Chronique de Metal Slinger – T1. Le Tisseur de métal, de Rachel Schneider.
« Notre arrivée prochaine à Alaha n’augure déjà rien de bon pour nous ; inutile de rallonger la liste de nos transgressions. Vol. Incitation à la révolte. Trahison. Là sont tous les chefs d’accusation que Ragerac, ivre de rage, nous a crachés à la figure. Kai a été épargné, sans surprise. Il est le seul espoir qu’il nous reste d’échapper à l’exil. »
Rachel Schneider, Metal Slinger – T1. Le Tisseur de métal, De Saxus, 2026, p.216.
Motivations initiales
J’ai reçu Le Tisseur de métal dans le cadre du Secret Summer organisé par mon book club. Une lecture que je n’avais donc pas choisie moi-même et dont j’étais très curieuse de découvrir l’univers !
Synopsis
Chassé de ses terres plusieurs siècles auparavant, le peuple d’Alaha a trouvé refuge au-dessus de l’océan. Les Alahéens vivent désormais dans une cité suspendue entre les arbres et dépendent, pour leur survie, de la pêche et des échanges commerciaux avec le Kenta — le royaume responsable de leur exil.
Brynn ne s’est jamais complètement sentie acceptée par les siens. Bien décidée à intégrer la Garde, elle obtient enfin le droit de quitter son île et de fouler le continent. Cette première incursion sur la terre ferme prend cependant une tournure inattendue lorsqu’elle croise Acker, un guerrier du Kenta capable d’exercer son pouvoir sur le métal.
Le soldat semble reconnaître en elle une personne disparue depuis longtemps. Persuadé que Brynn n’est pas celle qu’elle croit, il l’emmène de force vers son royaume. Confrontée aux zones d’ombre de sa mémoire, la jeune femme commence alors à douter de tout : de son passé, de ses proches et de la place qu’elle pensait occuper dans le monde.
Mais Acker dissimule lui aussi une identité et des intentions susceptibles de bouleverser le fragile équilibre entre leurs deux nations…
Avis
Les premières pages m’ont immédiatement intriguée. J’ai beaucoup aimé découvrir Brynn et cette communauté installée dans les arbres, au milieu de l’océan. Cette société contrainte de survivre loin de la terre ferme offrait au roman un cadre original et prometteur.
La vie de Brynn paraît pourtant déjà décidée pour elle : elle doit trouver sa place parmi les siens et probablement épouser Kai, son meilleur ami. Un avenir bien balisé, donc… jusqu’à ce que l’arrivée d’Acker vienne tout renverser. Il affirme reconnaître en elle une jeune fille disparue des années auparavant et l’arrache brutalement à la seule existence qu’elle ait jamais connue.
Une grande partie du récit est ensuite consacrée à leur voyage en mer. Brynn cherche à comprendre ce qui lui est arrivé, tandis qu’Acker tente de retrouver en elle la personne qu’il a connue autrefois. Cette traversée leur permet évidemment de se rapprocher et de confronter leurs versions du passé. Malheureusement, c’est aussi la partie qui m’a le moins convaincue.
La relation avait, sur le papier, tout pour fonctionner : des souvenirs perdus, une proximité imposée, des tensions et deux personnages au caractère affirmé. Pourtant, je n’ai jamais complètement cru à leur alchimie. Acker semble profondément attaché à Brynn, mais certaines de ses paroles et de ses attitudes envers elle entrent en contradiction avec cet attachement. Leur rapprochement m’a donc parfois laissée perplexe plutôt qu’émue.
Brynn possède de la volonté et sait tenir tête à ceux qui l’entourent, mais sa naïveté face à certaines situations m’a également surprise. Ses interrogations sur son identité sont intéressantes, sans parvenir à dissiper cette impression de retrouver des mécanismes déjà souvent utilisés en romantasy : l’héroïne aux origines mystérieuses, les souvenirs manquants, le guerrier énigmatique ou encore la révélation d’un destin plus vaste qu’elle.
J’ai aussi eu du mal à comprendre certaines décisions narratives. Lorsque Brynn atteint le royaume d’Acker, le choix de la conduire directement devant le roi m’a notamment paru étrange. Dans sa situation, retrouver ses proches et obtenir des réponses sur son passé aurait dû constituer une priorité. Ces incohérences apparentes ont créé chez moi une distance supplémentaire.
Pendant une grande partie du roman, ma lecture est donc restée agréable, mais assez passive. L’univers avait du potentiel et l’écriture se lisait facilement, sans que je ressente pour autant cette urgence qui me pousse à tourner les pages jusque tard dans la nuit. J’avais souvent le sentiment d’avancer en terrain connu et que la mise en place aurait gagné à être resserrée.
Et puis est arrivé le retournement final.
Je ne l’avais absolument pas anticipé. En quelques pages, Rachel Schneider est parvenue à modifier ma perception de l’histoire et à donner un sens nouveau à ce qui précédait. Pour la première fois, j’ai eu la sensation que le récit révélait véritablement son identité. Ce final m’a laissée bouche bée et constitue, à mes yeux, la grande réussite du roman.
C’est donc une lecture assez paradoxale. J’ai trouvé près des trois quarts du récit prévisibles et parfois trop longs, mais sa dernière partie m’a réellement happée. Elle donne presque l’impression que l’intrigue ne faisait que préparer son véritable point de départ.
Le Tisseur de métal reste ainsi un bon moment de lecture, même si je retiendrai principalement son dénouement. Est-ce suffisant pour me donner envie de poursuivre la saga ? Oui, sans hésiter. Ce retournement ouvre trop de possibilités pour que je ne cherche pas à savoir ce que Rachel Schneider nous réserve dans la suite !

