Bandes dessinées, Drame, Historiques

Partie de chasse

« De curieuses histoires en vérité, comme celle de nos lointains ancêtres qui, à la mort de nos rois, aimaient parait-il empaler toute la cour… Bouffons, cavaliers et dames, vêtus de leurs plus nobles parures périssaient ainsi, comme les pions d’un gigantesque jeu d’échecs… »

Pierre Christin, Enki Bilal, Partie de chasse, Les Humanoïdes associés, 1990 (2e édition), p. 12.

Motivations initiales

Un cadeau !

Synopsis

1983. Un train soviétique transperce la nuit. À son bord, trois hommes : un traducteur russe, d’un certain âge, et un jeune français, chargé de l’accompagner, voyagent en compagnie de Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko, un apparatchik qui a connu toute l’histoire du communisme depuis la révolution bolchévique. Le vieil homme, malade et désormais muet, a connu tous les soubresauts du régime. Et, à écouter le récit qu’en fait le vieux traducteur, il y a peut être laissé une partie de son âme…

Ces trois hommes sont en route vers une vaste demeure, en Pologne. Ils sont attendus pour prendre part à un week-end de chasse, qui doit réunir plusieurs vieux amis de Tchevtchenko. Le jeune français, idéaliste, va aller d’étonnements en étonnements…

Avis

> L’avis de C

À l’époque où j’ai lu cette BD sur les conseils de T, je n’aimais pas la bande dessinée… Mais j’ai trouvé Partie de chasse étonnant, intrigant et même captivant. Bref, j’ai aimé !!!

Premier point, les illustrations d’Enki Bilal sont absolument sublimes ! Notre œil est attiré par les traits fins et les nombreux détails qui se cachent dans ces dessins. Dès la couverture, on peut commencer à se faire une première idée !

On ne peut également qu’apprécier la façon dont l’auteur installe son scénario : durant le trajet en train, grâce aux discussions entre les deux interprètes, le décor est posé, on découvre petit à petit la complexité du personnage de Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko. Et l’on comprendre que, durant trois jours, des hommes qui se connaissent depuis de nombreuses années et qui n’ont aucun secret les uns pour les autres, mais qui se méfient les uns des autres, vont vivre un huis-clos, réunis qu’ils sont autour de celui à qui ils doivent tous leur carrière, Tchevtchenko.

Pendant quasiment 100 pages, la tension est palpable, ça pue le cynisme… Et le suspense est tel que l’on n’a même pas besoin de ressentir la moindre empathie pour ces salopards. Ils transpirent la violence et la compromission. Mais, comme face à un panier de crabe, on veut savoir qui sera le plus fort !

Alors oui, cette BD date un peu – en 1983, elle anticipait même la chute de l’URSS ! – mais franchement elle vaut vraiment le détour, alors si vous avez l’occasion, n’hésitez pas !!!

> L’avis de T

La couverture de cette bande dessinée plante le décor : une brochette de dix hommes, aux mines patibulaires, équipés de leur fusil, sont installés en arc de cercle autour d’une flaque de sang. Derrière eux, un paysage sombre, sinistre. Tout est déjà là !

Et tout au long du récit, le dessin est précis, net, froid. La neige qui recouvre les paysages n’est pas seule en cause : ces dix hommes, qui ont participé à l’histoire de l’Europe de l’Est, ont chacun des cadavres dans le placard. Trahisons, meurtres, que ce soit par conviction ou, parfois, seulement pour sauver leur peau, ils ont tous été obligés d’accepter des compromis pour survivre et s’élever.

Tchevtchenko, le premier de tous, doit vivre avec ses renoncements. Ainsi, il a laissé emprisonner et tuer celle qu’il aimait, Vera Nikolaevna Tretiakova. Accusée de trotsko-zinovievisme, elle a été éliminée en 1937. Alors qu’il l’aimait, il a du, pour échapper aux menaces, l’abandonner à son sort.

Tous ces hommes sont habitués à profiter des avantages du régime. Ils mangent du caviar, boivent de la vodka hors de prix, chassent. Tout leur est dû, semble-t-il. Ils se tiennent les uns les autres, chacun connaissant les turpitudes des autres.

Tout sonne juste dans cette histoire. Le cynisme, la tension palpable entre eux – ils ont tous l’habitude de se méfier de tout et de tous -. Dans ce cadre gris, on sent qu’on est en permanence à la limite du drame. Un one shot bien ficelé, pour se rappeler ce que c’était que l’Europe de l’Est… Alors, n’hésitez pas : c’est du très bon, du très lourd, souvent considéré comme le meilleur album issu de la collaboration entre Christin et Bilal !

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