Erotiques, Fantastiques, Historiques

Gladiatores

« Torse nu, les muscles bandés, il transpirait à grosses gouttes. Jamais il n’aurait imaginé Abrax capable d’une telle trahison, et c’était bien ce qui motivait son bras. Chaque entaille dans l’aubier était un reproche, chaque fente, une vindicte. Comment avait-il pu l’humilier de cette manière ? »

Marcus M. D., Gladiatores, Mix Éditions, 2016, p. 18.

Motivations initiales

Mix Éditions nous a donné l’occasion de découvrir ce livre. Son titre est explicite : on est dans une histoire de gladiateurs, direction l’Antiquité, donc !

Synopsis

Abrax, fils d’Ambiorix, roi des Éburons, part à la chasse, avec un groupe de guerriers de la tribu. Mais il refuse que Laucos, son ami et amant, les accompagne. Bien lui en prend, puisque le groupe est surpris par une patrouille romaine. Abrax est fait prisonnier par Octavius Titus Gradius, qui souhaite surtout mettre la main sur Ambiorix, qui résiste face à l’invasion romaine. Il promet donc à Abrax la vie de son peuple, et la place de son père, s’il les mène jusqu’au village. Mais Abrax refuse.

Laucos, lui, qui était très en colère d’avoir été écarté de la chasse, est anéanti par la nouvelle de la capture d’Abrax. Et plus encore par la décision d’Ambiorix, qui, pour protéger son peuple, refuse de se lancer à la poursuite de Gradius pour libérer son fils. Il s’enfuit alors du camp, pour aller libérer Abrax. Mais il se fait finalement capturer : les deux amants sont alors réunis, mais dans une cage, qui est acheminée jusqu’à Narbonne, où Gradius possède une maison de plaisir et une équipe de gladiateurs.

Intégrés à cette dernière, Abrax et Laucos se retrouvent confrontés à la dureté de l’entraînement, mais également à la concupiscence de Curion Titus Gradius, le fils d’Octavius. Pour obtenir les faveurs de Laucos, celui-ci est prêt à menacer la vie d’Abrax. Puis s’ouvrent les jeux du cirque…

Avis

> L’avis de C

On plonge dans une histoire où résonnent violence et amour – c’est mon second roman érotique gay et j’attendais quelque chose de parfait et convaincant comme lors de ma lecture de Prince captif -. Nous sommes emmenés dans une histoire au temps des gladiateurs et des Gaulois.

J’ai beaucoup aimé dès le départ le cadre posé et assumé de l’histoire d’amour entre Abrax et Laucos : un peu de douceur dans ce monde de brute – nous sommes chez les barbares – ! Les deux héros vont tout au fil de l’historie se protéger, s’aider et passer ensemble de nombreuses épreuves. Ils sont toujours ensemble, inséparables et amoureux – non non, ce n’est pas cliché, je vous assure ! -.

En parallèle des scènes d’amour et de sexe, il y a aussi des scènes de combat très violentes avec énormément de suspens – on s’attend à ce que l’un des deux personnages principaux soient blessés -… C’est un mélange plutôt réussi par l’auteur, tout est équilibré et maîtrisé !

La plume de l’auteur est à la fois sensuelle, brutale, crue et réaliste !  C’est extrêmement fluide et agréable à lire.

Seul petit bémol : si au début, on sent que l’auteur a fait un travail de recherches conséquent pour coller aux faits historiques, progressivement on sent un léger flottement et un éloignement de la vérité…

Somme toute, une histoire simple, qui capte le lecteur mais avec quelques petits bémols selon moi…

> L’avis de T

Je n’avais jamais eu l’occasion de lire de littérature érotique gay. De la littérature érotique, un peu, mais pas beaucoup. Mais, nous l’avions décidé – et écrit – dès le début : nous ne fixons aucune exclusion d’office. Je ne suis pas non spécialement accro aux films et/ou séries de gladiateurs : dans « Y a-t-il un pilote dans l’avion », j’aurais probablement répondu non. Bref, cette lecture s’annonçait comme un véritable saut dans l’inconnu.

La lecture est aisée – alors que c’est aussi la première que je lis un livre sur un écran -. L’intrigue est posée assez rapidement, de même que les relations entre les personnages. Dès le premier chapitre, il est en effet clairement indiqué qu’Abrax et Laucos sont amants. Même si leur histoire nous est ensuite présentée de façon graduelle au fil de plusieurs séquences de « flash-back » (le premier baiser, la première nuit ensemble, le premier acte sexuel complet…), les choses sont néanmoins claires dès le début.

Par rapport à un livre érotique, on est en présence d’une aimable bluette, facile à lire. Les personnages sont clairement identifiés et très « typés » (le roi Éburon, un homme, un vrai, inflexible ; Abrax et Laucos, amis d’enfance pour qui l’amitié est devenue amoureuse ; deux prostitués, Olympeo et Dajan, que Gradius destine à sa maison de plaisir ; Curion Gradius, patricien prétentieux, violent et imbu de lui-même ; Pélas, un gladiateur attiré par Laucos ; Térès, ancien gladiateur affranchi qui a reçu le rudius, un glaive en bois honorifique qui vaut affranchissement, reconverti en entraîneur de l’équipe des gladiateurs de la maison Gradius). Les personnages féminins, eux, sont extrêmement peu nombreux, et n’ont qu’un rôle très limité : la mère de Laucos a droit à une brève scène d’adieu, au début du livre, et la femme de Curion Gradius traverse quelques pages, comme un fantôme. Autant dire que ce n’est pas là l’intérêt du livre…

Une fois entré dans l’histoire, j’ai, comme à mon habitude (qu’il est loisible de considérer comme mauvaise ou idiote), commencé à me demander si le contexte historique proposé était réaliste. Je l’avoue, j’aime que l’histoire que l’on me raconte soit crédible. Et mes premières recherches ont été plutôt positives. Ambiorix, le nom me disait quelque chose (souvenir, probablement, de la lecture de La guerre des Gaules, de César). Et, oui, on retrouve bien Ambiorix, roi des Éburons. Je me suis ensuite demandé, puisque l’argument du livre repose beaucoup sur cela, ce qu’il en était de l’homosexualité chez les Celtes. Et, pas de souci, elle est non seulement avérée, comme en témoignent plusieurs auteurs grecs (Aristote, Diodore de Sicile, Athénée de Naucratis, Strabon), mais même présentée par ces derniers comme relativement courante.

Cependant, et c’est là où subitement, tout se gâte, on a progressivement l’impression que ce contexte historique est uniquement là pour jouer sur le ressort du « sauvage », « barbare musclé », bref, on en arrive à une sorte de caricature du Celte, qui va devenir un gladiateur transpirant aux pectoraux saillants… Et là, d’un coup, j’adhère moins !

Plusieurs aspects me semblent aller à l’encontre de la réalité historique. D’abord, ce « couple » formé par Abrax et Laucos, qui semble penser qu’ils vont finir leur vie ensemble. Il semble qu’il y ait consensus, chez les spécialistes des Celtes, sur le fait que, si l’homosexualité est admise et même assez courante, l’idée même d’un couple homosexuel est en soi inimaginable. Les guerriers qui vont partir à la guerre doivent impérativement laisser une descendance, et de préférence au moins un fils !

Ensuite, plusieurs scènes semblent être des extrapolations de la façon dont une personne d’aujourd’hui réagirait dans la situation décrite. En effet, plusieurs auteurs (grecs et latins) insistent sur le fait que les Celtes ont un rapport très particulier à la mort. Ainsi, Horace décrit la Gaule comme « La terre où l’on n’éprouve pas la terreur de la mort ». Que penser alors de ces scènes dans lesquelles Laucos est anéanti par la mort ? Je crains qu’il ne s’agisse d’anachronismes, de facilités prises par l’auteur, mais qui, du coup, affaiblissent l’ensemble.

Et – attention : spoiler – idem pour la séquence finale. La scène finale, pendant les jeux du cirque, me semble carrément peu crédible. Du coup, les muscles de ces gladiateurs me laissent clairement sur ma faim : sans attendre que l’ensemble soit un travail hyper-pointu sur la civilisation celte, j’aurais apprécié que l’ensemble tienne mieux la route face à des investigations somme toute peu approfondies. Car, et c’est souvent une force de ces séries historiques américaines à grand spectacle (Rome, Borgia, ou, pour une période plus récente, Band of Brothers), une place importante est donnée à la réalité historique (même lorsque des ellipses sont faites).

Pour résumer, il s’agit d’une lecture facile et plutôt fluide, qu’il faut prendre pour ce qu’elle est : on y trouvera plus de satisfaction si on en attend surtout des scènes érotiques gay que si on y cherche du réalisme historique…

Gladiatores

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