Drame

Mémoires d’un gone

« Elle était d’une beauté époustouflante. Des cheveux blonds comme les blés, des yeux bleus, d’un bleu azur, elle avait de petites taches de rousseur sur son petit nez, et des lèvres, de belles lèvres rosées. »

Guillaume Fourreau, Mémoires d’un gone, Les Éditions Baudelaire, 2016, p. 8.

Motivations initiales

Cette lecture nous a été proposée par les Éditions Baudelaire : une bonne occasion de découvrir un jeune écrivain lyonnais, dans son premier roman.

Synopsis

Charles Dubreuil est né en 1903 dans le pays lyonnais. Il est le dernier des quatre enfants de la famille, élevé par un père avocat et une mère institutrice. À dix-huit ans, il quitte la maison familiale pour Lyon, afin de poursuivre ses études. Il ne sait pas lui-même ce qu’il veut faire… mais un choix va s’imposer à lui, lorsque son regard tombe sur une charmante jeune fille, venue elle aussi s’inscrire, et dont il tombe éperdument amoureux au premier regard. Anne-Marie, puisque c’est son nom, s’inscrit-elle en psychologie ? Il fera de même, bien qu’il ne connaisse rien à cette discipline !

Mais il découvre en même temps que la vie n’est pas qu’amour et plaisirs. Le premier soir, parti à la recherche d’un travail, il manque de se faire agresser par deux petites frappes. Celui qui le tire de ce mauvais pas, tenancier d’un bar, lui propose finalement le travail qu’il recherche. Mais il vient de mettre un pied dans le monde interlope de la nuit…

Et, surtout, il va devoir se confronter au fait que l’on peut aussi être trahi au sein de sa propre famille…

Avis

> L’avis de T

Il s’agit, nous dit-on, d’un premier roman. Et d’un roman né et conçu alors que l’auteur se recueillait sur la tombe de son père, récemment décédé. Cette histoire est donc à la fois une façon de « s’échapper de la réalité, de voyager dans un monde qui [n’est] pas le sien » (dixit l’éditeur).

Le résultat est agréable à lire. Charles nous donne à voir trois mondes qui se côtoient : il est le pivot autour duquel ils s’articulent. Le jour, il étudie la psychologie, et fréquente Anne-Marie, jeune fille de bonne famille hébergée par sa tante, qui les invite au bal masqué organisé par Monsieur le Maire. Fiancés, puis mariés, ils attendent leur premier enfant. Mais la nuit, il fréquente le bar de Monsieur Marc, les trafiquants d’absinthe, Mademoiselle Rose, la prostituée au grand cœur – un banditisme de l’époque, avec, malgré la violence, un sens de l’honneur et de l’humain. Et, certains weekend, il retrouve le cocon familial, dans lequel des cassures se font jour, le grand frère, Raymond, montre un visage de plus en plus inquiétant.

Alors, il y a quelques bémols. Certains passages et aspects psychologiques des personnages auraient peut-être mérité d’être plus creusés. En même temps, cela laisse un peu de frustration, parce que l’on aimerait en savoir plus, ce qui montre que l’on accroche aux personnages.

Que Charles tombe amoureux au premier coup d’œil, soit. Imaginons. Qu’Anne-Marie, par extraordinaire, soit elle aussi amoureuse avant même qu’ils aient eu la moindre conversation sérieuse, c’est un hasard extraordinaire… Que sa famille à elle ne soit pas consultée pour les fiançailles et le mariage – on est tout de même dans les années 20, et dans un milieu favorisé -, cela semble assez curieux. La nuit de noce – qui n’est pas décrite, ce n’est évidemment pas le sujet – nous est simplement signalée comme un moment de fusion : « Nous étions en parfaite harmonie l’un avec l’autre ». Bon, je veux bien que, pour certains, la première nuit soit parfaite, mais bon, je doute que ce soit si courant, d’autant que Charles n’est visiblement pas du genre à avoir expérimenté avec les jeunes paysannes autour de chez ses parents… Du coup, j’aurais préféré que l’on n’en dise rien, plutôt que de donner à penser que l’amour serait une chose si simple…

De la même façon, dans le déroulement de l’histoire, il y a quelques invraisemblances… ou, sans doute, des raccourcis. Ainsi, lorsque Charles a, pour la première fois, affaire à la police, ayant déjà à peine convaincu l’inspecteur, il prétexte d’un rendez-vous urgent pour expliquer son départ rapide, mais lorsqu’il découvre qu’il est suivi, il sème ses accompagnateurs. Et l’inspecteur ne trouve pas cela bizarre ? Certes, l’inspecteur Lamarre, en digne descendant de Javert, n’aurait de toute façon pas lâché l’affaire. Mais quelle plus belle façon de le renforcer dans ses soupçons ?

En résumé, il s’agit d’un roman agréable à lire, une jolie histoire pour un premier livre. Comme les pavés ne me font pas peur, j’aurais simplement préféré que l’on prenne un petit peu plus le temps de creuser les personnages et les situations. Alors, Monsieur Fourreau, pour votre deuxième roman, n’hésitez pas à me rajouter une bonne centaine de pages !

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