Chronique de Loin de Salonique, de François Sureau.
« Ils s’assirent pour dîner sur une sorte de ponton arrangé sur le quai. Les cafés s’y succédaient, au droit du bâtiment des douanes impériales. Dans la nuit qui tombait, les fanaux des barques de pêche s’allumaient en mer, l’un après l’autre. Un garçon leur proposa d’aller voir la pêche du jour dans un appentis et de choisir eux-mêmes leur poisson. Un fragment d’océan gisait sur le carrelage bleu, toutes espèces mêlées. More commanda de la cigale de mer, et ils se rassirent pour boire du raki et faire honneur à une assiette de garretos, et à une autre de fojaldas. »
François Sureau, Loin de Salonique, Éditions Gallimard, 2026, p. 48.
MOTIVATIONS INITIALES
L’un de nous avait particulièrement apprécié le premier opus des aventures de Thomas More, Les Enfants perdus. Faudrait-il s’étonner, alors, que nous y soyons retournés ? Évidemment non. Et c’est donc avec un peu d’impatience et de joie que nous avons ajouté ce deuxième épisode à notre PAL, pour l’en extraire assez rapidement…
SYNOPSIS
Dans les Balkans, en 1913. À l’interface des mondes grec et ottoman, empires et nations se toisent. Toutes les religions semblent s’être donné rendez-vous, catholiques, orthodoxes, musulmans, juifs cohabitent entre deux périodes de tension. Le conflit de 1912 a vu Grecs, Turcs, Macédoniens, Serbes, Bulgares s’affronter, dans une préfiguration de la grande déflagration qui va bientôt fracasser le monde européen, après que François-Ferdinand d’Autriche aura été assassiné à Sarajevo.
Mais avant que cela ne survienne, la vie est tranquille à Monastir – la Monastir macédonienne, qui s’appelle désormais Bitola -, et le consul de France, Léonard de Berne-Lagarde est plus préoccupé de récolter des plantes et de les adresser au Muséum d’histoire naturelle – il espère secrètement laisser son nom à une variété encore inconnue de saxifrage – que de solliciter le Quai d’Orsay.
Le mystérieux Thomas More, dont on sait peu de choses malgré son passage à la Sûreté, arrivé dans les bagages de Clémenceau lorsque celui-ci a été nommé ministre de l’Intérieur, est hébergé au consulat. L’un des collaborateurs du consul, étonné de ses capacités à se fondre dans le paysage, dans tous les paysages, décrit More comme étant « Un homme sans passé dans une région qui en a trop » (page 15).
Mais les nouvelles en provenance de Salonique font état d’une surprise macabre au cimetière israélite de la ville. Alors que l’on s’apprêtait à porter au tombeau Samuel Carrasso, en ouvrant le mausolée familiale, une surprise attendait l’assemblée : le cadavre d’un inconnu s’y trouvait, en frac, gisant sur le dernier cercueil.
Samuel Carrasso, dont l’inhumation doit attendre que l’enquête soit refermée, avait été l’associé du Baron Seligmann, créateur des établissements du même nom, spécialisés dans le travail du cuir, une véritable institution salonicienne. Une telle affaire, naturellement, parait taillée pour Thomas More…
AVIS
Cette fois encore, ce livre est si joliment écrit, l’intrigue si précisément posée, qu’elle semble couler de soi. Et l’on découvre de nouvelles caractéristiques de ce Thomas More, toujours plus étonnant. Il semble parler toutes les langues, il a connu tout le monde, il a été partout. Mais, surtout, l’âme humaine semble n’avoir aucun secret pour lui.
La facilité avec laquelle, avec l’air de ne pas y toucher, il détricote les énigmes les plus ardues laisse rêveur. Aucun détail ne lui échappe, aucune circonvolution ne l’égare. Il paraît naviguer sereinement même lorsque les remous les plus sévères se produisent.
Ce qui est peut-être le plus frappant – et, également, le plus intéressant -, c’est la façon dont François Sureau fait passer, sans effort, sans insister lourdement, une atmosphère qui devient de plus en plus lourde, de plus en plus menaçante. Les tensions s’exacerbent, mais Thomas More traverse tout cela sans en être affecté.
Mais la simplicité de l’écriture et de la narration n’est, une fois encore, qu’un masque. Derrière lequel l’auteur vient dissimuler avec une grande habileté, une intrigue tortueuse. L’auteur prend d’ailleurs comme un malin plaisir à semer de petits galets, puisque, dans ce deuxième tome de la série, il s’amuse à faire un clin d’oeil à ses lecteurs, en leur signalant, en note de bas de page, deux événements que l’on retrouvera dans le tome 11, dont on apprend qu’il s’appellera Les Profondeurs du lac (page 86) et dans le tome 12, Le Crime des deux veuves (page 42).
Nous n’en sommes certes pas là encore, mais en attendant ces deux aventures, nous allons commencer par surveiller la sortie du troisième opus…
POUR EN SAVOIR PLUS
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

