Aventures, Bandes dessinées, Historiques

Chroniques de Roncevaux – T. 1 La Légende de Roland

Chronique de Chroniques de Roncevaux – T. 1 La Légende de Roland, de Juan Luis Landa.

« Mon grand-père, Charles Martel, stoppa les sarrasins à Poitiers. Mon père Pépin parvint à les expulser de Septimanie… Et j’ai besoin d’établir une ligne défensive au sud des Pyrénées afin que cela ne se reproduise plus. La Providence m’offre l’occasion parfaite d’y parvenir. »

Juan Luis Landa, Chroniques de Roncevaux – T. 1 La Légende de Roland, Éditions Glénat, 2021, p. 18.

Motivations initiales

Un weekend, dans l’une de nos librairies habituelles. Je tombe devant cette bande dessinée. Roncevaux, Charlemagne, Roland, Durandal. Avec les légendes arthuriennes, cet épisode de l’histoire de France a occupé à peu près la moitié de mon enfance. Puis, voilà 5 ou 6 ans, j’ai retrouvé ce texte dans le contexte professionnel, au travers de l’édition de Francisque Michel (de 1869), puis sous la forme d’une suite musicale composée entre 2008 et 2009 par Gilles Mathieu, un compositeur français (que vous pouvez retrouver ici). Bref, tout cela pour vous dire que j’ai comme un faible pour ce texte, cette « légende », ce récit épique. Alors l’hésitation n’a pas été longue, et la bande dessinée s’est rapidement retrouvée en attente de lecture…

Synopsis

Qui ne connait pas la plus célèbre chanson de geste, La chanson de Roland, et l’histoire qu’elle raconte ? Bon, pour ceux qui seraient passés à travers, rapide session de rattrapage. Roland est l’un des « neveux » de Charlemagne. Neveu, entre guillemets, car, en effet, c’est ainsi que Charlemagne appelle ses barons, ses proches, même lorsqu’ils n’ont aucun lien de parenté… ce qui est le cas pour Roland.

Roland, jeune baron intrépide – et contre lequel, Juan Luis Landa le met en scène, certains commencent à murmurer dans le dos de l’Empereur, agacés par son aura et ses succès -, s’est déjà fait un nom dans les campagnes précédentes, et notamment contre Widukind, un chef saxon.

Mais, de retour à Paderborn, Charlemagne reçoit la visite du wali de Saragosse, Sulayman ben Yaqzan ibn al-Arabi – à l’époque, une large partie de l’Espagne, alors nommée Al-Andalus, est aux mains des omeyyades, et, en l’occurrence, de l’émir de Cordoue, Abd-ar-Rahman I -, qui lui propose de remettre entre ses mains Saragosse. Y voyant une occasion de reprendre pied au-delà des Pyrénées, et d’y installer une ligne de défense, Charlemagne organise une expédition, qui prend la route de l’Espagne à Pâques 778…

L’histoire nous est ici contée par frère Angelo de Syracuse – dont on apprend rapidement qu’il a connu Roland enfant -, chargé par Charlemagne d’écrire les chroniques de ses expéditions.

Avis

Avant d’en venir à la bande dessinée elle-même, quelques mots. L’un des aspects absolument fascinant, de mon point de vue, de l’histoire de Roland et de sa mort à Roncevaux, c’est que les historiens s’accordent aujourd’hui pour estimer qu’il s’agit probablement de la première opération de propagande d’envergure dont il reste une trace matérielle. En effet, les « faits » se déroulent en 778 (donc à la fin du VIIIe siècle), et la Chanson de Roland est composée, semble-t-il, au XIe siècle, c’est à dire près de 300 ans plus tard. De plus, le texte initial met en scène les méchants sarrazins qui, par vengeance et par traîtrise, tue le gentil Roland à Roncevaux. Mais le consensus actuel des historiens va plutôt au fait que ce sont les vascons, dont Charlemagne avait, au passage, pris la forteresse de Pampelune, qui se seraient vengés.

Or que se passe-t-il au XIe siècle ? La première Croisade, qui consiste, justement, à aller tailler des croupières aux-dits sarrasins. De là à penser que cette chanson de geste, véhiculée de forteresse en place forte, est une façon, en jouant sur les réflexes « patriotiques », d’inciter à aller venger Roland, il n’y a qu’un pas… J’attends, naturellement, de voir comment Juan Luis Landa entend traiter cette dimension – ou en proposer une version alternative – dans le second et dernier tome. Étant entendu que le personnage d’Angelo de Syracuse pourrait être le vecteur chisi à cet effet… à suivre !

Mais revenons à cette bande dessinée. Cet album est, d’abord, un véritable régal pour les yeux. Sincèrement, je n’ai pas souvenir d’avoir souvent vu des scènes représentées ainsi, avec un tel art de la lumière, avec des paysages qui, par quelques détails passent de majestueux à inquiétants, et avec un amour des paysages que le basque Juan Luis Landa revendique aussi clairement. Pure réussite visuelle, donc.

Sur le scénario, dans ce premier tome, Juan Luis Landa pose d’abord le cadre. On découvre Charlemagne, Roland et les autres barons, en Saxe, à Paderborn. On voit Charlemagne s’entourer de savants et de lettrés. On est dans un Moyen Âge brutal, violent – on n’hésite pas à dévorer, littéralement, le cœur de son ennemi… -. Roland, que la Chanson présente toujours sous un jour très favorable, comme une sorte d’incarnation de la chevalerie, apparaît ici plus nuancé, courageux, certes, mais volontiers abrupt et implacable. Puis, une fois cette ambiance installée, on peut entrer dans le vif du sujet. Direction l’Espagne, direction Saragosse et Pampelune, où le drame va se jouer.

Alors ? Alors, sincèrement, c’est pour moi une grande bande dessinée, qui mérite vraiment de figurer sur les étagères de tous les amateurs du genre. Quant à moi, je vais attendre impatiemment le second tome…

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