Bandes dessinées

Sucre noir

Chronique de Sucre noir, de Virginie Ollagnier et Ricard Efa.

« – Quatre ans ? Le bel âge du rhum. Encore un peu de jeunesse mais déjà beaucoup de sagesse.

– Vous avez raison. Ici, c’est Serena qui travaille les arômes. Vous verrez, celui-ci commence sur une pointe de vanille puis ouvre sur de la banane séchée au moka pour finir… »

Virginie Ollagnier et Ricard Efa, Sucre noir, Les Éditions du Lombard, 2026, p. 56.

Motivations initiales

Les Éditions du Lombard nous ont adressé cet album, dont la belle couverture violet te feu attire immédiatement le regard. N’ayant pas lu Sucre noir, de Miguel Bonnefoy, qui a inspiré cette version en bande dessinée, nous ne savions pas à quoi nous attendre…

Synopsis

Chaque lieu, chaque région, a ses légendes. Dans le petit village des Caraïbes où les auteurs nous convient, elle évoque le trésor disparu du capitaine Henry Morgan, célèbre corsaire venu du pays de Galles. Et la coutume veut que, lorsque l’on prépare un poulet, on place dans une assiette la tête et les pattes, « pour les pirates », qui seraient restés dans les arbres pour surveiller le butin… Et, parce qu’e les pirates’ils ont contribué à forger l’histoire du pays – le Venezuela -, un dicton invite à ne pas faire de trop grands rêves, qui pourraient attirer les pirates…

Serena a 16 ans, elle est assez grande pour ne plus croire à cette histoire, mais depuis toute petite, elle dépose l’assiette sur le rebord de la fenêtre. Mais ses rêves, elle décide de les écrire et de les envoyer à la radio locale, qui récolte des annonces. Ce qu’elle veut, Serena, c’est qu’un jeune homme beau et doux vienne pour l’emmener loin de la plantation tenue par ses parents. Mais elle a beau envoyer lettre après lettre, jamais son annonce n’est diffusée…

Jusqu’au jour où, finalement, cela se produit. Mais en fait de jeune homme beau et doux, c’est Severo Bracamonte qui arrive de la ville, de Caracas. Mais il ne vient pas pour emmener Serena, il vient pour trouver le trésor. La déception de la jeune fille est immense, et il faut du temps pour que Severo, qui a appris à travailler la terre dans l’intervalle, trouve enfin son trésor, qui n’est autre que le cœur de Serena.

À la mort des parents de Serena, ils se marient, reprennent l’exploitation et la développent. Mais ils ne parviennent pas à avoir d’enfant, jusqu’au jour où le chien de la maison trouve, dans la savane en feu, un bébé. Une petite fille. Eva. Eva Fuego…

Avis

J’avoue que je n’ai, dans un premier temps, pas réellement apprécié les dessins, et, en particulier, la façon dont les visages sont représentés, très simples, très lisses, presque sans expression. En revanche, les couleurs, dans des tons plutôt sépias, orangées, ocres, jaunes, sont elles très réussies. Et puis, au fur et à mesure que je progressais dans cette saga familiale, j’ai commencé à m’y accoutumer.

On suit cette famille, installée sur cette plantation, et qui va se développer pour finalement dominer le marché de la production de rhum, sous l’impulsion, d’abord, de Severo, le jeune homme venu de Caracas, attiré par la légende du trésor de Henry Morgan, puis surtout d’Eva Fuego, la fillette adoptée après avoir échappé aux flammes. À chaque génération, un chasseur de trésor fait irruption, et vient apporter cette « perturbation du destin » qui réoriente l’histoire. Et, à la limite du champ de vision qui est le nôtre, une pièce condamnée et interdite de la maison.

Eva Fuego est une femme de tête, décidée, fière, qui ne laisse aucun obstacle se dresser sur son chemin. Marquée par les flammes lorsqu’elle a été découverte, elle a le tempérament de ce feu qui dévore tout sur son passage. Devenue une personnalité locale, elle en arrive à posséder pratiquement toutes les terres de la région, et tout le microcosme économique du lieu gravite autour d’elle : le directeur local de la Shell, consuls, ambassadeurs, tous se pressent aux soirées organisées sur la plantation. Mais à être intraitable, on se fait bien des ennemis…

En filigrane, cet album – et le livre de Miguel Bonnefoy, j’imagine – nous raconte cette fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle où les européens accaparent les ressources partout où ils s’installent, au travers d’une femme puissante mais qui doit s’imposer pour que l’on ne la renvoie pas à des activités plus féminines. Et ce trésor des pirates, finalement, à un prix… particulièrement élevé.

Une histoire douce-amère, avec une pointe de vanille en entrée, et une note de moka en fin de bouche…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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