Thrillers

Je ne suis pas d’ici

Chronique de Je ne suis pas d’ici, Nathalie Lecigne.

« Cet endroit est pire que l’enfer. C’est un gouffre sans fond où règne une terreur digne d’un film d’épouvante. Jamais il n’aurait cru que cela puisse exister. Une telle misère, une telle folie. »

Nathalie Lecigne, Je ne suis pas d’ici, L’oiseau noir, 2025, p. 34.

Motivations initiales

J’ai découvert Nathalie Lecigne avec son deuxième roman. Lorsque je l’ai rencontrée au festival Psy’Polar, j’ai eu très envie de savoir quelle histoire tortueuse son esprit brillant avait imaginée pour son entrée en littérature. Évidemment, je n’ai pas résisté longtemps avant de me précipiter sur ce premier roman !

Synopsis

Depuis l’enlèvement de Pauline, deux ans plus tôt, François ne vit plus vraiment. Déterminé à retrouver sa fille, il refuse pourtant de considérer sa disparition comme une affaire classée. Lorsqu’il apprend que ses propres parents lui ont caché un élément susceptible de relancer les recherches, l’espoir renaît — accompagné d’une question insoutenable : Pauline peut-elle encore être sauvée ?

Ailleurs, Marie, huit ans, grandit dans une ferme isolée qui n’a jamais été son foyer. Sous l’autorité violente de Georges, elle travaille, obéit et rêve d’évasion, sans savoir ce qui pourrait l’attendre au-delà de ces terres. Un jour, alors qu’elle rassemble enfin le courage nécessaire pour partir, elle découvre dans la cave un autre enfant, prisonnier et terrorisé.

Cette rencontre lui révèle que les sévices qu’elle subit ne constituent qu’une partie de l’horreur dissimulée dans la ferme. Désormais, fuir ne suffit plus : Marie doit trouver comment survivre et, peut-être, sauver quelqu’un d’autre avec elle.

Avis

Dès son premier roman, Nathalie Lecigne montre qu’elle sait exactement comment enfermer ses lecteurs dans une histoire et ne plus les laisser respirer.

Je ne suis pas d’ici alterne entre François, père brisé qui s’accroche au moindre espoir de retrouver Pauline, et Marie, enfant prise au piège d’un quotidien d’une violence effroyable. Deux2uHi7es histoires avancent d’abord séparément, mais une même urgence les traverse : retrouver une enfant pour l’un, échapper à ses bourreaux pour l’autre.

Les chapitres consacrés à Marie sont particulièrement éprouvants. La violence ne vient pas seulement des actes commis contre elle, mais aussi de tout ce qu’une enfant aussi jeune a dû apprendre à accepter pour rester en vie. Parce que la menace concerne des enfants, chaque scène devient plus difficile à supporter et l’on poursuit sa lecture avec cette sensation permanente qu’une nouvelle atrocité peut surgir à tout moment.

L’écriture participe énormément à cette tension. Les phrases brèves et le rythme presque heurté donnent parfois l’impression d’avancer au même pas que les personnages : dans la peur, l’urgence et l’incertitude. La plume de Nathalie Lecigne est directe et très visuelle. Elle ne cherche pas à embellir ce qu’elle raconte, mais à nous placer face à une réalité dérangeante, sans nous offrir beaucoup d’espace pour reprendre notre souffle.

L’autrice accorde également une véritable attention à la psychologie. Certains personnages suscitent immédiatement l’attachement et l’envie de les protéger ; d’autres provoquent un rejet absolu. Mais aucun ne semble avoir été placé là simplement pour remplir une fonction. Leurs choix, leurs silences et leurs réactions alimentent une intrigue construite avec beaucoup de précision.

Ce roman interroge surtout ce qui permet à la violence de se maintenir : la peur, l’isolement, le contrôle, mais aussi les secrets gardés par ceux qui auraient pu parler. Le mal n’y apparaît pas comme une idée abstraite. Il prend racine dans des comportements très humains, ce qui rend l’ensemble encore plus inquiétant.

Quant au dénouement… Nathalie Lecigne m’a complètement menée là où elle le voulait. Sur le moment, j’ai été frustrée — et je ne peux évidemment pas vous expliquer pourquoi sans tout gâcher. Mais une fois le livre refermé et les dernières révélations digérées, j’ai dû reconnaître l’intelligence du choix. Les deux derniers chapitres obligent à reconsidérer ce que l’on vient de lire et donnent au roman une conclusion particulièrement marquante. Un véritable coup de maître !

Je ne suis pas d’ici est donc un thriller sombre et difficile, qui malmène autant ses personnages que ses lecteurs. Une lecture oppressante, portée par une écriture percutante et un final dont je me souviendrai longtemps. Nathalie Lecigne possédait déjà, dès ce premier texte, tout ce que j’avais aimé dans le suivant. Une autrice à suivre de très près !

Un dénouement vous a-t-il déjà frustrés sur le moment avant de vous paraître brillant avec un peu de recul ?

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