Policiers, Roman, Roman noir, Thrillers

Wild Wild Siberia

Chronique de Wild Wild Siberia, de Josh Haven.

« Il fallait procéder dans l’ordre. D’abord, acheter autant de bons de sociétés sous-cotées que possible. Ensuite, Petr chercherait des bons de sociétés sous-évaluées qui n’étaient pas sur la liste de John. Pendant ce temps, John s’emploierait à collecter des fonds. »

Josh Haven, Wild Wild Siberia, Éditions Points, 2024, p. 52.

Motivations initiales

Cette lecture s’effectue dans le cadre du jury du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points 2024-2025.

Synospis

Boris Eltsine est arrivé au pouvoir, alors que l’URSS vient de s’effondrer. Dans la Fédération de Russie qui lui a succédé, l’une des décisions d’Eltsine est de privatiser l’industrie russe. Des règles sont édictées, sous le contrôle du FMI, mais chacun s’emploie à les détourner à son profit, les uns pour garder leur pouvoir déjà acquis, d’autres pour se tailler un fief dans cette grande vente à la découpe. Du côté de Gazneft, l’une des grandes entreprises de gaz et de pétrole, les dirigeants tentent de passer sous les radars, pour conserver leurs positions. Mais deux hommes, un américain et un tchèque, vont mettre en danger cet équilibre… La question de fond : y survivront-ils ?

Avis

On sait que les périodes de transition, dans des pays qui passent d’un régime à un autre, sont souvent l’occasion de trafic, de manoeuvres plus ou moins claires, et, pour certains, d’opportunités. Mais on n’en a pas toujours le récit sous les yeux.

Avec Wild Wild Siberia, on est servis ! Deux types, qui n’ont aucune raison particulière de se rencontrer, sont rassemblés parce que, dans un bar londonien, le barman n’a plus de cigarettes à vendre. L’un des deux – John Mills – aurait pourtant bien besoin d’une clope, après avoir démissionné sur un coup de tête ; l’autre – Petr Kovac – en a un paquet.

Et la discussion fait le reste : les voilà qui s’embarquent pour reproduire en Russie ce qui a fait la fortune de Petr en Tchécoslovaquie : aller récupérer des bons d’achat d’actions.

La première chose qui m’a rendu ce livre sympathique, c’est qu’il a décrit le Moscou que nous avons découvert il y a quelques années. C’est à dire une ville où l’on a intérêt à ne pas payer son chauffeur de taxi sans vérifier qu’on a bien récupéré tous ses bagages – nous en avons fait les frais – ; où se croisent, sur les mêmes trottoirs, mais sans se mélanger, des babooshkas mal fagotées et des hommes en costumes blancs et chaînes en or et aux femmes en jupes courtes et jambes interminables ; où la moitié du parc automobile est constitué de voitures semblant remonter aux années 50, l’autre moitié étant constituée de BMW et de Mercedes rutilantes ; et où, enfin, la première personne qu’ils voient sourire est l’employé de l’hôtel Metropol, qui parle anglais – nous ne logions pas au Metropol, nous n’avons vu personne sourire, et pratiquement rencontré personne parlant anglais ! Autrement dit, j’ai immédiatement reconnu l’ambiance.

Ensuite, l’ensemble de cette aventure – car, sincèrement, c’est une aventure, il n’est pas donné à tout le monde de se retrouver dans un char russe, sur le yacht d’un mafieux, dans un train pour le bout du monde ou presque… – nous est contée avec une sorte de détachement qui n’élude pas la brutalité, mais la met à distance. Un autre choix aurait évidemment été possible, mais il y a un côté jubilatoire dans ce récit que j’ai trouvé agréable.

Je ressors de ce livre avec un petit peu le même sentiment qu’en refermant On n’a pas toujours du caviar, qui a un peu cette même gouaille, cette truculence un peu désespérée. On peine à croire que tout cela est vraiment possible, tout en ne doutant pas que cela existe. En revanche, il est évident que ce livre n’entre pas et n’entrera jamais dans la catégorie des polars féministes… la place des femmes, ici, est clairement soit à la maison – pour les épouses honnêtes -, soit à faire commerce de leur corps… Ah, j’oubliais tout de même l’une d’entre elle, femme de pouvoir, Irina Fydorovna Golokova (elle est la directrice financière de Gazneft). Mais bon… il n’est pas certain que cette femme soit réellement un modèle auquel on soit tenté de s’identifier…

Bref, tout cela fonctionne bien, et constitue un très agréable moment de lecture. Si je devais ajouter un tout petit bémol, j’ai eu la surprise de trouver des coquilles suffisamment grosses pour m’étonner. Ainsi, page 81 : « Bien sûr, se passera dans une zone reculée du territoire… » (cela se passera ?). Quelques pages plus loin (p. 86), « Quoi ? dit John, qui ne l’avait écouté à moitié ». Encore plus loin, page 154, « Sinon, il devrait marcher ou jusqu’à un immeuble en espérant passer inaperçu ». Ou encore, page 275, « Quelques jours plus tard, sans être courant de cet échange, je me réveille à Prague… ». Publié l’an dernier aux éditions Buchet Chastel, repris chez Points cette année (j’imagine que la parution en poche se fait selon la version initiale, mais c’est dommage de ne pas en profiter pour corriger des scories aussi visibles, non ?), j’avoue que ne me m’attendais pas à des coquilles aussi grosses…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

1 réflexion au sujet de “Wild Wild Siberia”

Laisser un commentaire