Chronique de Dolores Claiborne, de Stephen King.
« Être mariée à Joe… oh, merde ! Un mariage, ça ressemble à quoi ? Je crois qu’ils sont tous différents, mais y en a pas un qui est ce qu’on croit qu’il est du dehors, je peux vous le dire. Ce que les gens voient d’une vie de couple et ce qui se passe vraiment, ça a qu’un lointain rapport. Parfois c’est horrible, et parfois c’est drôle, mais en général, c’est comme tout le reste dans la vie : les deux à la fois. »
Stephen King, Dolores Claiborne, Le Livre de Poche, 2025, p. 80.
Motivations initiales
Je n’avais jamais lu Stephen King. Parce que, pour moi, Stephen King, c’était Carrie, Ça, Christine ou Shining… et ce n’est pas le style de livres que j’apprécie. J’avais donc rangé King dans la pile des auteurs qui n’étaient pas pour moi. Il a fallu que notre libraire prenne le temps de me parler de Dolores Claiborne pour que je finisse par accepter l’idée de revenir sur ce préjugé…
Synopsis
Vera Donovan, femme riche et sénile, est morte, et les soupçons se tournent assez naturellement sur sa gouvernante, Dolores Claiborne. D’autant plus que, voilà trente ans, le mari de cette dernière, Joe, est mort également, après avoir chuté dans un puits, et que, déjà, elle avait été soupçonné, sans que rien ne soit jamais établi avec certitude.
Mais Dolores Claiborne n’a pas l’intention de se laisser accuser sans broncher. Et la voilà qui débarque un soir au bureau du shérif. Elle a décidé de tout leur dire, et elle sait qu’ils vont en avoir pour leur argent… mais c’est sa vérité qu’elle veut raconter. Vu son âge, et vu son passé, le reste, elle s’en fiche. C’est d’ailleurs l’une des premières choses qu’elle leur dit :
« Mais y a quand même une chose dont je me fous pas, et c’est pour ça que je suis venue vous trouver de moi-même. J’ai pas tué cette vieille garce de Vera Donovan, et vous pouvez penser ce que vous voulez, j’ai bien l’intention que vous me croirez. Je l’ai pas fait dégringoler dans cette saloperie d’escalier. Si vous voulez me boucler pour l’autre, d’accord, parfait, mais j’ai pas une goutte du sang de cette garce sur les mains. Et je pense que tu le croiras quand j’aurai fini, Andy. » (page 14)
Ce livre, c’est le témoignage de Dolores Claiborne, dans lequel elle reconnaît avoir tué son mari, trente ans plus tôt, mais affirme son innocence quant à la mort de Vera Donovan.
Avis
Au départ, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre avec ce livre, relativement bref (350 pages, quand même, mais ça reste raisonnable), qui est en fait, pour l’essentiel, un long monologue – les trois policiers face à Dolores sont principalement là pour jouer les utilités – aller chercher le whisky quand elle décide de faire une pause bien méritée dans son récit, changer les cassettes de l’enregistrement… -.
Très rapidement, Stephen King pose son personnage. En quelques pages seulement, on « voit » cette vieille femme dure, acerbe, cassante. Et l’on rit de sa façon unique de regarder le monde qui l’entoure avec dérision.
Il faut plus longtemps pour comprendre que la dérision, c’est la façon dont Dolores Claiborne a appris – elle n’a pas eu le choix – à survivre à la violence, à l’absence d’amour et de tendresse, à la brutalité des hommes, à la rudesse de la vie sur l’île. En réalité, son ironie, c’est sa façon de tolérer la vie.
Rien ne lui a été épargné. Après avoir vu son père battre sa mère, elle s’est retrouvée dans la même configuration : Joe, dès qu’il avait un coup dans le nez, devenait brutal. Une fois, elle a réagi, menaçant de le tuer. Malheureusement, c’était sous les yeux de leur fille, Selena, laquelle se fait alors retourner l’esprit par son père : pour se venger de Dolores, Joe l’attaque là où cela fait mal, avec leurs enfants. Mais, tout cela, elle le supporte. Jusqu’au jour où elle découvre que Joe s’en est pris à Selena, l’agressant sexuellement. Ce qu’elle a toléré quand cela la concernait elle, elle ne peut pas le tolérer pour sa fille. Dès lors, la décision est prise : elle va tuer Joe… ce qu’elle fera avec la complicité involontaire – ou pas ? – de Vera Donovan…
Je n’avais jamais lu un livre comme celui-ci. Et je comprends ce que disait la libraire lorsqu’elle m’indiquait que c’était peut-être la plus belle voix de femme de la littérature. Et, en effet, c’est peut-être bien la plus belle, mais aussi l’une des plus grinçantes, et les plus tristes.
Ce livre, je l’ai lu voilà quelques semaines maintenant. Mais Dolores est encore là. Cette lecture laisse des traces, et ça tombe bien, c’est précisément à cela que la lecture sert…
Pour en savoir plus
Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.
