Chronique de Mariposa T.2, de Azra Reed.
« Dans le noir ou dans la lumière, je serais là. »
Azra Reed, Mariposa T.2, Hugo Roman, 2026.
Motivations initiales
J’avais trouvé le premier tome efficace et sa conclusion avait éveillé suffisamment de questions pour que je veuille connaître la suite. Alors, lorsque ce second opus est sorti, je n’ai pas résisté très longtemps avant de craquer !
Synopsis
Mariposa avait fini par croire qu’un avenir avec Côme restait possible. Malgré la violence, les mensonges et les blessures, elle avait entrevu l’espoir qu’ils puissent un jour se reconstruire ensemble. Mais Côme est parti, reproduisant exactement l’abandon qu’elle redoutait.
Cette fois, Mariposa refuse d’attendre que quelqu’un vienne la sauver. Elle a appris à ne compter que sur elle-même et n’est plus la jeune femme que Côme a laissée derrière lui.
De son côté, l’héritier King a perdu tout ce qui définissait autrefois son existence : son argent, son influence et la vengeance qui gouvernait chacun de ses choix. Il ne lui reste plus qu’un objectif, retrouver Mariposa et la convaincre qu’ils peuvent encore bâtir le foyer dont ils ont toujours été privés.
Leurs routes finissent par se croiser au Venezuela. Pourtant, les années, les secrets et les blessures ont creusé entre eux une distance que le désir ne suffira pas à effacer. Tandis que leurs ennemis profitent de leurs failles pour resserrer l’étau, Côme et Mariposa devront choisir entre préserver ce qu’ils sont devenus séparément ou risquer de se perdre une nouvelle fois ensemble.
Avis
Ce deuxième tome m’a surtout convaincue grâce à l’évolution de Mariposa. Plusieurs années se sont écoulées et la jeune femme que nous retrouvons n’est plus celle que Côme avait laissée derrière lui. Elle a grandi, s’est endurcie et a appris à construire son existence sans attendre qu’un homme décide de son avenir.
Bienvenue à Mariposa Verde !
J’ai aimé que le roman ne fasse pas disparaître cette transformation dès les retrouvailles. Mariposa ne se jette pas dans les bras de Côme comme si leur séparation et les violences du passé n’avaient jamais existé. Elle regarde désormais leur histoire avec davantage de lucidité et refuse de lui rendre automatiquement la place qu’il occupait autrefois.
Côme, quant à lui, n’est plus protégé par sa fortune ou son pouvoir. Après avoir tout perdu, il doit affronter les conséquences de ses choix et comprendre qu’il ne suffit pas de vouloir retrouver Mariposa pour obtenir son pardon. Il poursuit l’idée d’un foyer avec elle, mais cette promesse ne peut plus être construite uniquement selon ses propres désirs.
Cette inversion de leur dynamique m’a beaucoup plu. Dans le premier tome, Côme contrôlait l’environnement de Mariposa et imposait ses règles. Ici, il se retrouve face à une femme qui n’a plus besoin de lui pour survivre. Leur relation conserve toute son intensité, mais elle doit désormais composer avec la rancœur, la méfiance et tout ce qui a été brisé entre eux.
Le roman ne repose cependant pas uniquement sur leurs retrouvailles. L’intrigue conserve un rythme soutenu, entre menaces, secrets et jeux de pouvoir. Les informations nous sont données progressivement et chaque réponse semble faire apparaître une nouvelle interrogation. J’ai constamment cherché à comprendre qui agissait réellement dans l’ombre et ce que certains personnages tentaient encore de dissimuler.
Azra Reed entretient efficacement cette sensation de danger. Les ennemis ne frappent pas seulement par la violence : ils exploitent les blessures, les sentiments et les faiblesses de chacun. Personne ne semble totalement maître de la situation et la survie des personnages dépend parfois d’alliances aussi fragiles qu’incertaines.
Ma grande révélation de ce tome reste toutefois Shashae. Il apporte d’abord une respiration bienvenue au milieu de toute cette noirceur. Son humour, son attention envers les autres et sa capacité à être présent dans les moments difficiles le rendent immédiatement attachant.
Puis la fin vient bouleverser tout ce que l’on pensait avoir compris de lui.
Sans entrer dans les détails, les dernières révélations obligent à reconsidérer ses gestes, ses silences et certaines scènes auxquelles je n’avais pas accordé la même importance sur le moment. Shashae gagne alors une profondeur inattendue. Il ne devient pas un autre personnage : nous découvrons simplement que nous n’en connaissions qu’une partie.
Le dénouement m’a brisé le cœur parce qu’il ne permet pas de choisir facilement un camp. Quelle que soit la perspective adoptée, il reste de la souffrance, de l’injustice et des personnages qui paient un prix qu’ils ne méritaient pas. La haine occupe une place considérable, mais elle n’efface jamais complètement l’amour qui a pu exister derrière certains choix.
C’est précisément cette ambiguïté que j’ai trouvée réussie. Le roman ne sépare pas clairement ceux qui aiment de ceux qui détruisent. Chez Azra Reed, les mêmes sentiments peuvent protéger, emprisonner ou conduire à la vengeance. L’amour n’efface pas les actes commis et la souffrance ne justifie pas tout, mais l’un et l’autre permettent de mieux comprendre comment les personnages ont pu en arriver là.
Ce second tome apporte donc davantage de densité à la duologie. L’action reste présente, mais elle accompagne surtout l’évolution des personnages et les révélations sur leurs véritables intentions. J’ai été happée par les mystères, attachée à ceux que je ne pensais pas aimer autant et profondément remuée par la conclusion.
Mariposa demeure une histoire de violence, d’emprise et de vengeance, mais aussi celle d’êtres cabossés qui cherchent encore un endroit où déposer leurs armes. Même au cœur de ce monde brutal, Azra Reed laisse subsister une possibilité de lumière — fragile, imparfaite, mais jamais complètement éteinte…
Pour en savoir plus
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