Chronique de Requiem pour la Dame blanche, d’Éric Fouassier.
« Après avoir quitté la salle à manger, Yvonne s’était dirigée vers l’escalier menant à l’éage. Cependant, si elle avait jugé opportun dans l’immédiat de laisser les hommes s’expliquer entre eux, elle n’était pas résignée pour autant à faire de la figuration. L’occasion était trop belle de mettre à profit sa liberté de mouvement pour fureter par-ci par-là et se familiariser avec la grande demeure. »
Éric Fouassier, Requiem pour la Dame blanche, Le Livre de Poche, 2026, p. 177.
Motivations initiales
Plusieurs livres d’Éric Fouassier ont déjà été chroniqués sur ce blog – la série Les Francs Royaumes, deux des tomes de La Saga d’Héloïse, l’apothicaire, le premier tome des Enquêtes du commandant Gaspard Cloux -, et à chaque fois, pour notre plus grande satisfaction. La sortie de ce roman n’avait donc pas de raison de nous échapper, et il a donc rejoint notre PAL – cette dernière se porte, vous l’aurez compris, parfaitement bien, merci pour elle…
Synopsis
Changement d’époque après, notamment, les deux séries médiévales évoquées précédemment. C’est en effet sur le front de la Somme, en 1916, qu’Éric Fouassier nous convie ici. Au retour d’une mission aérienne, Albert Saulx, un as de l’aviation française, est retrouvé mort dans son avion, après un atterrissage en catastrophe à la suite d’une attaque allemande – comme si ces derniers avaient su que l’escadrille allait passer par là. Mais les circonstances ne laissent pas de surprendre : non seulement on le retrouve poignardé par une baïonnette allemande, dont il est peu probable qu’elle ait été utilisée pendant le vol, mais en plus des pétales de rose ont été répandus dans le cockpit. Et sa mort est d’autant plus mystérieuse que, le jour même, avant le vol, il a remis une enveloppe à l’un de ses camarades en lui demandant de la conserver, évoquant une précaution, juste au cas où il ne reviendrait pas… Après qu’on l’ait retrouvé mort, l’enveloppe, une fois ouverte, révèle un texte codé que personne ne parvient à décrypter.
Mais cette mort mystérieuse n’est pas la seule dans le périmètre. En effet, la Dame blanche, une chanteuse célèbre dans l’avant-guerre, a également été tuée dans des circonstances curieuses.
Une quinzaine d’années plus tard, Georges Saint-Léger, qui dirigeait le groupe en 1916, devenu colonel et chef du Deuxième Bureau, réunit dans la vaste demeure qui était celle de la Dame blanche et qu’il a rachetée et restaurée, les cinq autres protagonistes de l’affaire. Leurs chemins, qui s’étaient séparés après la guerre, se rassemblent de nouveau, pour un huis-clos dans la propriété bloquée par la neige. En effet, des éléments nouveaux donnent à penser que le texte codé pourrait enfin livrer son secret : un pigeon-voyageur de 1916, porteur d’un message qui pourrait contenir la clé du code, a été retrouvé, momifié : il avait dû se poser et ne jamais repartir avant d’avoir accompli sa mission…
Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Deux nouvelles morts émaillent cette histoire, toujours aussi mystérieuses. La première est un meurtre en chambre close, à l’occasion duquel on retrouve la fameuse baïonnette et des pétales de rose. La seconde se déroule dans le caveau que le colonel Saint-Léger a fait bâtir à la mémoire de la Dame blanche, fermé à clé, et sans traces de pas dans la neige qui pourrait laisser penser qu’un meurtrier en est reparti…
Naturellement, ces deux derniers décès sont intimement liés aux événements qui se sont déroulés en 1916…
Avis
C’est un petit bijou que l’auteur nous livre ici. Il a en effet concocté un récit malin, à la mécanique implacable et l’on sent qu’il prend un malin plaisir à nous imaginer en train de nous prendre les pieds dans les fils de son intrigue qu’il entrelace dans cet unique but. Et, le pire, c’est que ça fonctionne. Même si on sent bien le piège, cela ne nous évite pas de tomber dedans…
Oui, l’intrigue est tordue, la trame narrative parfaitement entremêlée. L’atmosphère est très bien rendue, de cette vaste demeure qui ressemble plus, par certains côté, à une nécropole qu’à une maison bourgeoise ayant abrité une sorte de cabaret.
Ce qui est intéressant dans la construction de ce livre, c’est que l’auteur nous emmène d’abord à la découverte des différents protagonistes conviés par le colonel Saint-Léger. Un détective, un spécialiste de la cryptographie, un joueur invétéré, un espion… déjà une belle galerie de portraits. Et puis, comme les racines de l’histoire, chacun peut sans douter, plongent quinze années plus tôt, dans cette période troublée par la guerre, la fin du roman et la résolution de l’énigme viennent finalement d’un flash-back assez passionnant.
Il est assez amusant d’observer que l’on a comme une espèce de retour aux grands mécanismes classiques du polar. J’avais eu l’occasion, voilà quelques mois, de souligner comment Abir Mukherjee s’était emparé du motif du meurtre en chambre close (ici), et voilà que c’est éric Fouassier qui, à son tour, le reprend. Et avec un égal succès, bien que l’on soit réellement dans des schémas assez distincts.
Si vous n’avez encore jamais lu Éric Fouassier, soyez satisfait : :vous avez de belles heures de lecture devant vous, avec une grande variété de sujets et d’époques. Mais, franchement, il faut y aller, ça vaut vraiment le coup ! Alors, en route pour le front de la Somme ?
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

