Chronique de Seule en sa demeure, de Cécile Coulon.
« En elle, deux émotions la tinrent éveillée toute la nuit : le soulagement d’avoir pour elle un lieu qu’elle occuperait seule, et la détresse de ne pas avoir envie d’être prise par cet homme, ni par aucun autre, et de devoir, bientôt, souffrir sous l’amour qu’il faudrait bien accomplir, sans désir et sans feu. »
Cécile Coulon, Seule en sa demeure, L’Iconoclaste, 2024, p. 71.
Motivations initiales
En transit dans une gare, j’avais du temps à tuer, alors la Fnac a été ma meilleure alliée ! Bref, sans trop savoir pourquoi, j’ai jeté mon dévolu sur ce roman.
Synopsis
Aimée vient d’avoir dix-huit ans et il est temps pour elle de se marier. Tout va très vite, la rencontre avec cet homme au charme froid dont elle ignore quasiment tout, le mariage à l’église, le départ du cocon familial et sa nouvelle vie de femme mariée dans un coin isolée du Jura.
Très vite, elle se sent oppressée dans la demeure de son mari, elle n’arrive pas à se faire au lieu et surtout aux silences auxquels elle se heurte… Elle veut savoir ce qui se cache comme secrets, ce que les murs de cette bâtisse ont entendu. À force d’insister, elle découvre que son mari a été marié précédemment mais que sa jeune épouse est morte peu de temps après la noce. Aimée ne se sent pas à l’aise avec le fils d’Henria, la servante. Pourquoi a-t-il eu la langue coupé ?
Secrets, non-dits, désirs inavoués… L’existence si banale et si calme d’Aimée risque de prendre une tournure inattendue.
Avis
Quand j’ai commencé cet ouvrage, j’étais en panne de lecture. Je connaissais de nom l’auteure et je savais qu’elle était considérée comme une enfant prodige de la littérature – la dame a écrit son premier roman à l’âge de seize ans…
Seule en sa demeure est un véritable conte forestier, un conte noir. Ici, tout devient très vite sombre, menaçant, glaçant et on est bien loin du classique « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » ! Dès les premières pages, le décor est campé, on se retrouve plongés dans la société du XIXe siècle. Cécile Coulon offre ici à son lectorat une vision de cette société corsetée dans de vieilles croyances et coutumes. La femme attend sagement son mari à la maison et son rôle principal est d’enfanter.
Ce qui est drôle, c’est que sous ses aspects très puritains, il s’agit en réalité une histoire très charnelle, puisque l’auteure s’attèle à narrer le difficile apprentissage du devoir conjugal, les émois interdits de deux mains qui se frôlent. Avec une écriture gracieuse et sensuelle, l’auteure donne à ce conte forestier des allures de romance qui font vibrer notre cœur.
Le lecteur va de surprise en surprise. Moi qui croyait avoir affaire à une histoire simplette, à la moitié du livre tout se complique… Adieu la romance, bonjour le polar aux allures psychologiques ! C’est addictif, la recette de Cécile Coulon marche parfaitement et il est impossible de quitter ses personnages et ce Jura si sombre.
Ça se déguste lentement autant que ça se dévore avidement. C’est beau autant que c’est sombre. Vous l’aurez compris, on a affaire à une démonstration de la part de l’auteure et on en prend plein les yeux !
À lire d’urgence !
Pour en savoir plus
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