Chronique de Après Arthur – T. 1 Le Trône et l’épée, d’Olivier Legrand (scénario) et Alex Sierra (dessins).
« Garran… Ce n’est pas le sang des rois d’Orcanie qui coule dans nos veines mais celui des Pendragon ! Notre père était un bâtard… et le fruit d’un inceste ! Oui… Arthur était à la fois notre grand-oncle et notre grand-père… »
Olivier Legrand et Alex Sierra, Après Arthur – T. 1 Le Trône et l’épée, Éditions du Lombard, 2026, p. 15.
Motivations initiales
Nous avons déjà eu l’occasion de le dire et ce blog en est l’un des réceptacles : les légendes arthuriennes sont un sujet d’intérêt pour l’un de nous. Il n’y avait donc aucune chance qu’une bande dessinée qui prendrait le parti de s’intéresser à ce qui se déroule, comme son nom l’indique, « après Arthur », passe inaperçue. Et comme les Éditions du Lombard nous ont fait l’immense joie de nous l’envoyer… eh bien il n’y avait pas de raison objective de différer la lecture !
Synopsis
Sur la plaine de Camlann, le roi Arthur et Mordred se sont affrontés… et ils se sont entretués. Sire Bedwyr, l’un des chevaliers de la Table ronde, le premier adoubé par Arthur, retrouve son seigneur mourant, et ce dernier lui confie une ultime mission : aller jeter Excalibur dans les eaux du lac des Brumes. Il faut en effet éviter avant toute chose qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains…
Mais, bien qu’ayant juré d’obéir, Bedwyr se trouve finalement incapable d’abandonner l’épée… ce qui lui vaut finalement d’être capturé par des saxons, qui le mènent à Camelot, où Melehan, l’aîné des deux fils de Mordred, s’apprête à prendre le pouvoir.
Mais pendant que Melehan tue, incendie, humilie, des événements tout aussi considérables se déroulent en Avalon. La fée Viviane accepte que Morgane revienne sur l’île, alors même qu’elle envoie sa fille, Niève, récupérer Excalibur. Mais cette dernière revient non seulement avec l’épée, mais également avec Garran, le frère cadet de Melehan…
Tout est en place pour qu’un nouveau drame se déroule…
Avis
D’abord, il y a une très belle cover. Avec un effet mat / brillant qui fait ressortir Excalibur, un des « personnages » centraux de cette histoire. En effet, c’est autour d’Excalibur, l’épée d’Arthur, que se joue l’essentiel de cette intrigue. Car, comme le dit Viviane à sa fille, « Excalibur est bien plus qu’un symbole du pouvoir, Niève… elle est le pouvoir ». Et, presque aussitôt, elle ajoute « Excalibur est la souveraineté » (p. 39). Et, comme dans Le Seigneur des anneaux, on retrouve toute la difficulté à se débarrasser d’un objet (trop ?) puissant : en effet, Bedwyr, au moment de lancer l’épée dans le lac et, ainsi, de tenir sa parole donnée à Arthur mourant, ne parvient pas à s’y résoudre. Et c’est en repartant qu’il est fait prisonnier par des saxons.
Ce qui est très intéressant, ici, c’est que l’on sort des épisodes que l’on connaît des légendes arthuriennes, mais que l’on reste dans le droit fil de cette légende. On retrouve toutes les grandes figures, vivants ou évoqués, Arthur, Guenièvre, Lancelot, Morgause, Morgane, Viviane, Mordred. Et on retrouve les complots, les intrigues et les machinations… Mais les auteurs profitent de ce que, dans la tradition arthurienne, sont cités deux fils de Mordred – dont l’un est parfois nommé Melehan, alors que le second n’est jamais nommé – pour élaborer leur propre histoire.
Dans ce premier tome, le récit se déroule essentiellement dans deux lieux : à Camelot, autour de Melehan, et à Avalon, autour de Viviane et Morgane. Et, s’il est évoqué précédemment, le personnage de Constantin – supposé avoir pris la suite d’Arthur – n’apparait réellement qu’à la toute fin du livre. C’est donc dans les prochains épisodes qu’il aura réellement sa place…
L’ensemble fonctionne bien. Si je devais émettre un bémol, ce serait peut-être que, les légendes arthuriennes étant ce qu’elles sont – éminemment complexes, notamment dans les relations entre les différents personnages -, j’ai du mal à mesurer si ces éléments de « contexte » (mais quel contexte !) sont suffisamment explicites pour quelqu’un qui ne serait pas déjà familier de cette histoire. La complexité de « qui a couché avec qui, et dans quel contexte » est tout de même non négligeable, si l’on rappelle simplement qu’Arthur est censé avoir été conçu par Uter Pendragon sous les traits de Gorlois de Tintagel, et que Mordred est le fils de Morgause et d’Arthur, ce dernier ignorant que Morgause est sa sœur…
Je signale enfin que, même si l’on change à plusieurs reprises de lieu, les dessins permettent assez efficacement de s’y retrouver, ce qui rend la lecture suffisamment fluide. Les couleurs sont – volontairement, je pense – majoritairement froides, sauf pour les scènes de combat. Cela induit une sensation de danger et de tension, qui fait écho au scénario. En tout cas c’est ainsi que je l’ai perçu.
Amateur(e) des légendes arthuriennes ? Venez prolonger l’aventure. Et si vous n’êtes pas familier(e) de cet univers, venez prendre un avant-goût du monde qu’il vous reste à découvrir…
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

