Aventures, Bandes dessinées, Westerns

La venin – T.1 Déluge de feu

« Hmph… Je n’arrive pas à croire qu’une fille seule ait pu faire ça. Elle devait avoir des complices. Peut-être y en a-t-il encore ici… »

Laurent Astier, La venin – T.1 Déluge de feu, Rue de Sèvres, Paris, 2019, p. 36.

Motivations initiales

La couverture très colorée de cette BD a attiré mon œil depuis un bon moment… Mais comme je n’ai guère le temps de lire depuis quelques mois – merci la préparation de l’agrégation d’histoire qui en plus de mettre fin à ta vie sociale te coupe également de ton plaisir ultime, lire… -. Bref, un jour pas comme un autre, j’ai dégainé ma carte bleue à la FNAC et j’ai craqué !

Synopsis

Juillet 1885. La Nouvelle Orléans. Du haut d’un escalier, la jeune Emily observe  sa mère, prostituée, avec ses clients. Suite à une dispute entre elle et sa mère, Emily prend la décision de s’enfuir du bordel.

Juillet 1900. Colorado. 15 ans plus tard. Dans le petit bourg de Silver Creek, une splendide jeune femme descend du train. Ne connaissant pas l’endroit, la demoiselle demande où se trouve la demeure de Benjamin Cartridge, qu’elle doit épouser. On lui apprend que l’homme vient d’être mis en terre. En larmes, Emily se demande comment elle va survivre dans cette ville. Le patron du saloon lui propose de vendre ses charmes, elle accepte. Emily déballe ses affaires, mais pourquoi dispose-t-elle dans sa valise d’un arsenal d’armes ? Pourquoi attend-elle avec impatience l’arrivée du sénateur du Colorado dans le bourg ?

Avis

> L’avis de C

Quand vous avez Duke et Undertaker dans vos références, vous avez à la fois très envie de découvrir de nouvelles bandes-dessinées dans une ambiance western, et à la fois vous avez peur d’être déçu. C’est sans doute ce qui a fait que j’ai attendu un moment avant de me procurer ce premier tome…

Mais ce premier tome est littéralement explosif ! Franchement, l’auteur nous embarque dans un tourbillon tout au long de l’album, il n’y a aucun temps mort ! C’est haletant ! Je pense que ce côté explosif du premier tome est dû au caractère bien trempé, déterminé et un peu tête brûlée de l’héroïne… Ou bien est-ce à cause des planches vives et très colorées que le rythme nous paraît très soutenu ?

Laurent Astier nous embarque vraiment dans un western très réaliste qui sent bon la poudre, les chevaux, l’alcool et le sang… Il nous dépeint la complexité de cette société américaine du début du XXe siècle : les américains commencent à composer avec les indiens. Ceux-ci ne sont pas les « sauvages » que l’on a souvent décrit, mais des hommes à qui l’on a pris des territoires… Emily se fond parfaitement dans cette société dans laquelle les hommes, parfois lâches et souvent opportunistes, ne se caractérisent pas par leur côté tendre…

On referme ce premier tome sans connaître toutes les raisons et les buts d’Emily mais on a vraiment hâte de la retrouver dans un second tome…

Bref, vous l’aurez compris, c’est une très belle découverte et j’attends la suite avec impatience… Sans nul doute, La venin fait désormais partie de mes BD fétiches, aux côtés de Duke et Undertaker !

> L’avis de T

Le western fait vraiment son grand retour, depuis quelques années. Et, initialement, j’observais cela avec un peu de recul, parce que, si l’on y réfléchit quelques instants, le western, c’est quoi ? On peut résumer en trois mots : liberté, propriété, violence. Car, oui, la mythique conquête de l’Ouest peut se réduire à cela : des hommes, qui ne trouvent plus leur place – ou qui ne l’ont jamais trouvée – dans les villes de l’Est des États-Unis se lancent dans un improbable périple, pour aller conquérir de haute lutte un lopin de terre, dans l’espoir d’une vie meilleure. Et, franchement, tout cela est assez éloigné du monde idéal auquel j’aspire…

Qu’importe en effet si, au passage, certains en profitent pour laisser s’exprimer leurs plus bas instincts ; tant pis si, dans cette histoire « épique », les femmes sont soit cantonnées à la maison, soit serveuses au saloon, quand elles ne doivent pas se plier aux désirs exacerbés des hommes ; car, malgré la revendication de liberté, les micro-sociétés qui se mettent en place se caractérisent bien souvent par l’étroitesse de vue et l’intolérance : la différence n’est pas bien portée au Far West, comme l’illustre la quasi-absence de cowboys noirs – contrairement à la réalité historique – dans les westerns, ou la difficulté à être homosexuel, mise en avant dans Le secret de Brokeback Moutain.

Tout est détestable, en réalité, dans cet Ouest qui a pourtant été monté en épingle pour créer le « roman national » des États-Unis. Et même si ce n’est pas le sujet, comment ne pas penser que cela se retrouve aujourd’hui dans ce pays que nous ne comprenons plus, qui s’est choisi un leader qui, probablement, se rêve shériff tout puissant dans un saloon…

Heureusement, certains êtres humains d’exception parviennent, en s’arc-boutant à la notion d’honneur, permettent à l’ensemble de rester à peu près à flot. C’est ce que l’on apprécie dans la série Undertaker, ou chez Duke ou Sykes, pour évoquer les séries en cours chez Ô Grimoire.

Bref, La Venin nous emmène dans ce microcosme. Et l’on commence en effet avec tous les stéréotypes du genre. La faible femme qui débarque à Silver Creek se retrouve immédiatement démunie, lorsqu’elle découvre que celui qu’elle venait épousé est mort. Elle n’a même plus de quoi repartir d’où elle vient. Fatalité ? En réalité non, et c’est toute l’intelligence de ce scénario. Car, rapidement, on comprend qu’Emily – qui est évidemment la petite fille qui, quinze ans plus tôt, observait la vie de prostituée de sa mère, et cherchait déjà des réponses dans les livres – n’est pas la victime expiatoire que l’on pourrait imaginer. La citation choisie pour illustrer cet album est d’ailleurs, en la matière, particulièrement cocasse : les enquêteurs chargés d’élucider le meurtre du sénateur du Colorado, lorsqu’une femme semble y être impliquée, ne peut pas être de son seul fait : elle a forcément des complices !

L’intelligence, l’éducation, peuvent-elles faire face à la force brutale ?

On ne découvre que progressivement – et, dans ce tome 1, encore très incomplètement – les motivations profondes de l’héroïne, mais l’on sait déjà que le scénario ne manque pas de profondeur. Les personnages sont complexes comme on l’aime. Tout est donc réuni pour attendre avec impatience la suite des aventures d’Emily… Ne nous laissez pas trop longtemps en apnée, de grâce, Monsieur Laurent Astier !

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2 réflexions au sujet de “La venin – T.1 Déluge de feu”

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