Bandes dessinées, Espionnage, Policiers

Les Fronts renversés – T. 1

Chronique de Les Fronts renversés – T. 1, de Marek Corbel et Cyrille Launais.

« – Quelle est votre idée alors inspecteur ?

– On ne s’est pas intéressé aux nouveaux sympathisants de la cause bretonne. Une autre génération. J’espère que vous aurez plus de chance que moi pour convaincre le divisionnaire Gonthier. »

Marek Corbel et Cyrille Launais, Les Fronts renversés – T. 1, YIL éditions, 2021, p. 34.

Motivations initiales

Voilà quelques mois, Marek Corbel nous avait contacté, en nous disant avoir apprécié certaines de nos chroniques sur des fictions historiques, et nous proposant de découvrir cette bande dessinée à paraître. La Bretagne, l’Algérie, le programme paraissait alléchant… Et nous avons donc reçu ce premier tome la semaine dernière !

Synopsis

1955, Algérie. Serge Derain, ancien agent des services gaullistes auprès de Jacques Soustelle, est devenu inspecteur. Promis à une belle carrière, il se voit confier une mission en Kabylie, consistant à déstabiliser le FLN dont la montée en puissance inquiète. Malheureusement, l’opération K (également appelée « de l’oiseau bleu ») est un échec retentissant. Il faut bien un coupable : Serge Derain est tout désigné.

1968, Rennes. La France sort à peine des événements de mai. Désormais commissaire, mais tenu à l’écart par sa hiérarchie, Serge Derain est envoyé à Rennes pour traquer les membres du Front de libération de la Bretagne, auteurs de nombreux attentats.

1977, Paris. En retraite, Serge Derain est convoqué par Geneniève Coscas, avocate spécialiste de la défense des poseurs de bombes du FLN.

Quels sont donc les liens qui relient ces fils, comment prennent-ils part à la trame plus large de l’Histoire ? C’est à cette enquête que nous invite cette série…

Avis

Il faut, avant tout, préciser que cette série présente, d’un strict point de vue historique, un intérêt tout particulier, revenant sur une période proche mais sur laquelle nous – je ne crains pas de généraliser – ne savons, pour la plupart, pas grand-chose, en réalité. La guerre d’Algérie est probablement l’un des derniers – le dernier ? – traumatismes qui ont touchés aussi largement la société française. Cela suffit-il à expliquer pourquoi cet épisode demeure aussi peu médiatisé, connu, enseigné ? Toujours est-il que, même si certains noms nous sont familiers – Jacques Soustelle, Krim Belkacem -, beaucoup m’étaient inconnus – Messali Hadj, Amirouche Aït Hamouda -.

La structure même du récit, qui tresse les trois fils historiques, fait qu’il faut, au démarrage, un petit peu de concentration. La mise en place du décor historique n’est en effet pas trivial, puisque, justement, on s’attaque à un sujet qui n’est pas maîtrisé par tous…

En revanche, j’ai rapidement adhéré au personnage de Serge Derain. Inflexible, parfois cassant, taiseux, on perçois assez rapidement une blessure, que l’on devine et découvre au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire.

Les auteurs parviennent également bien à rendre l’atmosphère des différentes époques et ambiances. En Algérie, les « colons » et les militaires sont pour la plupart hautains, dédaigneux, racistes, sexistes. Pas très reluisant ! En 1968, à Paris, j’ai eu l’impression de percevoir un tout autre climat, encore très marqué par le contrôle de l’information entre les mains du pouvoir, par une vision très « descendante » de la société, avec un centralisme parisien très marqué – mais qui commence à être remis en cause en province -. Et puis j’ai trouvé très réussi le « clin d’œil » de 1977, avec un chauffeur de taxi typiquement parisien – il râle, mais sans discontinuer ! -, qui se plaint des travaux du Trou des Halles, de la modernité du Centre Pompidou…

Sans spoiler, et sans avoir encore toutes les clés, puisque ce tome se termine par « à suivre », je trouve aussi particulièrement intéressante la mise en lumière – fictionnelle et romancée, l’avertissement le spécifie clairement – de la façon dont, lorsqu’il s’agit d’enquêter sur le Front de la libération de la Bretagne, alors que les politiques exigent des réponses rapides, on commence par se concentrer sur des pistes « faciles », connues. Quitte à ce que cela ne soit pas crédible, mais tant pis.

Si je devais donner un seul bémol, ce serait sur les dessins. J’ai eu un peu de mal à reconnaître certains personnages, et ce n’est pas exactement mon style de prédilection. En revanche, les jeux de couleurs, eux, sont réussis : ils marquent efficacement les changements de temporalité, et, ça, c’est vraiment appréciable !

J’ai découvert beaucoup de choses dans ce premier tome ; désormais, j’ai hâte de savoir, notamment, ce que Geneniève Coscas a reçu pour Serge Derain, et comment cela permettra d’avancer vers l’imbrication des différentes lignes historiques… Mais… À suivre !

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