Fantastiques, Fantasy

Le Peuple du tapis

Chronique de Le Peuple du tapis, de Terry Pratchett.

« – Et c’est quoi les astringents ?

– On possède de nombreuses descriptions de leur dos, répondit Forficule. Malheureusement, aucun de ceux qui les ont vu en face n’a été capable de nous apprendre grand-chose. Ils ont été changés en pierre. Personne ne sait pourquoi. C’est très étonnant. Je n’en avais plus entendu parler depuis des années. Je croyais la race éteinte. »

Terry Pratchett, Le Peuple du tapis, J’ai lu, 1997, p. 50.

Motivations initiales

Lors d’une discussion avec l’une de nos libraires, celle-ci s’est étonnée que, lisant de la fantasy depuis… moult… je n’ai jamais lu aucun livre de Terry Pratchett. Et, en effet, Les Annales du Disque-Monde m’ont à diverses reprises fait de l’œil, depuis ou étal ou un autre, mais jamais je n’avais cédé. Non pas que je considère que la fantasy soit chose trop sérieuse pour s’en amuser. Mais, voilà, l’alchimie dépend de facteurs bien insaisissables…

Bref, notre libraire s’étant mise en tête de me faire découvrir un premier livre de Terry Pratchett, et sachant mon peu d’appétence actuelle pour les livres trop volumineux, m’a proposé ce livre, l’une de ses premières publications.

Synopsis

Entre les poils du Tapis, la vie suit son cours traditionnel pour les Munrungues, jusqu’au jour où des événements inhabituels les contraint à fuir. Des créatures censées ne plus exister réapparaissent, le grand Découdre survient à nouveau… Bref, leur vie est chamboulée.

Comment vont-ils faire face à tous ces changements ?

Avis

Ce livre est à la fois amusant et très sérieux. Car, et c’est la marque de fabrique de l’auteur, ce n’est pas parce que l’on aborde des sujets de fond que l’on ne peut pas s’autoriser à la caricature, l’ironie et les clins d’yeux.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Terry Pratchett nous donne à voir une tribu qui a choisi de vivre dans l’isolement, et qui se retrouve subitement confronté « aux autres », à tous les autres.

Dès le début du prologue, Pratchett pose les bases :

« Ils s’étaient baptisés les Munrungues. Cela signifiait le Peuple, ou les Vrais Hommes.

C’est un titre dont tout le monde se pratifie, au départ. Et puis, un jour, une tribu en rencontre une autre et lui donne un nom : l’Autre Peuple, par exemple, ou, si la journée ne s’est pas bien passée, les Ennemis. Si seulement ils pouvaient avoir l’idée d’inventer un nom comme D’Autres Vrais Hommes, ils éviteraient bien des problèmes par la suite ». (page 7)

Dois-je préciser que toute ressemblance avec des situations actuelles ne serait, bien évidemment, que pure coïncidence ? Nous en voyons et nous en entendons beaucoup, ces temps-ci, des représentants de ces « Vrais Hommes », qui feraient bien de lire ce livre…

Dans la tribu des Munrungues, Terry Pratchett s’amuse également à opposer les deux fils du chef. C’est Glurk, l’aîné, qui succède à son père : il est large d’épaules, épais de nuque… mais pas seulement de nuque. « C’est un homme de lettres, mais il en connaît peu, disaient les gens », lorsqu’il s’agissait de le décrire et qu’il n’était pas présent. Vous imaginez bien que Snibril, le cadet, menu, réfléchi, observateur. Comme deux caricatures des personnages traditionnels de la fantasy…

Est-il besoin de préciser que ce fameux Tapis, qui constitue le monde dans lequel évolue les Munrungues, les Dumiis et bien d’autres créatures, semble en effet être le tapis du salon. Et le grand Découdre ressemble furieusement au secouage dudit tapis. Le pieddechaise dont les Vivants extraient le Vernis… eh bien ce pourrait être un véritable pied de chaise.

C’est une jolie découverte. Je ne vais pas pour autant me lancer dans la quarantaine de tomes des Annales du Disque-Monde, mais je pourrais dire « oui, j’ai lu du Terry Pratchett »…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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