Conte, Fantastiques

Louva

« Le comportement observé encouragea l’équipe à continuer. Cela confirmait leur espoir de recréer des chiens de garde et pas seulement de compagnie. Pour la troisième prise, ils mirent un sédatif dans l’appât. La louve n’était plus allaitante depuis peu, mais tant pis pour sa progéniture. Récupérer les jeunes aurait été un bonus expérimental, mais ils n’allaient pas risquer de tomber nez à nez avec le reste éventuel de la meute. »

Brigitte Rousseilles, Louva, Les Éditions Baudelaire, 2017, p. 16.

Motivations initiales

Ce livre nous a été envoyé par les Éditions Baudelaire, nous offrant l’occasion de découvrir le quatrième roman de cette auteure, qui est également professeur de sciences de la vie et de la terre, présenté, en quatrième de couverture, comme « un conte pour enfant, une fiction, et, peut-être, une réalité à venir… »

Synopsis

Louva – qui, au début du livre, s’appelle Mâ, est une jeune louve, qui vit sur une planète de laquelle on contemple un soleil et trois lunes. Avec Pâ, son compagnon, ils ont quatre louveteaux juste sevrés, lorsqu’elle est capturée et emmenée sur une autre planète. Elle est l’un des narrateurs de cette histoire.

L’ambition de ses ravisseurs, c’est de l’étudier, et de redonner à leurs chiens un peu de « sauvagerie ». Mais l’expérience n’est pas très concluante, et l’équipe de scientifique, pour l’observer dans de meilleures conditions, décide la libérer. Malheureusement – ou heureusement – une erreur de manipulation fait qu’elle s’enfuit vers la ville, et non, comme prévu, vers la campagne. Là, elle croise dans un parc, Victor, qu’elle adopte de façon instinctive. Victor a deux ans, et lui aussi adopte Louva.

Les parents de Victor se font forcer la main pour adopter Louva, sa maman parce que Victor ne veut pas être séparé de « toutou à moi », son papa parce qu’il travaille dans le laboratoire d’où Louva s’est échappée.

Mais, en parallèle, on suit également l’histoire d’un jeune garçon à qui ses grands-parents racontent l’histoire. De qui s’agit-il exactement ?

Avis

> L’avis de T

L’idée de nous mettre dans la peau et dans la tête d’une louve est plutôt intéressante, et l’on comprend bien que cela rend possible – au-delà du risque d’anthropomorphisme, qui n’est pas tout à fait évité – la mise en perspective de l’idée de « sauvagerie ». En effet, vu depuis la position occupée par Louva, les scientifiques et le comportementaliste ne paraissent pas moins sauvages…

En revanche, réutiliser le même mécanisme, à partir de la moitié du livre, lorsqu’apparait le second personnage animal qui est, lui, un chat, ne présente à mon sens pas le même intérêt. D’abord parce que là où l’idée de nous plonger dans la tête de cette louve était originale, autant nous la resservir avec un chat – alors que la série La guerre des clans repose entièrement sur cette idée – devient forcément moins stimulante. En plus j’ai trouvé – mais, là, il s’agit vraiment d’un avis personnel – le personnage de Ronron beaucoup plus convenu. Et l’idée de ponctuer presque toutes ses phrases de « Chââ-mais » ou de « Chââ-ah-ah » m’a rapidement semblé un peu « facile ».

Mais, par définition, s’il s’agit d’une histoire conçue comme un conte pour enfant, je ne suis pas forcément directement dans la cible (eh ouais, même si je le déplore… ou pas !). Alors passons sur la forme qui, effectivement, m’a laissé un peu sur le bord du chemin, mais qui peut s’expliquer.

En fait, ce que je regrette le plus, dans ce livre, c’est qu’il y a finalement trop d’idées et de pistes, à mon avis. En effet, en 128 pages seulement, on se retrouve avec beaucoup de personnages, beaucoup d’histoires qui pourraient être indépendantes (même s’il y a un fil conducteur général). Ainsi, autour du personnage de Louva, on pourrait imaginer une réflexion de fond sur ce qu’est la sauvagerie, l’animalité, mais aussi, peut-être, la famille, le groupe, le clan, la meute ; autour du personnage de Ronron, la liberté et la différence, la prise d’autonomie ou la dépendance à une autre volonté ; avec Muriel (ou Astrid) et Valentin, on imagine aisément un texte sur le passage à l’âge adulte, la responsabilité, les relations parents-enfants… Du coup, avec cette multiplicité, j’ai eu davantage l’impression de lire des nouvelles plus ou moins reliées (les derniers personnages apparaissent à seulement 7 pages de la fin !). Pour certaines, on aimerait plus de contexte, et/ou avoir un texte qui va plus loin dans la mise en lumière des grands enjeux. Et certaines pistes éventuelles sont clairement totalement écartées : à quoi sert, dans la trame de cette histoire, de dire que la louve est capturée sur une planète, et transportée sur une autre ? Objectivement, à rien. L’histoire se déroulerait exactement de la même façon si elle avait été emmenée à 500 ou 1000 kilomètres de là. Du coup, on a l’impression de partir dans tous les sens et on se perd un peu…

Typiquement, l’un des thèmes abordés est celui des manipulations génétiques (qui est visiblement un sujet qui tient à cœur à l’auteure, puisqu’il figurait déjà, a priori, dans sa première trilogie). Ici, il est finalement survolé : une partie des humains de la planète choisissent, à un moment, de se « rapprocher » de leurs animaux de compagnie. Mais le sujet, dont les implications vont évidemment bien au-delà de savoir si un jour des hommes auront des oreilles triangulaires comme les chats (ce que la chirurgie esthétique rend déjà possible pour quelques-uns), pourrait faire l’objet d’un traitement plus détaillé. On nous signale presque en passant que le sujet devient une véritable opposition, les humains « non transformés » se retrouvent exclus. Je n’ai d’ailleurs pas très bien compris qui faisait quoi, quelles étaient les idéologies en présence, quelle était la nature des oppositions (qui tournent parfois à l’affrontement). Ici, on pourrait d’ailleurs retrouver une réflexion très actuelle sur les oppositions religieuses, qui aurait un vrai sens.

En résumé : ce récit bref se lit facilement. Mais il aborde des sujets dont certains pourraient effectivement, comme l’annonce la quatrième de couverture, être « une réalité à venir ». Or on s’adresse ici à un public jeune, a priori, qui n’ont pas forcément encore de points de repère pour élaborer leur propre réflexion : on reste d’autant plus frustré…

Dernier point, sur le style. Je regrette qu’il n’y ait pas d’uniformité dans le traitement. Dans certains paragraphes, on passe du présent au passé, avec parfois la cohabitation entre passé simple et passé composé. Comme, en plus, les histoires entre-croisées se déroulent elles-mêmes dans des temporalités différentes, il aurait été bien d’éviter ces allers-retours grammaticaux, me semble-t-il.

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