Roman noir, Romance

Enterrements (de vie) de jeunes filles

Chronique de Enterrements (de vie) de jeunes filles, de Caroline L.I & Florian D.

« Si Dupont de Ligonnès a réussi à disparaître en coulant toute sa famille sous sa terrasse, il me reste un petit espoir de m’en sortir. Instinctivement, j’allume la radio. J’ignore si j’espère tomber sur un morceau qui me permettrait de me vider la tête ne serait-ce que trois minutes ou si je m’attends à ce qu’on parle de ma fuite. Le son grésille un instant, puis une voix féminine se stabilise et c’est la douche froide. Les corps de Cecy et de Marta ont été retrouvés dans mon jardin, on parle d’une femme en fuite suspectée d’être une tueuse en série. Je suis Xavier Dupont de Ligonnès. »

Caroline L.I & Florian D, Enterrements (de vie) de jeunes filles, Éditions Hea, 2026, p. 197.

Motivations initiales

J’ai découvert Florian Dennisson récemment et je dois dire que sa plume — tout comme son cerveau légèrement machiavélique — m’a beaucoup plu. Alors, lorsque j’ai appris qu’il écrivait une dark rom-com avec sa compagne, Caroline L.I, je n’ai pas réfléchi très longtemps avant de me jeter dessus !

Synopsis

Le mariage de Livia devait marquer le début d’une nouvelle vie. Il lui aura finalement suffi de quelques heures pour découvrir une trahison impardonnable et voir tous ses projets s’effondrer.

Bien décidée à laisser derrière elle son mari, Paris et cette humiliation, elle s’installe dans un petit village du Sud avec un seul objectif : retrouver le calme. Son nouveau refuge possède tout de la carte postale idéale… jusqu’au jour où une influenceuse en fait la destination incontournable pour célébrer les enterrements de vie de jeune fille.

Les groupes se succèdent, les nuisances aussi, et certaines visiteuses semblent considérer la propriété de Livia comme une extension du domaine public. À bout de nerfs, la jeune femme imagine une méthode radicale pour décourager les futures mariées : leur faire croire qu’un tueur en série rôde dans les environs.

Son plan aurait peut-être pu fonctionner sans l’arrivée de Tom, un policier récemment affecté dans la région et chargé de mettre fin à la panique. Livia doit désormais poursuivre sa mise en scène tout en échappant aux soupçons d’un enquêteur aussi séduisant que perspicace.

Mais à force de jouer avec le crime, elle pourrait bien provoquer des conséquences autrement plus dangereuses que prévu…

Avis

Il fallait oser mélanger une trahison conjugale, des enterrements de vie de jeune fille, une apprentie tueuse en série, un policier beaucoup trop séduisant et une grand-mère impossible à impressionner. Caroline L.I et Florian Dennisson l’ont fait — et le résultat est aussi improbable que réjouissant.

Dès le départ, le roman annonce la couleur. Livia découvre, quelques heures après son mariage, que son époux et sa meilleure amie ont une conception très personnelle de la fidélité. Plutôt que de rester au milieu des ruines de sa vie, elle quitte Paris et part se reconstruire dans un village où il ne devrait théoriquement rien se passer.

Évidemment, rien ne va se dérouler comme prévu.

J’ai immédiatement accroché à l’humour du roman. Il est noir, parfois grinçant et constamment nourri par le décalage entre la gravité des événements et la manière dont Livia les affronte. Notre héroïne possède une culture criminelle particulièrement développée, un sens moral devenu assez souple et une capacité remarquable à transformer le moindre problème en catastrophe de plus grande ampleur.

Livia m’a autant fait rire qu’elle m’a inquiétée. Sa colère est compréhensible : elle vient de subir une trahison terrible, ne dort plus et voit son refuge envahi par des groupes bruyants qui ne respectent ni son intimité ni sa propriété. Sa réponse au problème est, en revanche, légèrement disproportionnée… Enfin, tout dépend de votre degré de tolérance envers les futures mariées alcoolisées qui traversent votre jardin sans autorisation.

Je ne cautionne évidemment aucune de ses méthodes. Mais après plusieurs nuits blanches, qui peut réellement affirmer qu’il n’aurait pas eu, lui aussi, une ou deux pensées discutables ?

Ce qui rend Livia aussi attachante, c’est qu’elle n’a rien d’une criminelle froide et méthodique. Elle connaît la théorie, certes, mais son passage à la pratique se révèle beaucoup moins maîtrisé. Elle improvise, commet des erreurs et doit constamment gérer les conséquences de ses propres décisions. Ce décalage entre ses références macabres et son manque évident de préparation donne lieu à certaines des scènes les plus drôles du roman.

Pourtant, derrière la comédie, les auteurs construisent une véritable intrigue. Les incidents se multiplient, les soupçons apparaissent et certains détails, d’abord présentés comme de simples ressorts humoristiques, prennent progressivement une autre signification. Je me suis donc retrouvée à rire tout en essayant de comprendre jusqu’où cette histoire pouvait aller — et surtout comment Livia comptait sortir du piège qu’elle avait elle-même créé.

L’arrivée de Tom renforce parfaitement cette tension. En tant que policier chargé de l’enquête, il représente précisément la personne que Livia devrait éviter. Il devient pourtant celle dont elle se rapproche le plus.

J’ai beaucoup aimé leur dynamique. Leur relation apporte une douceur inattendue à un récit peuplé de mensonges, de mauvaises décisions et d’idées criminelles. La romance ne fait pas disparaître l’absurdité de la situation : elle s’appuie au contraire sur elle pour poser une question assez vertigineuse sous ses airs de plaisanterie. Que sommes-nous réellement capables d’accepter lorsque nous aimons quelqu’un ? Peut-on accueillir une personne dans son intégralité sans devenir complice de ce qu’elle a de plus sombre ?

Rassurez-vous, le roman ne se transforme jamais en traité philosophique sur les frontières morales de l’amour. Mais cette interrogation donne un peu plus de profondeur à la relation entre Tom et Livia et l’empêche de n’être qu’une romance amusante greffée sur une intrigue criminelle.

Les personnages secondaires contribuent eux aussi largement au plaisir de lecture. Inès apporte une énergie lumineuse et forme avec Livia une amitié aussi spontanée qu’attachante. Mais ma préférence va incontestablement à Joséphine. J’aime énormément voir apparaître dans les romans des personnages âgés qui possèdent une véritable personnalité et ne servent pas uniquement de décor familial. Joséphine est drôle, surprenante et capable de voler une scène en quelques répliques. Une petite merveille !

La galerie des habitants et la brigade locale complètent cet ensemble avec beaucoup d’efficacité. Chacun participe à l’atmosphère singulière du village et accentue ce sentiment d’être plongé dans une comédie criminelle où la normalité a discrètement quitté les lieux.

L’écriture à quatre mains fonctionne très bien. Je n’ai jamais eu l’impression de sentir la transition entre les deux plumes : le ton reste fluide, rythmé et cohérent. L’humour noir ne vient pas interrompre le suspense et le suspense n’étouffe jamais la fantaisie du récit.

J’ai également apprécié le choix effectué pour le dénouement. Sans forcément réinventer le genre, il demeure fidèle à l’esprit du roman et pousse sa logique jusqu’au bout. Les auteurs proposent même une conclusion alternative pour les lecteurs désireux d’explorer une autre possibilité. Évidemment, je l’ai lue. Vous me connaissez : il était hors de question de laisser une seconde fin sans surveillance !

Enterrements (de vie) de jeunes filles est donc une lecture drôle, macabre et complètement décomplexée, portée par une héroïne aussi attachante que dangereusement inventive. La romance se révèle bien plus tendre que le contexte ne le laissait présager, tandis que le suspense maintient une vraie curiosité jusqu’aux dernières pages.

Une chose est sûre : si vous croisez Livia, respectez les propriétés privées. Et surtout, ne traversez pas son jardin. On ne sait jamais…

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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