Biographies & autobiographies, Historiques

La princesse de Bakounine

« Au loin se détachent les cimes pointues et dépouillées de l’Epomeo, du mont Rotaro, de l’aiguille de Saint-Nicolas tandis que sur la droite s’ouvre la vallée, jalonnée de maisons entre les vignes et les oliveraies qui descendent vers Lacco Ameno. Par une nuit claire et étoilée, on aperçoit la petite plage, le ressac blanc des vagues et, au milieu de l’eau, « Il Fungo », cet étrange bloc de tuf vert érodé par la mer qui, au fil des siècles, lui a donné une forme de champignon. »

Lorenza Foschini, La princesse de Bakounine, Éditions de la Table Ronde, 2017, p. 88.

Motivations initiales

En voyant ce livre dans le catalogue des Éditions de la Table Ronde, La princesse de Bakounine, j’ai eu envie de le lire, en me disant que j’allais forcément apprendre des choses. Et, clairement, j’en ai appris beaucoup. Merci donc aux Éditions de la Table Ronde de nous l’avoir fait parvenir !

Synopsis

Zoé Soumarokova, issue d’une famille de la haute noblesse russe, épouse, en 1847, le prince Obolenski. Elle passe le plus clair de son temps loin de la cour, dans une propriété à la campagne, et se consacre à l’éducation de leurs cinq enfants, et à sa passion pour la musique, le théâtre et, surtout, pour la lecture. Mais, dans les années 1860, elle saisit le prétexte de la santé fragile de Maria, et part, avec ses enfants, pour l’Italie, à Venise – elle loge quelques mois dans un palais qui appartenait à sa mère -, Florence, Rome, puis à Naples, pour rejoindre enfin l’île d’Ischia, réputée pour ses eaux thermales.

Mais, à Naples, le chemin de la princesse Obolenskaia croise celui de Bakounine. Lui aussi est russe, lui aussi est un descendant d’une famille noble. Son père est un esprit éclairé, qui a toujours entretenu le contact avec les plus grands esprits de son temps. Mais Bakounine est devenu un révolutionnaire, il a été arrêté et envoyé en Sibérie. Mais il est parvenu à s’en échapper, ce qui ajoute à sa légende.

Entre ces deux personnages va se jouer une histoire d’attirance. Elle va consacrer une part de sa fortune à l’entretenir, et il va lui faire découvrir ses convictions, qui semblent répondre à ce qu’elle ressentait sans le formaliser, jusque là. Cette princesse russe devenue révolutionnaire et anarchiste a enflammé les imaginations : Tolstoï s’est clairement inspiré de son histoire pour écrire Anna Karénine, et Henry James en a tiré le personnage principal de La princesse Casamassima.

Avis

> L’avis de T

Avant toute chose, il faut préciser que je ne connaissais pratiquement pas le personnage de Bakounine, avant de lire ce livre, et que je.n’ai lu ni Anna Karénine, ni La princesse Casamassima. Autant dire que j’ai appris énormément de choses en lisant ce livre, et que je vais aller creuser un peu encore l’histoire de ces personnages incroyables. Il s’agit donc déjà d’un énorme point positif.

Pourtant, ce livre m’a laissé un petit peu au bord du chemin. Non pas sur le fond, je viens de dire pourquoi, mais sur la forme. En effet, je pensais lire un roman. Et j’ai en réalité lu une enquête historico-journalistique. Extrêmement précise, documentée et complète. Mais ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais.

Pour être totalement sincère, j’avais imaginé une opposition possible entre une auteure italienne, Lorenza Foschini, qui aurait pu apporter un style enlevé, latin, un peu de folie, de la gouaille, et un sujet très slave, romantique, empreint de mélancolie comme les russes savent en mettre dans tout ce qu’ils font. Mais ce que je n’avais absolument pas anticipé, c’était de me retrouver face à un compte-rendu clinique, froid, au scalpel.

Tout est précis, les références et les citations sont indiscutables, tout ce qui n’est pas avéré est scrupuleusement signalé. On croise de nombreux personnages historiques, Marx, Engels, Netchaïev… Mais, du coup, cela manque de vie, de chair, de tripes, d’humain, en fait. La forme du livre elle-même le signale : il n’y a pratiquement pas de dialogues.

Mon impression – mais je suis peut être totalement dans l’erreur -, c’est que Lorenza Foschini a eu peur de ne pas rendre hommage à ces deux personnages auxquels, visiblement, elle s’est profondément attachée. Cela me donne l’impression qu’elle a tellement de respect pour eux qu’elle n’a pas osé leur prêter ses propres mots – j’ai même été choqué, par moment, qu’elle continue à appeler son personnage principal « Mme Obolenskaia » ! C’est d’ailleurs au moment où elle raconte, dans le dernier chapitre du livre, son émotion devant la tombe de Zoé Obolenskaia, au cimetière de Menton, que l’on ressent le plus intensément à quel point elle a mis d’elle-même dans cette enquête.

Au final, je recommande ce livre à celles et ceux qui s’intéressent à ces deux personnages, d’un point de vue historique. Mais n’en attendez pas un souffle épique. Ce n’est pas romancé !

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