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Dragon

Incontournable, le mythe du dragon est aussi l’un des plus complexes, qui donne lieu à des interprétations nombreuses. Aussi nous n’essaierons pas d’être exhaustifs, mais simplement de proposer quelques points de repère…

En effet, on retrouve la figure du dragon dans pratiquement toutes les cultures, et ce depuis… la nuit des temps. Ainsi, si la plus ancienne représentation connue d’un dragon est datée d’environ 6000 ans, dans une tombe chinoise du néolithique – une forme constituée de coquillages -, les scientifiques estiment que le motif mythologique du dragon existe dès le paléolithique. On peut signaler, notamment, les travaux de Julien d’Huy qui, dans sa thèse soutenue en 2013, analyse la présence de l’image du dragon dans 23 régions du monde.

On peut distinguer deux grands groupes mythologiques, avec d’un côté le dragon oriental, et de l’autre le dragon occidental (que l’on retrouve dans les mythologies grecque, celtique, scandinave, germanique…). Le dragon oriental, en général aquatique et dépourvu d’ailes, incarne les forces de la nature. S’il peut être dangereux, il n’est pas mauvais par essence. Toutes les dynasties chinoises se réclament de la figure du dragon : l’empereur est le « fils du dragon », sa – supposée – sagesse est désignée par l’appellation « perle du dragon ». Il symbolise l’immortalité, la force, la réussite. On retrouve cette figure dans tous les pays asiatiques, Japon, Corée, Viêt Nam…

Le dragon occidental, lui, est clairement une incarnation du mal. Dans la mythologie grecque, Héraclès tue Ladon, qui garde le Jardin des Hespérides et l’hydre de Lerne ; Apollon tue Python, fils de Gaïa ; Cadmos défait le dragon de Thèbes ; Ulysse doit échapper à Charybde et à Scylla, et Jason profite de ce que Médée ait endormi le dragon de Colchide pour s’emparer de la toison d’or.

Mais c’est dans les mythologies celtique et, surtout, scandinave et germanique que le dragon prend sa forme de monstre ailé et crachant le feu que Tolkien a – logiquement – popularisé, en spécialiste des eddas, recueils de la mythologie scandinave. Fafnir, popularisé par la Tétralogie de Wagner, est sans doute l’un des dragons les plus célèbres.

Dans le cycle arthurien, on retrouve deux aspects du dragon, emblème du pouvoir et monstre à combattre. Sandra Giorgevski, dans Le mythe d’Arthur : de l’imaginaire médiéval à la culture de masse (CEFAL, 2002), décrit le personnage de Merlin comme « le chaînon qui relie le paganisme au christianisme » (p. 117), qui puise ses pouvoirs dans le dragon, symbole du pouvoir à Camelot. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Uther est surnommé Pendragon (tête de dragon). Mais cela n’empêche pas Lancelot d’aller combattre les dragons qui défendent le Val sans retour.

À l’époque médiévale, dans les chansons de geste, on retrouve cette figure, qui constitue en quelque sorte le faire-valoir des héros. Saint-Michel, Saint-Georges, pour ne citer que les plus connus, ont tué un dragon. Mais il existe de nombreux « saints » locaux, que l’on appelle les saints sauroctones, parce qu’ils ont débarrassé une ville ou un lieu de son monstre (il en existe une liste, regroupant une bonne cinquantaine de noms, sur Wikipédia).

Sans rentrer davantage dans les détails, on peut simplement noter qu’il existe des différences d’appréciation dans le « rôle » confié au dragon. S’il incarne souvent le mal – et Satan -, il apparait parfois comme une sorte de punition divine. Lorsque des hommes se sont laissés corrompre par le mal, il faut une purification… par le feu. Et ce n’est qu’en éliminant le dragon qu’il deviendra possible de reconstruire une société saine !

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Quelques dragons dans nos lectures…

Naturellement, tous les amateurs de fantasy pensent à Tolkien lorsque l’on parle de dragon. Glaurung, qui sera tué par Turin Turambar – ce qui vaudra à ce dernier le nom de Dagnir Glaurunga, le fléau de Glaurung -, et Ancalagon le noir, tous deux au service de Morgoth, et qui apparaissent dans le Silmarillion, et Smaug, le dragon sous la montagne, que Bilbo réveille, dans Bilbo le Hobbit. Et je ne peux pas oublier Le fermier Gilles de Ham, bref conte de Tolkien beaucoup moins connu que les précédents, mais qui ne manque pas de saveur, et dans lequel Gilles de Ham, fermier de son état, ayant fait fuir pratiquement par hasard un géant remarquablement idiot, se retrouve désigné pour débarrasser la contrée d’un dragon sournois, Chrysophylax Dives. Heureusement, Gilles de Ham dispose d’une épée, qui s’avère être Caudimordax (Mordqueue), l’épée d’un chasseur de dragons. Une nouvelle victoire qui lui vaut le respect, et d’accéder à la noblesse…

Mais on retrouve également des dragons dans de très nombreux romans de fantasy : tous les grands auteurs du genre se sont frottés à l’exercice. Ursula K. Le Guin, dans Terremer ; Robin Hobb, dans le Dragon des glaces – cycle L’Assassin royal -, nous présente un prince qui doit tuer un dragon pour montrer sa bravoure, et mériter la main d’une princesse ; dans l’Épée de vérité, Terry Goodkind met en scène des dragons rouges, créatures indépendantes et intelligentes ; il eût paru étrange que Terry Pratchett ne se soit pas frotté au mythe du dragon, et on en trouve notamment un dans Au guet !, le huitième livre des Annales du Disque-monde.

Avec Christopher Paolini, dans le cycle d’Eragon, et dans La ballade de Pern, d’Anne McCaffrey, on retrouve une autre figure, celle qui voit des dragons et leurs dragonniers, qui illustrent la collaboration possible entre dragons et humains. Et, même si c’est dans un style légèrement différent, on ne peut pas ne pas faire le lien avec Daenerys Targarien, la « mère des dragons », dans le Trône de fer.

Dans Harry Potter, on retrouve la figure du dragon, dans deux circonstances distinctes : Hagrid se procure – sans se rendre compte qu’il se fait manipuler – un oeuf de dragon (précisément, il s’agit de l’oeuf d’un norvégien à crête) dans le premier livre, en digne amateur de bêtes monstrueuses. Et, lors du Tournoi des Trois Sorciers (Harry Potter et la Coupe de feu), les quatre candidats doivent affronter l’un d’entre eux. Dans ce deuxième cas, on est précisément dans la situation où les champions doivent prouver leur valeur, en dérobant un oeuf en or à leur dragon.

Dans le cycle Tara Duncan, Sophie Audouin-Mamikonian décrit des dragons extrêmement intelligents, grands sorciers, ennemis éternels des démons. Ils font le choix de s’associer aux humains, pour ne pas diviser leurs forces. Il s’agit là, on le voit, d’une autre forme de collaboration.

Enfin, juste pour le clin d’oeil, rappelons que Molière, lui aussi, convoque la figure du dragon :

[…] ma femme est terrible avecque son humeur.[…]

Pour peu que l’on s’oppose à ce que veut sa tête,

On en a pour huit jours d’effroyable tempête.

Elle me fait trembler dès qu’elle prend son ton.

Je ne sais où me mettre, et c’est un vrai dragon.

  Les Femmes savantes, II, 9 (v. 664-672)

… mais il s’agit sans doute d’une toute autre histoire…

2 réflexions au sujet de “Dragon”

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