme rebelle, fille d’un avocat londonien, est particulièrement douée pour résoudre les énigmes. Elle veut d’ailleurs devenir policier, mais… une femme policier ? Cela n’existe pas. À peine peut-elle prétendre devenir assistante d’un enquêteur…
Mais, voilà dix ans, elle a pourtant quasiment résolu l’une des énigmes, mais c’est son frère jumeau, Jake, qui a ouvert le casse-tête et qui a donc rejoint le manoir, dont il n’est jamais revenu. Alors que les nouvelles énigmes sont sur le point d’apparaître, Everly poursuit un rêve : parvenir à décrypter le curieux langage que ceux qui sont revenus du manoir parlent lorsqu’ils sont interrogés sur les lieux où les énigmes vont apparaître…
Avis
De la fantasy dans l’Angleterre victorienne, mêlée d’un brin de romance. Pourquoi pas. Évacuons d’entrée un aspect troublant : nulle part, dans cette édition, il n’est indiqué qu’il s’agit d’une trilogie. Ce n’est qu’à la fin, lorsque le livre se termine de façon abrupte alors que l’histoire n’est pas terminée, que l’énigme n’est pas résolue, qu’il faut se rendre à l’évidence : il va falloir attendre une suite, déjà parue dans une autre édition (cela, on le découvre en cherchant sur le web, parce que, vraiment, dans cette édition : rien, pas le début d’un indice !)… Le minimum serait de l’annoncer, non ?
Bref. Il y a un autre élément qui – en tout cas à ce stade de l’histoire, peut-être aurons-nous une explication à cette bizarrerie par la suite ? – me parait bizarre, et qui est, lui, directement lié à l’histoire. L’auteure a choisi de localiser son histoire dans le temps et dans l’espace, entre 1885 et 1895, et en Angleterre, à Londres et sur l’île de Faerywood. Donc en pleine époque victorienne, que l’on nous présente en générale comme particulièrement corsetée, aux mœurs strictement contrôlées – du moins en public. Or Everly Quinn, fille d’avocat, qui est souvent appelée Milady par celles et ceux qui ne la connaissent pas, fait preuve – romance oblige – d’une liberté sexuelle assez inattendue. Elle évoque assez ouvertement, y compris avec certains personnages à qui elle masque bien d’autres secrets, le fait qu’elle est parfaitement disposée à avoir des relations sans lendemain, juste pour le plaisir.
Sincèrement, cela n’a pas une importance majeure : l’époque victorienne n’est qu’un élément de décor pour cette histoire. Ce n’est donc pas problématique. Mais – encore une fois, sauf rebondissement qui l’expliquerait dans les deux tomes à venir -, le choix de l’auteure de placer précisément cette histoire dans ce contexte semble curieux…
Mais, pour le reste, cette histoire se lit très agréablement ; les énigmes sont bien dispensées dans le récit ; le personnage d’Everly, curieuse et d’une grande liberté, mais enfermée dans ses difficultés relationnelles – elle souffre de crises d’angoisses, a été diagnostiquée « hystérique » par les médecins, prend de l’opium pour apaiser ses crises… – s’avère attachant autant qu’il peut paraître agaçant au premier abord.
Amateurs de trilogies (!!!) fantastiques, voici une bonne option pour les semaines et les mois à venir.
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

