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Chien

Dans un article précédent, nous nous étions intéressés à l’image et la place du loup dans la littérature. Place, aujourd’hui, à son cousin domestiqué, le chien. Première espèce animale domestiquée, au paléolithique, dans le but d’en faire un allié à la chasse, le chien est désormais considéré comme « le meilleur ami de l’homme ». La génétique ne faisant pas tout, on sait aujourd’hui que la lignée des loups et celle des chiens se sont séparées il y a environ 100 000 ans, mais les premiers restes de canidés ne remontent, au mieux, qu’à 33 000 ans, voire même, d’après un article de Morgane Kergoat paru en 2015 dans Sciences & Avenir, à 12 000 ans. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le chien a accompagné la sédentarisation de l’homme et a occupé, de plus en plus, une fonction d’auxiliaire de celui-ci dans ses tâches quotidiennes.

Cette place privilégiée auprès des humains lui assure, de fait, une place importante dans les mythes et les légendes. Qu’il ait une ou plusieurs têtes, qu’il crache ou non du feu, il est, dans de nombreuses cultures comme un animal psychopompe, c’est à dire qu’il guide l’homme dans la mort. Par extension, il est censé, parfois, dévorer la lune et le soleil, marquant ainsi son rôle de passeur, entre le jour et la nuit, la vie et la mort.

On retrouve, d’ailleurs, cette image dans de nombreuses cultures, comme chez les Égyptiens, chez lesquels Anubis, dieu des morts, est représenté avec une tête de chacal ou de chien, chez les Grecs, avec notamment Cerbère, gardien des enfers représenté comme un chien à trois têtes. On retrouve une image du même ordre dans la mythologie nordique, avec Garm, chien monstrueux qui garde l’entrée du Niflheim. Chez les Bantous, le chien étant le messager qui transmet au sorcier en transe les paroles des morts. Chez les Mexicains, Xolotl est un chien jaune qui protège le soleil dans son voyage sous la terre pendant la nuit.

On trouve également des mythologies dans lesquelles le chien incarne la bravoure et le courage, comme chez les Celtes : on peut penser, dans ce registre, au héros irlandais Cúchulainn (chien de Culann), qui, a cinq ans, parce que son arrivée n’a pas été annoncée, n’a d’autre choix que de tuer le chien de guerre du forgeron Culann. Conscient de la perte qu’il a infligée, Cúchulainn propose de prendre la place du chien tant qu’un remplaçant n’a pas été entraîné.

Enfin, le chien est parfois présenté comme incarnant la fidélité, la serviabilité, comme chez les Chinois : cela lui vaut d’être l’un des douze animaux dans le zodiaque. Dans l’iconographie chrétienne, le chien accompagne souvent les saints : Saint Hubert, ainsi que Saint Julien l’hospitalier sont représentés avec un chien de chasse ; Saint Wendelin avec un chien de berger. Dans les peintures d’inspiration dominicaine, le chien protège les brebis des loups, figurant respectivement les fidèles et les hérétiques.

Dans d’autres cultures, cependant, le chien a une image plus négative, parfois liée aux événements historiques. Au Moyen Âge, alors que le chien est considéré comme le compagnon du combattant chrétien, hébreux et musulmans méprisent les chiens – souvent errants. Être traité de « chien » est une des pires insultes possibles – on retrouve cela dans l’insulte « chien d’infidèle ». Au Japon également, sous l’ère Meiji, alors que les chiens de races britanniques étaient considérés comme « civilisés », les races indigènes étaient poursuivies et tuées par la police. L’un des effets positifs de la montée du nationalisme japonais au début du XXe siècle est que les races indigènes, considérées comme l’emblème de la résistance à l’étranger, pour que la situation ne s’inverse !

De tout cela, il reste, entre autre, une présence non négligeable du chien dans les proverbes et expressions populaires : « un temps de chien », « entre chien et loup », « traiter quelqu’un comme un chien »…

En alchimie, l’avant-dernière étape du grand-oeuvre consiste en la purification de l’or par l’antimoine, représentée par un chien dévoré par un loup. La proximité des deux animaux symbolise une sorte de d’auto-purification, par la dévoration et le sacrifice, permettant seule d’accéder à la connaissance ultime.

Enfin, et bien que les explications que nous en trouvons n’en soient pas totalement limpides (!), plusieurs mythologies évoquent des « jours du chien », que nous connaissons nous sous l’appellation de canicule… dont l’étymologie vient de canis, le chien ! Si vous disposez d’une explication de cette appellation, n’hésitez pas !

Notons, avant de passer aux chiens de nos lectures, qu’un colloque a été consacré, à Braga, à un thème proche : « Chien et imaginaire. Littérature, cinéma, bande dessinée », qui signalait notamment, dans son appel à communications, que « De Laika, la première chienne mise en orbite autour de la Terre, à Lassie, la première chienne à intégrer une série télévisée, toutes deux dans les années 50 du XXe siècle, on compte beaucoup de représentations de canidés dans les domaines de la création littéraire, de la réalisation cinématographique et du récit graphique. Rappelons, à cet égard,  le cocker spaniel Flush (1933) de Virginia Woolf et sa vision de Londres, Mr. Bones,  le chien bâtard de Tombouctou de Paul Auster (1999), Rambo, le pitbull de Myra de Maria Velho da Costa, les nombreux chiens de Saramago ou le Chien blanc de Romain Gary, adapté au cinéma par Samuel Fuller en 1982; Milou, le fidèle compagnon de Tintin, Idéfix, le chien d’Obélix, Rantanplan, “le chien le plus stupide de l’ouest” ou, de l’autre côté de l’Atlantique, Goofy Goof, le compagnon de Mickey, et Snoopy, chien philosophe, avec son inséparable ami Charlie Brown; autant d’exemples qui ont alimenté l’imaginaire canin de plusieurs générations. Le chiot de Charlie Chaplin dans Une vie de chien, Les 101 Dalmatiens de Disney et sa version cinématographique, de même que  Hatchi (2009) de Lasse Hallström, Max (2015) de Boaz Yakin ou le documentaire  Heart of a Dog (2015) de Laurie Anderson,  exemplifient quelques-unes des plus récentes représentations filmiques, auxquelles l’on pourrait certainement rajouter la présence du chien dans le domaine des jeux vidéo ou des séries télévisées. »

Le chien dans nos lectures

Bon, les chiens ne manquent pas dans la littérature jeunesse : dans Le club des cinq, dans Le clan des sept (d’Enid Blyton), et dans Les six compagnons (de Paul-Jacques Bonzon), on retrouve à chaque fois… un chien : Dagobert, Moustique et Kafi, pour les puristes et/ou les plus de 20 ans… Mais également dans Belle et Sébastien, et, naturellement, l’inénarrable Lassie, chien fidèle !

Dans les « classiques », Croc-Blanc, L’appel de la forêt, de Jack London, mettent en scène Croc-BLanc, d’une part, et Buck. Dans les encore plus classiques, il y a Massacre, le chien d’Une vie, de Maupassant, mais avouons honnêtement que, sans le web, nous ne nous en serions pas forcément souvenu… Et c’est sans compter Jules Verne, Hector Malot, James Oliver Curwood, Charles Dickens, Conan Doyle, Walter Scott, Terry Pratchett, et, naturellement, Stephen King, avec Cujo !

On pense naturellement à Harry Potter, et aux quatre chiens qui émaillent ses aventures : Crockdur, le chien de Hagrid ; Touffu, le chien à trois têtes qui garde l’accès à la pierre philosophale dans le premier tome ; le Sinistros, le chien noir, synonyme de mort, d’après la professeure de divination, et, last but not least, Patmol !

La bande dessinée n’est pas en reste, avec Milou, Rantanplan, Idéfix, Cubitus, Bill, Pluto et Pif. Mention spéciale pour Muff, dans Thorgal. Pourquoi ? Euh, ben, parce que, Thorgal, quand même !

Rox et Rouky, La Belle et le clochard, Les 101 dalmatiens, les Aristochats, La petite sirène, où figurent systématiquement un chien (au moins) soulignent le fait que la « dog attitude » n’est pas uniquement valable de notre côté de l’Atlantique.

Enfin, les séries télévisées parmi les plus célèbres comptent également nombre de chiens. Columbo, Magnum, La petite maison dans la prairie, Les têtes brûlées, Pour l’amour du risque, Lost, pour n’en citer que quelques unes, accueillent toutes un personnage à quatre pattes !

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