Policiers

Le carré de la vengeance

« Léo Vanmaele rechaussa ses lunettes pour indiquer qu’il avait terminé son exposé. Il observa le couple de tourtereaux à travers ses verres épais. Pour lui, la situation était claire comme de l’eau de roche : une idylle était en train de naître entre ces deux là. Mais il ne parvenait pas à comprendre comment une femme comme Hannelore pouvait tomber sous le charme d’un type comme Van In. Son ami avait quarante et un an, il fumait comme une usine du dix-neuvième siècle et il consommait autant qu’une Land Rover en régime tout-terrain ! »

Pieter Aspe, Le carré de la vengeance, Le livre de poche, 2009, p. 70-71.

Motivations initiales

En lisant, en quatrième de couverture, que l’enquête était « confiée au commissaire Van In, un flic buté étranglé par ses dettes, au sale caractère et à l’humour caustique […] amateur d’art, de cigares, de bières et de jolies femmes », la cause était entendue…

Synopsis

Premier volet de la série du commissaire Van In, Le carré de la vengeance débute alors que le brigadier Versavel, excellent enquêteur, ami de Van In et homosexuel notoire et assumé, est de patrouille avec un jeune agent, uniquement concentré sur la façon de se faire accepter par les parents de son amie. On est à Bruges, un dimanche soir. Versavel,  moqueur, lui suggère d’acheter à cette dernière une bague très coûteuse, ce qui les amène devant la devanture de la bijouterie Degroof.

C’est ainsi qu’ils constatent que la bijouterie est vide, si ce n’est quelques éclats de verre et une paire de gants. Ils donnent l’alerte. Par un concours de circonstances, vont se retrouver, sur la scène du cambriolage, à la fois Van In, commissaire adjoint, le commissaire en chef, De Kee, un personnage falot et essentiellement occupé à tirer les fils de la politique locale, Versavel, naturellement, et la jeune, belle et très récemment nommée substitut du procureur, Hannelore Martens, dont c’est la première enquête, et qui découvre le terrain.

Les premières constatations font apparaître que le voleur semble ne rien avoir pris, mais qu’il a détruit l’ensemble de la collection en plongeant les bijoux dans un bain d’eau régale. Il a également laissé un curieux message, en latin.

Cela soulève naturellement bien des questions. Mais Van In est, dès le démarrage, soumis à une double contrainte : essayer de mener l’enquête, alors que les instructions de De Kee sont surtout de ne pas faire de vagues. Degroof, le bijoutier, et surtout son père, notable de Bruges, ne veulent pas de publicité…

Avis

> L’avis de T

Voilà une série (17 enquêtes ont déjà été traduites en français, mais avec le dernier opus, rédigé à quatre mains, publié en 2017, on en est actuellement à 40, ce qui laisse encore de la marge…) de policiers que je trouve absolument jouissive. Les histoires sont d’une facture très classique, ce n’est pas haletant, on n’est pas en présence d’un page-turner à l’américaine, c’est sûr, on s’inscrit au contraire dans la grande tradition du polar à l’européenne – Pieter Aspe est souvent surnommé le « Simenon flamand ».

Le personnage du commissaire Pieter Van In, bourru, un peu cassé, qui noie dans la Duvel sa mélancolie récurrente est très attachant. L’air de rien, il est profondément humain, avec tout ce que cela implique de rébellion contre l’ordre installé, et ses injustices. Avec Versavel, homo assumé, pris dans ses histoires de mecs – au fil de la série, on le voit se débattre entre Frank, son « officiel », et des tentations de passage -, ils forment une équipe de choc. Van In, lui, retrouve avec Hannelore une nouvelle vie assez inespérée – mais qui ne va pas sans de sérieux accrochages, des crises, et, heureusement, de jolies réconciliations !

Mais Pieter Aspe nous trace aussi le portrait de Bruges. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de visiter cette ville, très belle, incontestablement : moi, j’ai eu l’impression de visiter un musée, figé, froid, un peu distant. Avec cette série, Pieter Aspe nous la montre dans toutes ses dimensions, avec ses réseaux d’influence, ses intrigues politiques, sa bourgeoisie « collet monté », ses turpitudes, ses pas de côté. La ville est presque un personnage en tant que tel, dans cette série.

Alors certes, les intrigues ont souvent une trame commune : ce sont en général les turpitudes de la bourgeoisie, des politiques ou de la haute administration qui sont mises en avant. Mais j’y ai toujours trouvé suffisamment de variété pour ne pas avoir l’impression de relire à chaque fois la même histoire. Et il y a toujours une forme d’humour très belge, faite d’ironie et de prise de distance, qui est assez réjouissante. Dans une critique publiée sur Babelio, Pieter Aspe est comparé à Arno, et je trouve une grande justesse à ce parallèle. Alors, si vous êtes sensibles au temps qui passe, aux ambiances, et pas uniquement aux rebondissements d’une intrigue haletante, pourquoi ne pas essayer un petit Van In ?

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2 réflexions au sujet de “Le carré de la vengeance”

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